UN SYNODE NOMME COURT DÉPUTÉ DES ÉGLISES
phétie ridicule que des Inspirés avaient faite à du Plan, qu'il serait roi un jour; et il se plut à répandre le bruit absurde que du Plan aspirait à la main de la fille du roi d'Angleterre.
Le Comité de Genève fut fort embarrassé par toutes ces délations. Évidemment, il connaissait trop du Plan pour le croire coupable, mais il se préoccupait aussi des intérêts des Églises, compromis à tort ou à raison par ce qu'on imputait au député. Depuis longtemps déjà, par l'intermédiaire de Court, on le sollicitait de mettre un terme à ses voyages. Il fut décidé qu'on le rappellerait définitivement.
D'ailleurs, un Synode de France, instruit de ce qui se passait à Londres, venait de remplacer du Plan par Antoine Court, dans les fonctions de député. Court avait été appelé en France pour y apaiser quelques conflits ecclésiastiques et il était présent au Synode qui prit cette grave détermination. Devant l'ardente opposition soulevée contre le député, il comprit qu'il était inutile, cette fois, de défendre une cause perdue d'avance; il laissa sacrifier son ami, s'inclina devant la volonté du Synode et accepta le mandat que l'on venait de lui confier.
De retour à Genève, il écrivit lui-même à du Plan pour lui annoncer ces graves nouvelles :
« Monsieur et cher ami,
« Vous serez sans doute surpris d'apprendre par cette lettre que j'ai fait un voyage au Languedoc d'où je suis de retour par la grâce de Dieu depuis quelques jours, après y avoir fait un séjour de quatre mois.
« J'ai été sollicité à faire ce voyage par les prières réitérées
et très-pressantes des principaux des Églises pour travailler' à mettre fin aux divisions qui les déchirent depuis longtemps et qui étaient parvenues à un si haut degré d'aigreur que les Églises du Bas-Languedoc et Cévennes se trouvaient à deux doigts de leur ruine totale.
« Le Seigneur a eu pitié d'elles et a béni mes travaux audelà de tout ce que j'avais osé en espérer, en sorte que, par un effet de sa grande bonté, les malheureuses divisions qui les déchiraient depuis si longtemps, ont cessé par un jugement rendu par des médiateurs et arbitres réciproquement choisis, et la paix si désirée a été rendue à l'Église.
« Le détail de cette importante affaire, les excès dans lesquels la discorde les avaient plongés, les malheurs qui pendaient sur leurs têtes, le précipice affreux sur le bord duquel ils se trouvaient et où ils étaient prêts à tomber, toutes ces choses, Monsieur et très-cher ami, sont trop difficiles à dépeindre pour pouvoir vous être représentées dans l'espace abrégé d'une lettre.
« Quelques autres objets ont encore servi de motifs à mon voyage : entr'autres la nécessité de prendre toutes les précautions possibles pour affermir les protestants du royaume dans la fidélité qu'ils doivent au roi et au gouvernement dans des conjonctures aussi critiques que celles du temps présent; celle d'établir la correspondance qu'il doit y avoir par une uniformité de conduite entre toutes les Églises qui se sont formées dans les diverses provinces du royaume pour le bien de la religion et leurs avantages mutuels, et diverses autres choses tendant au même but, dont je me réserve de vous informer lorsque j'aurai le bonheur de vous voir.
« Je me contenterai donc, pour le présent, de vous dire que le zèle pour la religion s'est si fortement réveillé dans le cœur des protestants de France, que rien n'est plus beau ni plus digne d'admiration, que celui qu'ils font paraître dans les assemblées religieuses qui sont fréquentes et si nombreuses, qu'aucune précaution que j'aie pu prendre pendant le séjour
que j'y ai fait, n'a pu empêcher qu'elles n'aient été de plusieurs milliers de personnes quoique faites en public et en plein jour.
