‹ Benjamin du Plan, gentilhomme d'Alais, député général des synodes des églises réformées de France, 1688-1763Chapitre 208 sur 243 · RELACHE DE LA PERSÉCUTION EN · texte numérisé non relu

RELACHE DE LA PERSÉCUTION EN

l'espérance, aussi ne coulons-nous que des jours tristes et languissants; placé comme vous êtes dans des circonstances plus heureuses, puisse votre bonheur n'être jamais altéré par aucune des misères communes à tous les hommes; puissiezvous jouir d'une longue vie et pour le bien de nos Églises et pour la satisfaction de nos amis particuliers!

« Si la persécution était redoublée et que je fusse forpé de quitter la France, pourrai-je me permettre l'honneur de votre protection ? sans trop présumer de moi-même, je m'en croirai digne, du moins par les sentiments que je me connais pour vous et avec lesquels j'ai l'honneur d'être très-parfaitement, Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur,

« PoMARET, pasteur des Basses-Cévennes.

« Mon adresse : à M. Jonvals, à sa campagne ; et celle de l'enveloppe : à M. Louis Fontanes, bourgeois à Anduze, en Cévennes. »

L'année 1753 fut une année bénie. Les religionnaires coururent au Désert et multiplièrent les assemblées. Dans le Languedoc, en particulier, ils se rendirent aux prêches en plein jour; la discipline de l'Église fut appliquée aux relaps et aux apostats, à tous ceux qui, par intérêt, par crainte ou par tout autre motif, avaient trahi la foi et fait acte public de catholicisme ; tous revenaient honteux, repentants, pleins de bonnes résolutions pour l'avenir. Les pasteurs respirèrent et furent tout occupés à rassembler leurs troupeaux dispersés : les lettres suivantes trahissent leur bonheur et leur activité.

« M décembre 4753.

€ Monsieur et très-honoré frère en Jésus- Christ notre Seigneur, « Une foule d'occupations qui se succèdent continuellement

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m'ont empêché jusqu'ici de répondre à la dernière lettre dont vous m'avez honoré. Soyez bien persuadé, je vous prie, que c'est l'unique raison du silence que je vous tiens depuis si longtemps. Le grand calme dont nous jouissons depuis une année, en multipliant nos travaux, ne nous donne pas pourtant plus de secours pour les faire. Des catéchumènes qui demandent d'être instruits ; des tombés qui veulent se relever et qui demandent qu'on les aide dans ce dessein; d'autres qui, étant comme morts dans leur chute et qu'il faut tâcher de réveiller et de ramener à la vie que Dieu donne par la foi en son Fils, nous occupent sans cesse : surtout moi qui eus le déplaisir de voir tomber tout mon troupeau, et qui de plus suis obligé, à cause du voisinage, de prendre soin d'une partie de celui qu'avait autrefois le sieur Fléchier; des circonstances oti nous nous sommes trouvés ne nous ayant pas permis de le pourvoir encore d'un pasteur. Ces occupations ainsi multipliées, loin de diminuer augmentent tous les jours, béni soit Dieu. Mais je les interromps pour céder au désir que j'ai de m'entretenir avec vous et aux reproches que je me suis fait vingt fois de tarder à le faire.

* Et d'abord, je me hâte de vous remercier des vifs sentiments d'estime et d'amitié que vous avez la bonté de me témoigner. Je ne puis vous dire combien j'y suis sensible, ni combien je vous les réciproque. D'autres peuvent les mériter mieux, mais personne ne peut en faire plus de cas ni vous chérir et vous honorer plus parfaitement que je le fais.

« Je viens aux affaires de notre commerce. Il semble que Dieu veut que nous soyons toujours affligés. L'affaire de M. Coste que vous savez, nous a extrêmement inquiétés, elle nous a empêché de sentir la douceur de la paix que nous laissaient nos adversaires. Il était appuyé par la plupart des fidèles et par plusieurs des conducteurs qui ne voulaient se prêter à aucun arrangement qui put mettre à couvert l'honneur des Églises et du ministère : en sorte que nous nous regardions comme étant à la veille d'un nouveau schisme.

