‹ Benjamin du Plan, gentilhomme d'Alais, député général des synodes des églises réformées de France, 1688-1763Chapitre 204 sur 243 · LETTRE DE REDONNEL, PASTEUR DE MONTPELLIER, A BENJAMIN DU PLAN · texte numérisé non relu

LETTRE DE REDONNEL, PASTEUR DE MONTPELLIER, A BENJAMIN DU PLAN

« Monsieur et très-honoré frère,

« Quoiqu'il y ait déjà plusieurs mois que j'ai eu l'honneur de vous écrire une longue lettre, et que je n'en aie point eu de réponse, je ne laisse pas de vous écrire de nouveau, non-seulement pour vous assurer que faisant pour vous continuellement au Seigneur les vœux les plus ardents et les plus étendus, je n'ai pas manqué de les redoubler dans ce renouvellement d'année, en sorte que s'il plaît à Dieu de les exaucer, vous n'aurez rien à désirer ni pour cette vie, ni pour celle qui est à venir, puisque j'y demande pour vous tous les biens de l'une et de l'autre. Non-seulement encore pour vous prier de les recevoir, comme un témoignage de la haute considération que j'ai pour vous, mais aussi pour vous informer de ce qui s'est passé ici depuis ma précédente au sujet de nos afiaires.

« Sur la fin du mois d'octobre dernier deux fidèles de Faugères furent arrêtés pour avoir refusé à leur curé de lui laisser ensevelir leurs enfants, et les avoir ensevelis eux-mêmes dans leurs champs ; mais quelques mois de prisons et 25 ou 30 pistoles les ont mis hors d'affaires. Quelque temps après Monsieur le subdélégué de Béziers suivi d'une brigade de la

maréchaussée se transporta audit Faugères, à Bédarieux et Graissessac pour prendre le nom de ceux qui avaient fait bénir leurs mariages et fait baptiser leurs enfants au Désert, et les certificats qu'on leur avait donnés. Cela fait ensuite de la publication de l'ordonnance donc je vous parlais dans ma dernière, alarma les fidèles qui se regardèrent comme condamnés à des prisons, aux galères, et qui craignaient surtout qu'on ne cassât leurs mariages bénis par leurs pasteurs légitimes, et qu'on ne voulût les forcer à les faire rebénir par les prêtres, et à leur faire rebaptiser leurs enfants. Je ne faisais que . de venir visiter ces Églises quand j'appris cela. Je ne doutai pas de l'état où elles devaient être, et ne pouvant y retourner ni leur envoyer personne, je leur écrivis deux lettres, pour les rassurer, les exhorter à la persévérance dans la foi, et à perdre et à souffrir tout, plutôt que de rien faire contre leurs devoirs et au préjudice de leur salut. Depuis, elles ont été visitées, et j'ai appris que nos ennemis n'ayant plus remué, le calme y était revenu.

« Pendant qu'on agissait ainsi aux extrémités de la province, où il n'y a point de troupes, on faisait courir dans l'intérieur des gros détachements presque sur toutes les assemblées ; toutes nos Églises furent assaillies en un même jour par toutes les garnisons de la province qui furent à portée de leurs assemblées qu'elles dissipèrent. On ne fit aucun prisonnier ce jour-là, si ce n'est à Uzès où l'on en fit un si grand nombre, qu'il semblait qu'on avait voulu y en faire pour tous les autres lieux.

a Voici le fait : l'assemblée de cette Église se faisait encore à la place ordinaire, qui est à une petite lieue de la ville. Le commandant de la garnison et le subdélégué de Monsieur l'Intendant, séduits et animés par l'évoque qui est extrêmement bigot et cruel, avaient pris chacun des mesures pour surprendre l'assemblée, et arrêter autant de fidèles qu'ils pourraient, mais surtout M. Pradel, dit Vernezobre, qui en est le pasteur. Le subdélégué avait mandé à la brigade de la maréchaussée qui

est à Remoulin, de se rendre aux environs d'Uzès le dimanche matin seulement, afin qu'on ne sût pas son arrivée; et quand les fidèles furent à l'assemblée, il fut joindre les archers, se mit à leur tête, et les mena vers l'assemblée après leur avoir donné des cordes et des fers pour garroter et enferrer le pasteur qu'il croyait arrêter.

