IL SUIT SURTOUT LES RÉUNIONS DES INSPIRÉES
C'étaient des hommes, le plus souvent des femmes, quelquefois même des enfants, qui se levaient dans les assemblées secrètes. Les chefs camisards étaient morts, les pasteurs exilés, le troupeau errant et abandonné : alors ces femmes héroïques, ne consultant que leur foi, leur dévouement, leur abnégation, comblèrent les vides, suppléèrent aux absents; au milieu de l'orage déchaîné, elles prirent courageusement en main le timon de l'Église et, bravant les édits, narguant la mort, sauvèrent au péril de leur vie le protestantisme expirant. On les voyait courir de pays en pays, du Vivarais dans les Cévennes, des Cévennes dans le bas Languedoc, s'arrêtant dans les villes, dans les bourgs, dans les villages, prêchant, priant partout où on les réclamait ou selon que l'Esprit les y poussait.
Car elles aussi se croyaient inspirées, elles prophétisaient; mais au lieu des cris, des fureurs, des crises nerveuses qui caractérisaient les anciens prophètes cévenols, c'étaient des paroles tendres, des discours affectueux, des larmes. Dans un langage bizarre, mêlé de citations bibliques et du récit naïf de leurs visions, elles prêchaient la repentance et faisaient concevoir au milieu des malheurs présents, l'espérance d'un état meilleur. Rarement elles pousssaient à la révolte; elles attendaient patiemment la délivrance de Dieu et elles l'attendaient avec joie et avec une ferme espérance. On les rencontrait surtout dans les lieux qui avaient été le théâtre de la guerre des camisards : Brcnoux, Mais, Congénies, Nimes, Ganges, Loriol,^Lunel. Elles yjouissaient d'une aveugle confiance, on n'entreprenait plus rien sans les consulter. Devait-on faire une course, aller à une assemblée, aussitôt l'Inspirée de l'endroit