SAINTES ESPÉRANCES
les Églises sont beaucoup plus nombreuses, et si iDieu exauce nos vœux et bénit nos soins et celui de nos collègues, la vérité fera bientôt plus de progrès en France qu'elle n'en a fait jusqu'ici depuis la révocation de l'Édit de Nantes; mes espérances ne sont pas seulement fondées sur la bonté, la puissance et la fidélité de Dieu qui se sont manifestées de tout temps en faveur de son Église universelle, mais encore sur ce que j'ai vu de mes propres yeux, sur ce que j'ai appris de mes correspondants, et sur cette pépinière d'ouvriers évangéliques qui se préparent et dont vous me faites mention; car la Providence ne dresse point des ouvriers pour rester inutiles ; c'est sans doute pour cultiver sa vigne qui est en fricbe dans plusieurs endroits.
« Outre ces considérations qui sont très-justes et très-solides, nous devons encore fonder nos espérances sur les oracles du Vieux et du Nouveau-Testament qui nous promettent la destruction de Babylone et le triomphe de Jérusalem; je veux dire le triomphe de la vérité, de la justice, de la sainteté, sur les erreurs, les superstitions, les idolâtries et les vices qui régnent dans le monde ; ce qui arrivera sans doute par l'effusion des dons du Saint-Esprit, car il n'y a que Dieu, par son Esprit, qui puisse convertir toutes les nations, les juifs, les païens, les mahométans et autres infidèles. Il n'y a que Dieu qui puisse créer les nouveaux cieux et la nouvelle terre où la justice doit régner et habiter. Alors, selon ses oracles, la terre sera remplie de la connaissance de Dieu, comme le fond de la mer est couvert de ses eaux; alors, il n'y aura qu'un seul pasteur et un seul troupeau; alors tous les hommes seront enseignés de Dieu, animés de son esprit pour n'être qu'un cœur et qu'une âme ainsi que les fidèles du temps des apôtres après avoir reçu le Saint-Esprit. En attendant ce bienheureux temps, c'est à nous de nous préparer pour nous rendre dignes des dons du Saint-Esprit, comme les apôtres s'y disposèrent à Jérusalem en l'absence de leur Maître, par de saintes assemblées, par des prières ferventes et par toutes sortes de bonnes
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œuvres. Nous surtout, qui jouissons par la grâce de Dieu de la paix et liberté de conscience pendant que nos frères sont persécutés, devons imiter Moïse sur la montagne, qui élevait son cœur et ses mains vers le ciel pendant que Josué et son armée combattaient dans la plaine contre les Amalécites.
< Je vous remercie. Monsieur et cher frère, des nouvelles que vous me donnez de tout ce qui regarde nos frères de France et hors de France ; je vous prie de continuer. De mon côté, j'aurai soin de vous informer de tout ce qui pourra vous faire plaisir sur ce sujet, quoique je sois vieux et infirme, retiré à la campagne à cause d'un asthme qui me met souvent non seulement hors d'état de marcher, mais encore d'écrire. Je ne laisserai pas toutefois d'agir dès que j'aurai quelque répit pour avancer le règne de Jésus-Christ et l'édification de son Église; je tâcherai, en particulier, de recruter le nombre de nos amis qui a beaucoup diminué depuis quelque temps.
« Quant à la mort de M. Boyer, à qui vous avez donné le nom de célèbre, je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de sujet d'affliction, vu les désordres et les chagrins qu'il avait causés. Toutes sortes d'instruments servent aux desseins de la Providence, soit pour édifier, soit pour éprouver; le Seigneur l'avait donné, le Seigneur l'a retiré, son saint nom soit béni. Dieu veuille susciter à son Église des pasteurs remplis de lumières et de vertus qui n'aient que la gloire de Dieu à cœur et le salut des âmes qu'il a rachetées par le sang de son Fils unique.
e La perte de M. le professeur Polier, de M. Redonnei et de plusieurs autres me paraît beaucoup plus considérable ; mais. Dieu soit loué, ils ont fuurni leur carrière et Dieu en peut susciter d'autres qui seront autant ou plus utiles à l'Église. Il ne faut jamais désespérer de la Providence qui a des ressources infinies pour faire du bien à son Église.
« Quant à M. Serces dont vous me parlez, nous nous sommes écrit, il y a quelque temps, des lettres de réconciliation, mais, comme nous sommes tous deux vieux, infirmes, éloignés.