‹ Benjamin du Plan, gentilhomme d'Alais, député général des synodes des églises réformées de France, 1688-1763Chapitre 221 sur 243 · IL EXCITE LA CHARITÉ DES RÉFUGIÉS · texte numérisé non relu

IL EXCITE LA CHARITÉ DES RÉFUGIÉS

motifs nous empêchent souvent de nous intéresser pour des personnes qui sont dans le malheur, parce qu'elles nous paraissent étrangères, quoique Jésus-Christ ait fait voir par la parabole du juif blessé sur un grand chemin et du Samaritain qui le secourut (tandis qu'un lévite et un sacrificateur l'abandonnèrent), que nous devons regarder tous les hommes comme nos prochains et que la charge de lévite, ni celle de sacrificateur, ni la profession extérieure du christianisme, ni le caractère de prêtre ou de ministre de l'Évangile ne justifieront pas ceux qui manquent de charité ; bien loin de là, plus nous aurons reçu de 1 umières et de grâces soit spirituelles, soit temporelles, et plus notre condamnation sera grande si nous n'en faisons pas un bon usage.

« Ceux qui remplissent leurs devoirs doivent être ravis de méditer sur les vérités que je viens d'exposer ; et ceux qui ne les remplissent pas encore, s'ils sont sensibles à leurs véritables intérêts, à leur salut éternel, doivent se hâter de les remplir avant que la mort les surprenne ou que Dieu retire ses grâces. Dieu n'a aucun besoin de nous, ni de ce que nous possédons ; noire bien ne parvient pas jusqu'à lui ; il est de toute éternité parfaitement heureux et il le sera éternellement par lui-même; mais tel est son bon plaisir que nous aimions notre prochain comme nous-mêmes et que nous secourions les pauvres, les mallicurcux, les prisonniers, les étrangers, autant qu'il nous est possible, car sans la charité, nous ne devons pas nous flatter d'être enfants de Dieu ni héritiers de son royaume. Jésus- Christ, la vérité même, a déclaré que c'est à la seule charité qu'il reconnaîtra ses disciples.

« Comme chrétien et comme député ou représentant d'un corps considérable d'Églises chrétiennes qui gémissent sous la croix, je fais tous mes efforts pour exciter la charité de nos frères qui jouissent de la liberté, de la paix et de l'abondance, en faveur des membres du corps mystique de Jésus-Christ, qui combattent et qui souffrent pour la foi. Si mes très-humbles requêtes et mes pressantes sollicitations sont méprisées ou

rejetées, j'en serai fâché, mais je serai innocent; j'aurai fait mon devoir et Dieu fera tôt ou tard son œuvre ; il consolera, il délivrera sans aucun secours étranger son Église opprimée; il fera triompher sa chère Jérusalem, sa bien-aimés épouse. Babylone sa rivale, sa persécutrice, sera détruite de fond en comble avec tout ceux qui auront adhéré à ses sentiments ou suivi ses maximes, qui sont l'orgueil, l'avarice, la volupté, l'amour du monde, l'attachement aux créatures, l'oubli de Dieu, le mépris de son Évangile, la dureté pour les pauvres, l'insensibilité aux besoins de ceux qui sont dans les souffrances.

e Dieu veuille, par sa grâce, ouvrir les yeux à ceux qui sont aveugles sur leurs véritables intérêts. Dieu veuille inspirer la charité à ceux qui ne l'ont pas, et augmenter la foi et l'amour du prochain à ceux qui les ont.

« C'est avec une affection sincère et une parfaite considération que je suis, 3Ionsieur, de Votre Excellence, le très-humble et très-obéissant serviteur.

« Du Plan. »

« Londres, le novembre 1755.

P. S. — Œ La lettre, Monsieur, que j'ai l'honneur de vous écrire n'est pas seulement destinée pour V. E., mais encore pour tous ceux qui font profession de la religion chrétienne, avec qui vous avez quelque relation. Si quelqu'un est porté à faire du bien aux Églises protestantes de France, il peut remettre ou faire remettre sa bénéficence aux ministres de l'Église française de Copenhague, pour la faire tenir à tels ministres de Genève qu'il voudra choisir pour s'assurer de son fidèle emploi. »

Le vieux député reçut un jour une lettre de Lausanne : c'était Court de Gébolin, le fils de son vieil ami, qui lui écrivait pour lui demander un service et qui profitait de l'occasion pour lui donner des nouvelles de son père et de l'Eglise de France.

DÉTAILS SUR l'ÉTAT DE l'ÉGLISE 341

« Lausanne, 1 9 septembre 1759.

« Monsieur,

c Permettez que je profite de l'occasion qui se présente pour vous assurer des sentiments d'admiration et d'estime dont j'ai toujours été rempli pour vous et que j'ai sucé de mes parents avec le lait. J'ai toujours désiré mériter votre bienveillance et participer en particulier à l'amitié qui vous lia avec mon père. Elle fut offusquée par des nuages ; mais ils se sont dissipés, ces nuages ; puisse cette amitié en être sortie plus pure que jamais et ne recevoir aucune atteinte à l'avenir. Je m'estimerai fort heureux si je puis être un instrument à la faire subsister jusqu'à la fin.

« C'est une Israélite de la vieille roche qui se charge de cette lettre; elle mérite par son zèle et sa piété que vous daigniez vous intéresser pour elle. Elle va avec un fils joindre huit enfants qu'elle a à Londres. Son nom estCazali, et elle est du Languedoc, tout près de Ribaute.

« Le pays dont elle sort est bien différent de ce qu'il était dans vos anciens pèlerinages. La lumière s'y répand de toutes parts : il y a peu de province qui n'ait ses ministres et son culte; une même a ses temples. Partout on compte des Églises florissantes, nombreuses, éclairées, pleines de zèle. Cependant le vent de la persécution continue à les ravager; il fond çà et là comme un tourbillon impétueux qui déchire tout. Les provinces actuellement les plus exposées à sa fureur sont le Dauphiné, le Périgord, la Normandie.

« Dans la première, dix-huit personnes y ont été décrétées depuis peu; douze autres sont détenues dans les prisons de Valence ou de Grenoble; plusieurs enfants enlevés pour les couvents.

« Le Périgord vient d'être condamné à 28,000 livres d'amende; il y a quatorze brigades de maréchaussée, dont quelques-unes logées chez les protestants. Toutes font des.

Page 1