B Le commandant de son côté, pour mieux tromper l'Église, avait ordonné les exercices et fait sortir la garnison sur l'esplanade pour les y faire faire, et avait en même temps pris la perfide précaution de mander son valet de chambre à l'assemblée pour reconnaître le pasteur et observer où il se mettrait à l'approche du détachement, afin qu'on put le poursuivre s'il fuyait, lui couper chemin et l'aiTêtcr. L'admission du valet de chambre dans l'assemblée ne doit pas vous surprendre et ne doit pas être regardée comme une imprudence de l'Église, car depuis dix ans que nos assemblées se font ici de jour, au vu et au su de tout le monde, grand nombre de catholiques s'y rendaient, ou par curiosité ou autrement; les soldats et les officiers en faisaient de même ; et les évêques, les curés et les commandants ont eu bien de peine à les en empêcher; ils n'ont pu même en venir jamais à bout entièrement, toujours il s'y en est rendu quelqu'un. Bien plus, les espagnols qui ont tant passé des quartiers d'hiver en province, s'y rendaient en foule, et bien que pour la plupart ils n'entendissent que peu le français, ils étaient pourtant ravis en admiration de la lecture de l'Écriture-Sainte, des sermons, des chants de Psaumes, mais surtout de nos liturgies et de notre administration du saint baptême et de la sainte Cène, à tel point qu'à Uzès même, quelques officiers de cette nation s'étant rendus un dimanche à l'assemblée, on les fit placer dans le parquet avec le Consistoire, afin qu'ils pussent mieux voir et entendre baptiser, ce qu'ayant vu et entendu, ils se regardèrent les uns les autres avec étonnement, et s'écrièrent en leur langue en se réjouissant, que nous baptisions au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et que nous étions chrétiens comme

eux, ce qui redoubla beaucoup leur respect et leur attention pour toutes les parties de notre culte, se couvrant et s'agenouillant comme les fidèles; aussi puis-je vous assurer que le peu qui s'en est retourné en Espagne était bien différent de ce qu'ils étaient venus, préférant la plupart notre conversation à celle des catholiques et nos prêches à leurs messes; quelquesuns même affectaient de mortifier devant nous les prêtres et surtout les moines, qu'ils chargeaient d'injures; et cependant cela n'avait jamais causé le moindre désordre dans nos assemblées. J'ai été un peu long sur la justification de l'admission du valet de chambre dans l'assemblée d'Uzès, mais j'ai cru vous faire plaisir en vous apprenant ces particularités des Espagnols, puisque l'occasion s'en présentait, parce qu'elles nous en ont fait beaucoup à nous.

« Je reviens au valet traître : il fut à l'assemblée, se plaça parmi les fidèles, et bien loin que personne s'en formalisât, plusieurs se firent un plaisir de lui procurer une bonne place afin qu'il pût mieux voir et entendre toute l'action. Cependant le projet de l'évêque n'avait pas été formé ni arrangé avec tant de secret que l'Église n'en eût eu quelque soupçon, et comme d'ailleurs l'artifice des exercices est usé, on ne s'y laisse pas tromper. On s'assembla, mais on prit deux précautions : l'une à la ville, l'autre à l'assemblée; dans celle-ci, le pasteur ne voulut pas mettre sa robe, crainte d'en être embarrassé, au cas qu'il fallût fuir devant les troupes; il mit seulement un petit collet pour baptiser trois enfants qu'on lui présenta ; et à la ville, on mit quelques fidèles pour observer les troupes et en venir informer l'assemblée si elles s'y acheminaient; ce qu'ils firent inutilement, car comme on en était au milieu des exercices, le commandant prit 14 hommes par compagnie ( il y en avait huit ou neuf ) et les y fit marcher à pas précipités, ou pour mieux dire, il les fit courir à l'assemblée. Les fidèles qui les observaient y coururent aussi ; mais quoiqu'ils fissent toute la diligence possible, les soldats et la maréchaussée qui se joignirent en chemin, en firent tant de leur côté qu'ils

