‹ Benjamin du Plan, gentilhomme d'Alais, député général des synodes des églises réformées de France, 1688-1763Chapitre 26 sur 243 · SON SUPPLICE · texte numérisé non relu

SON SUPPLICE

jeune ami à la mort. Il écrivit lui-même à la cour et implora sa grâce. La cour répondit favorablement à cette supplique et donna des ordres en conséquence aux juges de Montpellier; mais le cruel intendant Bàville (1), outré de voir celle proie lui échapper, avait fait transporter Arnaud des prisons de Montpellier dans celles de Nimes, comptant sur des juges plus complaisants. Le temps pressait; du Plan écrivit à la sœur d'Arnaud qui était à Paris et lui indiqua les démarches à faire pour obtenir la liberté de son frère. Ces démarches eurent un plein succès; malheureusement elles aboutirent trop tard. Bàville s'était hâté de faire juger et condamner Arnaud par des juges qui lui étaient dévoués et l'avait fait pendre sur la place de la Maréchale, à Alais. Le jeune martyr subit le dernier supplice avec une fermeté héroïque qui arracha des larmes au gouverneur, au jésuite qui l'assistait et au bourreau lui-même.

Voici la lettre touchante que du Plan écrivit à la mère d'Arnaud, réfugiée à Genève, huit jours après l'exécution du jeune prédicant :

« Ma chère sœur en Jésus-Christ (1),

t Après avoir balancé quelques jours à vous écrire, j'ai cru que je devais surmonter tous les obstacles qui s'opposaient à cela ; vous vous intéressez trop à ce qui regarde l'Église et en

(1) Arnaud fut la, dernière victime de ce cruel intendant qui fit tant de mal à nos Églises. Voici les noms de ceux qui lui succédèrent dans les soixante premières années du dix-huitième siècle : 1718,Bernage-, 1725, Louis Basile de Bernage fils-, 1743, Le Main; 1751, de Saint-Priest.

(1) NM,t. IL, p. 15.

LETTRE DE DU PLAN A LA MÈRE d'ARNAUD 33

parliculier à loul ce qui peut avoir quelque rapport au bienheureux Cadet; outre cela, je vous aime assez pour vous doiin3r avis de tout ce qui se passe de considérable dans ce pays. Vous saurez donc, ma chère sœur, que ce fidèle confesseur de la vérité, après avoir été détenu prisonnier environ un mois, pendant lequel tous ceux qui aiment la religion et qui le connaissaient offraient à Dieu leurs prières pour sa délivrance, a été condamné à la mort la moins cruelle de toutes celles que la justice peut infliger. Cet arrêt a été prononcé à Nimes et exécuté à Alais. Jamais on n'a vu une personne plus tranquille et plus résignée à la mort que ce pauvre agneau. Ses ennemis les plus cruels en ont été touchés; presque tout le monde a versé des larmes. Le jésuite, quoiqu'il ait été rebuté avec force à cause de ses exhortations importunes, a été obligé de confesser que s'il avait été dans l'Église romaine on devrait le regarder comme un martyr; l'officier qui l'a conduit et même on archer, après une infinité d'autres, m'ont dit qu'il avait parlé et qu'il était mort comme un saint; le bourreau en larmes a prononcé qu'il avait fait mourir un ange. Je ne saurais enfin vous rapporter tout le bien qui a été dit de ce cher enfant : sa douceur, sa patience et sa charité avaient tellement gagné ou attendri le cœur de tout le monde que personne n'oserait en dire du mal sans s'exposer au mépris et à la haine du public. Je ne doute pas, ma chère sœur, que vous ne vous soumettiez avec joie aux ordres du ciel qui avait prédestiné votre cher fils à être du nombre des martyrs. Les hommes n'ont fait qu'exécuter les décrets de Dieu ; il faut adorer avec on religieux respect celte main invisible qui règle avec une souveraine sagesse lous les événements qui arrivent dans le monde. Nous pouvions être tristes à la vérité pendant que ce cher agneau était entre les loups; nos larmes semblaient justes, mais à présent qu'il est parmi les saints glorifiés, qu'il contemple la face de son Sauveur et qu'il est rassasié de ses délices, nous serions bien aveugles, ingrats et injustes de regretter son bonheur ; à Dieu ne plaise ! il faudrait renoncer à la foi qui

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