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Pour le prévenir, nous avons différé la tenue du Synode, mais il est tout apparent que malgré nos soins, il aurait éclaté, si Dieu n'avait affligé M. Coste d'une maladie d'esprit qui, en lui faisant perdre l'espérance d'exercer plus le saint ministère, a atterré ses amis et nous a mis en état de convoquer l'assemblée provinciale et d'y prendre les arrangemenls convenables tant sur cette affaire que sur les autres de la province. Ainsi, pour cette fois, nos Églises sont, grâces à Dieu, préservées du schisme qui les menaçait. Mais que le moyen en est affligeant ! Dieu l'a fait, c'est tout ce que nous pouvons nous dire pour en supporter patiemment l'amertum*. Ce fut le âT"» du mois passé que cette assemblée eut lieu. Tous les pasteurs, hormis le malade, y assistèrent et j'eus le plaisir de voir que tous ceux qui la composaient agirent unanimement et se donnèrent réciproquement des marques certaines d'une estime et d'une amitié véritables. On y passa vingt articles dont plusieurs regardent la consécration de neuf proposants au saint ministère, s'ils en sont jugés capables, par cinq pasteurs qu'on a choisis pour les examiner. Les autres regardent les tombés, ou certaines mesures qu'on a cru devoir prendre pour que les choses se fissent à l'avenir avec plus d'ordre et de bienséance, ou des personnes particulières. Celui touchant M. Coste, que nous avions le plus à cœur, est conçu en ces termes : « L'assemblée ayant pris en considération les bruits qui ont couru sur le compte du sieur Coste, et la condamnation qu'a prononcée contre lui le présidial de Nimes, a demandé au député de l'Église de Ners, pourquoi son Église n'avait pas fait des informations à ce sujet; et le député ayant répondu qu'elle en avait été empêchée par les troubles qui étaient alors dans le pays et par l'arrivée des troupes qui survinrent tout de suite, la compagnie, déplorant les malheurs du temps, lui a enjoint de faire ses diligences à cet égard le plus tôt possible. »

« Encore un mot sur nos affaires. Toute la province va être •remplie de troupes. On assure que nous en aurons trente bataillons et quelques escadrons de plus que l'année dernière.

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La disposition qu'on en fait nous inquiète encore plus que leur nombre. Il n'est presque aucun village où l'on n'en mette, les plus petits, les plus pauvres et les plus écartés n'en sont pas plus exempts que les autres, ni ceux où il n'y a que des catholiques que ceux qui sont tous protestants. Quelques-uns craignent que ce ne soit pour les baptêmes et les mariages et surtout pour enlever les pasteurs afin d'avoir plus facilement les troupeaux. Cependant on nous assure que ces dispositions ne nous regardent point. Dieu le veuille ! mais nous n'en sommes pas tant persuadés que nous ne craignions beaucoup à cet égard. D'autant plus que nous sommes déjà dans la saison où l'on ne peut pas loger partout, comme en été, et que nous avons vu souvent que, comme dit le proverbe, l'occasion a fait le larron; les prêtres ont gagné les officiers et les ont engagés à nous courir sus, et cela quoique fait sans ordre n'en a pas été moins fait ni moins fâcheux. Mais que peuvent les hommes contre ceux que Dieu protège ! Nous nous confions en lui et nous espérons de sa miséricorde qu'il ne permettra pas que nous soyons confus dans notre attente, et qu'en nous envoyant l'épreuve il nous donnera aussi le moyen de la supporter et d'en sortir victorieux. . . .

« Franc. »

lettre de paul rabaut a benjamin du plan (1753).

« Monsieur et très-honoré frère en Jésus-Christ ,

« La lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire m'a fait un vrai plaisir. Je vous en fais mes sincères remerciments, et j'accepte de grand cœur la correspondance que vous me proposez. Je sais que vous vous intéressez vivement pour les tristes restes de nos Églises, et que vous n'avez rien épargné pour leur affermissement dans la foi. Vos charitables soins n'ont pas été sans succès, et je m'assure que vous ressentez une joie bien vive en pensant que vous avez contribué efficacement à rallumer ce lumignon qui paraissait prêt à s'éteindre.

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.Puisse-t-il devenir bientôt une lampe ardente, ou plutôt un grand flambleau qui éclaire non seulement ceux qui sont dans la maison, mais aussi ceux qui ont le malheur d'en être dehors ! Paissent vos soins et les nôtres être accompagnés des plus grands succès ! Persévérons, Monsieur et très-honoré frère, à faire tout le bien dont nous serons capables, car nous en moissonnerons le fruit en son temps, si nous ne nous relâchons pas.

« Il semble, Monsieur et très-honoré frère, par le contenu de votre lettre, que quelqu'un vous a appris que je m'appliquais à l'étude des oracles des 'Prophètes. Je vous avoue que cette étude fait mes délices et que j'y trouve de grands motifs d'encouragement et de consolation. Je sais bien qu'il n'est pas aisé d'entendre les façons de parler figurées qu'employent trèssouvent les Prophètes, surtout lorsqu'on n'est pas fait à leur style. Mais quand on s'y est accoutumé, quand on fait attention aux explications qu'ils donnent eux-mêmes des emblèmes /qu'ils employent, les ténèbres disparaissent, du moins en partie, et la lumière commence à luire. La plupart des théologiens ont trop négligé cette étude qui serait cependant d'une trèsgrande utilité, comme il serait aisé de le faire voir, si c'en était ;ici le lieu. Ils ont trop spirilualisé des promesses qui sont visiblement temporelles, ce qui est un des obstacles à la conversion des juifs. Quoi de plus forcé, par exemple, que l'explirCation qu'on donne communément à l'oracle contenu dans le ch. LXV d'Esaïe, touchant les nouveaux cieux et la nouvelle terre? Il suffit de le parcourir pour s'apercevoir qu'on ne peut l'appliquer, ni aux juifs après le retour de la captivité, ni aux chrétiens .qui ont vécu jusques à aujourd'hui, car les uns ni les autres, n'ont point joui de cette tranquillité parfaite que le Seigneur y promet à son peuple. On ne peut pas l'appliquer non plus à la lélicité du ciel, puisqu'il y est dit si expressément que le bonheur promis aura lieu sur la terre, et que ce ne peut être que sur la terre et non dans le ciel qu'on bâtira des maisons, ^qu'on engendrera des enfants, etc. Mais en appliquant cet