y arrivèrent presque tous ensemble, et avant qu'elle pût faire la moindre chose pour se garantir de l'extrême danger! qu'elle courait, elle fut investie de tous côtés par un cercle que les troupes formèrent pour l'environner; ce cercle se rétrécissait toujours en allant vers l'assemblée, et ne laissait qu'une très-petite ouverture que quelques grenadiers s'efforçaient de fermer. On peut dire à la gloire de celte Église qu'elle ferma les yeux sur les dangers où elle était exposée, et ne s'occupa que de celui de son pasteur, et d'un jeune prédicateur qui sortait d'être malade, et n'était encore que dans une faible convalescence ; il s'évanouit et on eut bien de la peine à le faire tenir sur la croupe du pasteur, qu'on avait mis à cheval, et qu'on lâchait de faire sauver par la petite ouverture dont j'ai déjà parlé. Ce fut alors qu'on vit une aussi belle preuve de l'attachement de ces pauvres fidèles pour leur pasteur qu'aucune que nous ayons de cette espèce dans l'histoire ecclésiastique, car les grenadiers étant déjà parvenus au but qu'ils se proposaient, quelques fidèles qui le virent, se jetèrent entre leurs mains pour se faire prendre afin de les occuper et donner par là le temps à leur pasteur de sortir du cercle et d'échapper à ses ennemis, ce qui réussit parfaitement. Ainsi pour cette fois, les brebis donnèrent sinon leur vie, du moins leurs biens et leur liberté pour sauver leur pasteur qui n'échappa que par une Providence particulière, à laquelle nous avons rendu et rendons journellement de très-humbles actions de grâces. II n'en fut pas de même des fidèles, la plus grande partie se sauvèrent, mais un fort grand nombre fuient exposés pendant plus de trois heures à l'insolence et à la fureur des soldats, des archers et de ceux qui les commandaient, dont l'exemple soutenait fort bien les commandements. Les injures les plus atroces et les coups de bourrades les moins ménagées ne furent nullement épargnées. Il y eut en particulier un vieillard septuagénaire du lieu de Montaren, nommé Audiger, et un autre du même lieu, nommé Espérandieu, qui furent couchés par terre à grands coups de bourrades, sans dire jamais à leurs

bourreaux que ces seules paroles : Hé ! mon Dieu, ayez pitié de moi, nous ne vous faisons aucun mal. Mais ces barbares en étaient incapables. Le commandant survint sur ces entrefaites; un soldat qui avait cassé son fusil contre quelque rocher dont le lieu est tout plein, le lui montra en accusant le pauvre vieillard de le lui avoir cassé; il ne le crut pas, sans doute, voyant l'accusé étendu par terre, moulu de coups, accablé d'années et demi mort, mais il ne resta pas de lui répondre en

jurant : Il fallait le tuer ce et en disant ces mots, il lui

mil le pied sur le ventre, passa dessus, et ordonna qu'on lui fit joindre les autres prisonniers.

« Vous demandez sans doute ce que devint le valet de chambre à l'approche de son maître; il fut le joindre sans doute pour le conduire au pasteur et le lui faire connaître, afin qu'il eût l'honneur de l'arrêter et avoir les mille écus attachés à pareille action ; mais quand il revint il ne le trouva plus, et Dieu permit qu'il prit pour lui un Monsieur qui lui ressemblait; on l'arrêta, ce qui fit que, croyant tenir le pasteur, on ne le chercha pas davantage, ce qui encore ne facilita pas peu sa retraite; quoique sans le connaître, il fut poursuivi avec son escorte, un grand quart de lieue, comme beaucoup d'autres.

