‹ Benjamin du Plan, gentilhomme d'Alais, député général des synodes des églises réformées de France, 1688-1763Chapitre 206 sur 243 · LETTRE DE POMARET, PASTEUR A GANGES, A BE.MAMIN DU PLAN · texte numérisé non relu

LETTRE DE POMARET, PASTEUR A GANGES, A BE.MAMIN DU PLAN

« Monsieur et très-honoré frère,

€ Si je n'avais été pleinement persuadé de votre zèle pour l'avancement des intérêts de nos Églises opprimées et delà part que vous prenez à notre triste situation, celle que vous m'avez

fait l'honneur de m'écrire m'en aurait entièrement convaincu. Je l'ai reçue avec d'autant plus de plaisir, que depuis mon élévation au sacré ministère, je souhaitais ardemment d'être en relation avec vous et qu'elle est des phis encourngeantes pour un homtne qui, comme moi, marche dans une carrière hérissée de difficultés. Procurez-moi, je vous prie, l'avantage d'en recevoir souvent de pareilles; elles donneront à mon cœur une satisfaction que rien ne saurait balancer et les secours que j'aurai la douceur d'y puiser, me pénétreront pour vous de la plus vive gratitude.

« Les oracles dont vous me parlez et que votre plume rend si fidèlement et avec tant de force, ont souvent été le sujet de mes réflexions et me font vivre dans l'espérance de voir notre Jérusalem délivrée et peut-être plus tôt que nous ne pensons; mais que nos espérances là-dessus soient réalisées ou qu'elles ne le soient pas, je sais que la religion pour laquelle nous combattons ne doit pas nous être moins chère et que plus nous aurons à souffrir en la soutenant dans un royaume où l'on met tout en usage non-seulement pour en arrêter les progrès, mais pour la détruire, plus il sera glorieux pour nous de l'avoir soutenue au jour que Dieu couronnera les œuvres de ses bien-aimés.

« J'ai toujours pensé de la sorte ; aussi puis-je vous assurer que les dernières persécutions que nous avons souffertes et qui ont été des plus violentes, surtout dans mon département, n'auraient pas été capables de m'éloigner un seul jour de mon troupeau, si je n'avais manqué tout à coup de ressources pour me mettre à l'abri des poursuites des soldats qui me cherchaient de nuit et de jour et avec la dernière exactitude. Je ne m'éloignai donc que pour laisser passer le torrent et je revins dans mes Églises dés que j'eus appris que la fureur de nos ennemis semblait s'être un peu ralentie. Je dis un peu ralentie, car malgré la tranquillité dont jouissent partout ailleurs nos chers frères, mes compatriotes, mon quartier qui comprend la ville de Ganges et les endroits circonvoisins, est exposé tous les jours à quelque assaut. Le 5 du mois dernier, l'assemblée d'un

de mes proposants fut pousuivie par un détachement de trente hommes; quelques-uns furent pris mais relâchés quelques heures après leur arrestation. Le 27, il en sortit un autre d'environ quatre-vingts hommes pour courir sur une de mes assemblées, qui heureusement ne fut pas trouvée, ni même interrompue, tant j'avais pris des précautions pour éviter les embûches qui pouvaient nous être tendues.

c Si je dois ici, mon cher Monsieur, vous rendre raison de ce que mon troupeau ne jouit pas de la même tranquillité dont on jouit presque partout ailleurs, c'est i» parce qu'il est du diocèse de l'évêque de Montpellier qu'on dit un higot et des plus mauvais; 2° parce que les troupes en garnison à Ganges sont commandées par un homme qui semble se faire un plaisir de nous faire de la psine; 3° enfin parce que les réformés de la ville de Ganges eurent la lâcheté de faire rebaptiser leurs enfants dans l'Église romaine lors des premières attaques et se remirent par là même sous un joug que je leur avais fait secouer. J'eus beau leur faire entrevoir les malheurs qu'ils allaient s'attirer par leur chute, les menaces de nos ennemis prévalurent sur mes censures et mes exhortations. Les malheurs que je leur avais annoncés s'ils ne tenaient pas ferme et qui leur sont arrivés, m'ont obligé à leur faire l'application des paroles d'Osée, ch. V, v. i 1 : « Ephraïm est opprimé, il esl brisé justement parce qu'il est allé de son bon gré après le commandement des Jéroboam, des Homri et des Achab; ils le reconnaissent, ils en gémissent.

« Si vous voulez bien m'honorer de quelque autre de vos lettres, je vous prie d'insister un peu sur le péché que corn-' mettent ceux, d'entre nos protestants qui font baptiser leurs enfants et bénir leurs mariages par les prêtres de la communion romaine, et sur l'obligation où ils sont de les faire célébrer dans la communion dont ils sont membres. Vous m'obligerez encore si vous voulez bien y ajouter que les pasteurs de Londres pensent comme vous sur cet article. Je sais qu'ils le font, du moins la plupart, et ne puis en douter

après une lettre des plus éloquentes que M. Bourdilion eut la bonté de nous adresser. Je la lus à la tête de mes assemblées, elle produisit toutes sortes de bons effets. Celle que je prends la liberté de vous demander et que je communiquerai à nos troupeaux, m'aidera à ranimer la foi chancelante des uns, et à corriger une tiédeur dangereuse chez les autres; nos fidèles ont une déférence particulière pour les conseils qui leur viennent 4es pays étrangers.

« Le mérite de M. Buscarlet m'est connu depuis quelque temps; faites-moi la grâce de l'assurer de mes respects trèshumbles. Je suis très sensible au souvenir du fidèle Arnaud et je suis charmé de le savoir en pays de liberté. Faites-lui, je vous prie, mes compliments, etc.

« POMARET.

« Ce '«"décembre 4752.

« L'adresse de M. Fontane, bourgeois à Anduze, est sûre, vous pouvez vous en servir.

« L'on vient dans le moment de me dire que les soldats furent se mettre hier en embuscade dans un endroit où je parlais à neuf heures du soir, et que quelques minutes plus tard j'étais arrêté. »

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