PERSÉCUTION DANS LE LANGUEDOC
fût l'accueil fait à leur demande, ils étaient décidés à ne point renoncer à leurs assemblées et depuis longtemps ils avaient fait le sacrifice de leur vie au triomphe de leur foi ; quelles que fussent les souffrances qu'on leur réservât, ils mourraient sans murmurer, et rien n'arracherait de leurs cœurs, les sentiments d'amour qu'ils nourrissaient pour le roi et pour la monarchie (1). »
II fut répondu à cette courageuse apologie par un redoublement de persécution. La frontière fut de nouveau interdite aux réfugiés qui, sous le faux espoir de jours meilleurs, s'étaient hâtés de revenir dans leur patrie. Les dragonnades recommencèrent. En 1717, une assemblée fut surprise près d'Auduze et soixantequatorze personnes furent saisies et conduites à Montpellier. De ce nombre, vingt-deux hommes furent condamnés aux galères, les femmes à la prison et le bourreau reçut ordre d'aller planter au milieu de la place d'Ânduze un poteau où seraient inscrits les noms des prisonniers.
Peu s'en fallut que la révolte n'éclatât de l'excès de ces exactions. Antoine Court prévint cet irréparable malheur. Par ses prédications, par des synodes multipliés, par l'influence de ses amis, il parvint à apaiser les esprits. Il voulait conquérir la liberté, non plus par la violence, comme avaient essayé de le faire les camisards, mais par la résignation comme les premiers chrétiens. Il en donna lui-même l'exemple dans une circonstance mémorable que nous rappelons parce que nous y trouvons mêlé le héros de cette histoire.
(ON" 46, cah. u(17I6).
ARRESTATION d'ÉTIENNE ARNAUD 31
En 1718, les troupes arrêtèrent le jeune prédicant Etienne Arnaud au retour d'une assemblée qu'il avait convoquée dans les environs d'Alais. C'était un jeune homme qui donnait les plus belles espérances. Originaire de Saint-IIippolyte de la Planquette, il s'était réfugié en Suisse après la défaite des camisards, puis il était revenu en France en compagnie de Corteiz et s'était consacré h l'évangélisation de ses coreligionnaires. Court se l'était bientôt attaché et nous l'avons vu siéger avec quelques autres rares prédicants au Synode de 1715. Il était aussi devenu l'ami de du Plan qui avait l'habitude de le recevoir chez lui et même de le patronner.
La nouvelle de l'arrestation d'Arnaud produisit une douloureuse impression parmi les réformés qui avaient apprécié son caractère et ses talents précoces. Un détachement, qui ne comptait que quarante soldats, devait le conduire d'Alais à Montpellier. Quelques hommes résolus décidèrent de se mettre en embuscade sur la route et de délivrer le jeune prédicant. Mais avant d'accomplir ce dessein, on consulta Court. Celui-ci aimait Arnaud comme un frère ; il eût donné sa vie pour le sauver. Cependant il ne crut pas devoir encourager les conjurés dans leurs projets; il leur défendit môme d'en tenter l'exécution, « préférant ne pas risquer de mettre tout le pays en feu et voir un frère sceller de son sang les vérités qu'il avait prêchées que de lui rendre la liberté pour édifier encore le peuple (1). »
Du Plan essaya d'un autre moyen pour arracher son
(i) N" 46, cah. m.