« Cependant les jours étant alors fort courts, la nuit qui approchait leur fit battre la retraite ; des pelotons de soldats dispersés dans le bois et dans les montagnes, acharnés à poursuivre, à maltraiter et à prendre les fidèles, ayant rejoint, amenèrent chacun les prisonniers qu'ils avaient faits. Le nombre de ces pauvres gens, qu'ils n'avaient pas bien vus jusqu'alors, fut si grand, que non seulement ils ne pouvaient pas les garder tous, mais qu'ils eurent peur d'une rébellion, soit de leur part ou de leurs frères dispersés, car Dieu permet qu'ils nous croient plus méchants que nous ne sommes, ce qui nous est encore plus utile que nuisible; et c'est à cette peur que j'attribue deux choses qu'ils firent en approchant de l'assemblée et que j'ai omises; l'une fut de faire battre la caisse et l'autre de tirer quelques coups de fusil en l'air afin vraisem-

blablement de l'effrayer et que les plus lestes et les plus vigoureux se sauvant, ils n'eussent affaire qu'au pasteur, aux femmes et aux vieillards; mais le stratagème ne leur réussit pas; ils furent donc chargés d'un grand nombfe de prisonniers, ce qui fit que plusieurs se sauvèrent encore assez facilement, et que d'autres se rachetèrent des soldats pour de l'argent on des bijoux, s'échappant ainsi d'entre les deux files de soldats au milieu desquelles on les avait mis. Mais quand on s'approcha de la ville, le commandant, soit uniquement par la peur, soit pour irriter les catholiques contre nous, en les faisant craindre de notre part, soit pour se conserver des prisonniers dont le nombre diminuait toujours, soit enfin pour illustrer son triomphe et le rendre plus éclatant, manda au reste de la garnison de prendre les armes et d'aller à son devant. Ce qu'elle fit, et ce fut à la tête de ce renfort qu'il entra aux flambeaux dans la ville, menant environ deux cents fidèles, qu'il fit conduire en prison. Jugez par là du grand nombre qu'on devait en avoir pris. Doux dames de qualité s'y faisaient remarquer par leur douceur et leur constance; je n'ai su le nom que d'une : c'était la pieuse M™* d'Aubessargues. Il serait mal aisé de vous représenter l'impression que ce triste spectacle fit sur l'esprit et sur le cœur de presque tous les habitants de la ville, tant de l'une que de l'autre religion. Il n'y avait que peu d'honnêtes gens qui ne comptassent, parmi les prisonniers, de leurs parents, de leurs alliés, de leurs voisins ou de leurs amis. Les acclamations ne furent point de la partie comme s'attendait peut-être le commandant, mais si fait bien les injures et les malédictions de la part de plusieurs catholiques, les larmes et les gémissements d'un grand nombre et de tons les protestants.

« Les prisons d'Uzès ne sont pas d'une nature à contenir tant de gens, d'ailleurs on ne les y avait nullement préparées, et il n'était pas d'une heure à préparer les lits dont cette multitude accablée de lassitude, de faim, de froid et de coups et d'afflictions avaient besoin. La manière dont elle se vil traiter,

ne fut pas pour elle un petit surcroît de douleur. Il y eut cinq femmes qui avaient le lait au sein, auxquelles on ne voulut pas permettre d'aller chez elles sous caution pour allaiter leurs petits, et on regarda comme une grâce la permission qu'on leur accorda de recevoir leurs enfants dans la prison. M»n« d'Aubessargues demanda, sous la caution d'un catholique qui s'offrit pour cela, qu'on la fit prisonnière dans une maison particulière, sous la garde d'autant de soldats qu'on voudrait qu'elle payerait ; ce qui lui fut accordé, et peu après, elle obtint son château pour prison moyennant sa caution et une garde qu'elle paya. Les plus distingués d'entre les autres prisonniers, ont obtenu aussi leur élargissement sous des cautions, par des raisons que vous ne serez peut-être pas fâché de savoir et qui vous feront admirer la Pi'ovidence. Je me borne à deux que je crois être les principales.

« Dieu qui n'abandonne jamais les siens, a permis que M. de la Pareille, commandant d'Uzès, n'y étant pas alors, se soit fâché de ce qu'on fit sortir les troupes sans sa permission, et c'est pour mortifier le subdélégué et l'officier commandant, comme aussi peut-être quelque autre, qu'il usa d'un peu de douceur, car autrement il est mauvais pour nous. D'un autre côté, M. le duc d'Uzès n'a pas vu cet emprisonnement de bon œil ; il a, au contraire, témoigné en être fort fâché. On assure que le lendemain, le subdélégué ayant été le voir, apparemment pour s'excuser de ce qu'il avait fait, ce seigneur le traita de monstre, lui demanda s'il voulait lui perdre tous ses vassaux, lui ordonna de sortir du duché, lui défendit d'y entrer jamais s'il ne voulait être assommé de coups de bâton, et lui dit qu'il était surpris qu'il fût encore en vie. Ainsi il n'est pas douteux que ce ne soit en grande partie au désir de plaire à un si grand seigneur que nous sommes redevables des faveurs que nos frères d'Uzès ont éprouvé dans leurs malheurs, s'il est permis d'appeller ainsi ce qu'on souffre pour la profession de l'Évangile.

