LETTRE DE M. MAL DE BEAUMONT
en tirer ; je sais seulement qu'il ne vous reste que très-peu de chose à Genève et que, si vous en exceptez vos meubles et les dettes de M. Joly, le boiteux, ou quelqu'aulre ravauderie de cette nature, s'il y en a, vous n'avez guère plus de deux mille francs, argent courant; voilà a quoi vous en êtes réduit. Au nom de Dieu donc, mon cher ami, pensez à vous-même et travaillez à vous assurer du pain, si Dieu vous en fournit le moyen. Pages a. reçu le louis d'or de quatorze livres que vous avez ordonné de lui compter; mais ne pensez plus à Ini, plusieurs personnes m'ont assuré qu'il est à son aise. Ne continuez pas non plus à répandre votre bien aussi facilement que vous avez fait jusques ici; c'est un beau défaut que celui d'être trop libéral, mais c'est toujours un défaut, corrigez-vousen, s'il vous plait. 11 est vrai que Dieu a commencé à bénir la bourse de nos Églises, mais il n'est pas sur qu'il veuille continuer à le faire, ni que ses dépenses n'augmenteront, ni que les administrateurs auront toujours, pour vos services, les égards qu'ils méritent (i). J'ose vous dire que je vous serai toujours dévoué, et que je vous rendrai toujours tous les bons offices qui dépendront de moi ; mais je suis vieux et infirme, le temps de mon délogement s'approche et ma santé se trouve en tel état, que si la mort ne vient pas me décharger au plus tôt de mes occupations, quelles qu'elles soient, je serai contraint de m'en faire débarrasser par ceux qui peuvent le faire. Mes collègues et moi, vous prions de ne vous laisser manquer de rien ; il y a encore de l'argent libre entre les mains de notre ami Gaussen ; servez- vous en bon chrétien et en bon administrateur.
e M"« Suzon vient d'entrer dans mon cabinet; elle m'a produit la lettre que vous lui avez écrite dans une de M. Paul Gaussen, datée du 49 de ce mois. Elle vous remercie des témoignages d'amitié que vous lui donnez et vous prie d'être persuadé de sa reconnaissance et de son attachement inviola-
(1) C'est nous qui soulignons.