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oracle à l'heureux règne du Messie qui commencera lorsqu'il descendra sur la terre, et que l'Ancien des jours lui donnerai» seigneurie, l'honneur el le règne, en sorte que tous les peuples, les nations el les langues le serviront ; tout est de plein pied, et on explique tout le contenu de cette magnifique promesse, sans faire aucune violence au texte. Pour confirmer cette explication, voyez Michée, ch. IV, 1-4; Esa., ch. II, v. 2-4; XXXII, -1 et 17; ch. LIV, v. 1, 3, 7, 8, 9, 14; ch. LX, v. 1, 2, 3, 4, 5, 10, 11, 12, 15, 21, 22; ch. LXII tout entier, mais particulièrement v. 8, 9; ch. LXVI, v. 12; Jér. 3, 17.

a Conséquemment aux magnifiques proiiesses que Dieu fait à son Église, jespère qu'enfin il aura pitié d'elle et la mettra dans un état renommé sur la terre; mais je n'oserais fixer l'époque précise de sa délivrance. S'il est vrai, comme je le présume, que la captivité des juifs en Babylone ait été un type de la nôtre, la fin de nos maux ne serait pas fort éloignée, car nous courons la soixante-huitième année. Quoiqu'il en soit, le Seigneur dans sa colère se souvient d'avoir compassion, et nous accorde de temps en temps quelque répit.

« Il y a quelques mois que nous jouissons d'un très-grand calme dans toute la province du Languedoc. Nous prêchons, nous baptisons, nous marions, sans aucun empêchement; aussi nos assemblées sont-elles fort nombreuses. Celles où je fonctionne se tiennent à une demi-lieue de la ville, et dimanche dernier, qui était jour de jeune, j'eus pour le moins et sans aucune exagération, dix mille auditeurs, tous habitants de Nimes. Vers le commencement du mois de décembre dernier, on accusa les protestants de la Gardonnenque de s'être attroupés en armes, mais il fut prouvé que c'était une calomnie qui n'avait pas le moindre fondement; ainsi elle n'a eu aucune suite fâcheuse, grâces au Seigneur. Malgré le zèle cruel et les insinuations malignes du clergé, la Cour parait portée à la tolérance, et de toutes parts on nous confirme qu'elle a de bonnes intentions pour nous. Cependant il y a un grand nombre de nos frères et de nos sœurs qui souffrent, les uns dans

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des prisons, les autres sur les galères. Dieu veuille rompre enfin leurs chaînes et les mettre en liberté ; et en attendant, daigne-t-il les fortifier par la vertu de son Esprit.

« Vous m'obligeriez très-fort, Monsieur et très-honoré frère, si vous vouliez vous donner la peine de me dire votre sentiment sur la doctrine des frères Moraves. J'ai vu quelques membres de cette Société, et j'ai lu quelques-uns de leurs livres, et il m'a paru qu'il y avait chez eux du bon et du mauvais. Je pense tout comme eux que Jésus-Christ crucifié doit être le sujet ordinaire de nos discours et de nos réflexions, puisque sa bienheureuse mort est le fondement de notre salut, la base de nos espérances, la source de nos consolations ; mais prêcher Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié, c'est annoncer nonseulement sa mort mais aussi les antres vérités de la foi et les devoirs de la morale. Je vois dans le Nouveau-Testament que Jésus-Christ et ses apôtres entrent dans un fort grand détail sur les vices qu'il faut fuir et les vertus qu'on doit pratiquer; ce qui n'est du tout point la méthode de ces Messieurs. Je vois d'ailleurs dans le Nouveau-Testament, et des préceptes et des exemples en grand nombre, desquels on peut conclure, sans crainte de se tromper, que pour l'ordinaire, nos prières doivent s'adresser au Père par l'intercession de son Fils unique. Mais ces 3Iessieurs suivent une méthode toute opposée : ils s'adressent presque toujours au Fils et très-rarement au Père. Plus le mystère de la Trinité est insondable et au-dessus de notre compréhension, et plus nous devons craindre de nous égarer sur pareille matière, ce qui est comme inévitable pour peu qu'on s'écarte de l'Écriture. C'est elle qui est ma règle, ma boussole, et c'est elle qui m'apprend que ce que je demanderai au Père au nom de son Fils, me sera accordé.

« Je prends la liberté. Monsieur et très-honoré frère, de vous

adresser l'incluse. Après que vous en aurez fait la lecture, et

que vous aurez vu de quoi il s'agit, je vous prie de la cacheter,

* d'ajouter ce qui manque à l'adresse, et de la faire parvenir à sa

destination. Si même vous pouvez contribuer quelque chose à

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