« .l'y ai assisté à un Synode national composé des pastenr» et députés des Églises de Normandie, Haut et Bas-Poitou» pays d'Aunis, Sainlonge, Comté de Foix, Agenois, Périgord, Haute et Basse-Guyenne, Haut et Bas-Languedoc, Cévennes, Vivarais, Dauphiné; qui a duré depuis le 1 S^^ d'août jusqu'au Si^cciudit mois inclusivement, où cette vénérable assemblée a fait des règlements rédigés en 26 articles, tendant tous à l'établissement du bon ordre, pour le soutien et l'affermissement de la religion et des Églises, dont quelques-uns en tr' autres défendent aux fidèles aussi bien qu'aux pasteurs et anciens d'entrer dans aucune dispute de controverse avec les catholiques de vive voix ni par écrit, et, au contraire, les exhortent à supporter patiemment les maux qu'ils pourront avoir à souffrir pour la religion, à éviter de donner aucun scandale aux catholiques en travaillant les jours de fête. Il y en a aussi d'autres qui engagent les Églises qui ont le plus de pasteurs d'en fournir à celles qui en manquent, en attendant qu'avec le secours de Dieu elles puissent en être pourvues. Vous jugez bien. Monsieur et très-cher ami, qu'il n'est pas possible de vous donner dans cette lettre un détail de tous les articles et de tout ce qui s'est passé dans ce Synode, le plus complet et le plus respectable qui se soit tenu depuis la révocation de l'édit de Nantes; tout ce que je puis vous en dire, pour le présent, c'est que tout ce qui s'y est passé a été dirigé et conduit avec tout le ménagement et toute la prudence imaginable, de façon que la Cour en étant informée, comme je ne doute pas qu'elle ne l'ait été exactement, n'en puisse prendre aucun ombrage, du moins qui soit fondé, et que le tout a été fort approuvé de toutes les personnes des pays étranger» qui prennent intérêt au bien de nos Églises.
« Mais, Monsieur et cher ami, je ne dois pas vous laisser ignorer que les pasteurs et députés à ce Synode national ,
m'ont paru souhaiter que vous fussiez plus à portée de vous instruire par vous même de ce qui les regarde, afin de pouvoir ensuite agir conséquemmenl selon que la situation des affaires et les circonstances le demanderaient. En un mot, il m'a paru que tous ceux qui dirigent les affiiires de la religion, soit en France, soit dans ce pays, souhaitent, par des considérations très fortes, que vous quittiez le pays où vous êtes pour venir dans celui-ci, la chose paraissant d"une absolue nécessité, dans ces conjonctures critiques où le roi se trouve en guerre ouverte avec l'Angleterre; ce qui ne manquerait pas de rendre les protestants de France suspects de mauvais desseins et de pernicieuses intentions contre le gouvernement, si l'on venait à savoir à la Cour, comme il n'est que trop & craindre, qu'ils tiennent en Angleterre une personne avec le titre de leur député.
« C'est vraisemblablement. Monsieur et cher ami, par de telles et semblables raisons, que les députés au Synode ont jugé à propos, sans que je m'en sois mêlé en aucune manière, ni que je l'aie recherché, de me charger du soin d'agir en leur nom auprès des amis des pays étrangers, pour ce qui regardera le bien des Églises : et dès que j'ai été de retour, quelques-uns des principaux d'entre ces amis de nos chères Égljses m'ont fait entendre que, dans le cas présent de la guerre entre l'Angleterre et la France, il convenait indispensablement que vous ne restassiez pas en Angleterre pour ne pas rendre suspecte leur fidélité envers le roi et ie gouvernement : qu'il était plutôt de la prudence et de l'intérêt desdits protestants que vous revinssiez dans ce pays pour y concerter et prendre ensemble les mesures que l'état présent et à venir pourrait exiger : et cet avis me paraît entièrement conforme aux vues, aux sentiments et aux intérêts de nos chères Églises. Ainsi, je ne doute pas que vous n'entriez dans les mêmes idées et qu'en conséquence vous ne vous rendiez incessamment dans ce pays, où, étant arrivé, vous serez exactement et plus amplement informé de toutes choses et où je me ferai toujours un plaisir et tm