« Ces considérations n'ont pas eu la même force à l'égard

des prisonniers pauvres, et surtout à l'égard de ceux qui ont besoin de travailler pour gagner leur vie et celle de leurs familles; l'espoir de les réduire à faire des actes contre leurs consciences par l'ennui et la misère de leur prison et le besoin de leurs familles, a obligé nos ennemis à les retenir rigoureusement. L'Eglise d'Uzès s'en étant aperçue et sentant les conséquenc3s d'un dessein si noir et si barbare, a fait tout ce qu'elle a pu pour parer ce coup en fournissant aux besoins des prisonniers et de leurs familles. Mais tant de bouches ne pouvant que la fatiguer, surtout dans cette occasion, elle a communiqué son état aux autres Églises, et leur a demandé leurs secours. Celle de Nimes lui a mandé deux cents livres ; celle de Montpellier cent cinquante avec offre d'en envoyer davantage, s'il le fallait, et j'ignore ce qu'ont fait les autres.

« Ce que vous venez de voir est beaucoup, mais ce n'est pourtant pas le pire. On a rappelé partie de ceux qu'on avait relâchés sous caution, qui, à la honte de plusieurs rois et de plusieurs grands seigneurs qui ne se font point de peine de violer leur parole et leurs serments, ont respecté assez leurs promesses pour les dégager, en se remettant entre les mains de leurs ennemis. Et Monsieur l'intendant qui mourut le 28 du mois passé, a voulu signaler son départ de ce monde, en condamnant cinq de ces fidèles aux galères, deux à la tour de Constance et trente-cinq aux prisons de INimes pour six mois. Nous ne savons quel sera le sort des autres; ce qu'il y a de certain, c'est que ce chef de police prononça ce jugement en sortant de se confesser et avant de recevoir la communion. Peut-on rendre aux hommes un plus grand service que de les retirer d'ime religion dont les actes les plus saints déshonorent non seulement le Christianisme, mais même l'humanité? Quel motif pour engager ceux qui aiment Dieu et leurs semblables, à faire tous leurs efforts pour l'entière suppression du papisme ?

< J'ai nombre d'autres faits à vous communiquer, mais parce que j'ai vu dans l'extrait d'une de vos lettres que M. Viala vient de m'envoyer, que vous souhaitiez d'être

instruit en détail de ce qui se passe ici, j'ai détaillé celui-ci de manière qu'il remplit mes feuilles et m'obligeât à vous prier de m'excuser ma prolixité. Je vous manderai les autres incessamment. Je viens d'envoyer dans les Hautes et Basses-Cévennes, dans le Vivarais et dans le Dauphiné le susdit extrait, comme M. Viala m'en avait prié, et je vous remercie de la bonté que vous avez d'écrire et aussi de m'assurer de votre affection. Je finis en me recommandant moi et mes collègues et nos troupeaux à vos saintes prières et à celles des autres gens de bien qui s'intéressent pour nous, et en vous assurant que je suis de tout mon cœur, Monsieur et très-honoré frère, votre très-humble et très-obéissant serviteur,

« Redonnel. »

* P. S. — Messieurs mes collègues avec lesquels nous nous sommes vus depuis peu, vous saluent très-humblement et vous remercient des bontés que vous nous témoignez à tous dans la lettre que Michel m'apporta, que nous avons lue. Si M. Gaussen voulait nous faire le plaisir d'envoyer lui-même vos lettres à Monsieur son neveu de Montpellier, cette voie serait extrêmement sûre. Je vous prie de le saluer de ma part. »

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