‹ Benjamin du Plan, gentilhomme d'Alais, député général des synodes des églises réformées de France, 1688-1763Chapitre 40 sur 243 · CORTEIZ ACCUSE DU PLAN DE FAVORISER LES INSPIRÉS · texte numérisé non relu

CORTEIZ ACCUSE DU PLAN DE FAVORISER LES INSPIRÉS

les obstacles qui pourraient s'opposer à mon chemin ; joignez à tout cela vos sages conseils. Je crains de n'être reconnu dans les passages. Car il faut rendre raison partout où l'on passe jusqu'au moindre village, qui l'on est, d'où l'on vient et où l'on va. Faites-moi connaître quelles précautions je dois prendre, par quel endroit il me serait plus facile d'entrer dans la province. J'attendrai avec impatience ce que vous me ferez l'honneur de me répondre là-dessus. En attendant je vous embrasse avec une affection chrétienne et je vous prie de me croire, avec toute la tendresse et tout le zèle possible, Monsieur, votre très-humble, très-obéissant serviteur.

Benjamin du Plan avait des raisons personnelles pour désirer le prorapt retour d'Antoine Court. Ses relations avec les Inspirés venaient de soulever contre lui le parti de Tordre ecclésiastique à la tête duquel était Corteiz. Corteiz n'aimait pas Benjamin du Plan, non qu'il méconnût ses nombreu.K mérites, mais il lui reprochait ses idées sur l'inspiration et l'accusait, fomenter la division dans l'Église. Ces accusations étaient-elles fondées? Du Plan n'avait- il pas, au contraire, dès le premier jour, encouragé Antoine •Court dans son œuvre de restauration? Ne l'avaitil pas aidé, non-seulement de ses conseils mais aussi de son influence? N'avait-il pas assisté régulièrement à tous les synodes et colloques, rédigé des délibérations, écrit en leur nom soit au Régent, soit aux Princes étrangers? Était-il possible de trouver un meilleur réformé, et en même temps un chrétien plus capable et plus dévoué? Quel était donc son crime? Pourquoi, pendant l'absence d'Antoine Court, Corteiz

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ameuta-t-il les fidèles contre le pieux gentilhomme? Nous l'avons déjà dit, c'est parce que celui-ci fréquentait les Inspirés; sa position sociale, son mérite personnel donnaient à ce parti obscur, composé en général de personnes ignorantes, un lustre et un relief qu'il ne méritait pas. Hâtons-nous d'ajouter que les extravagances de quelques-uns et surtout la révolte de deux de leurs principaux chefs, Vesson et Hue, contre l'ordre établi, semblèrent juslifier toutes les rigueurs de Corleiz.

L'influence de ces deux hommes a été trop grande de leur temps et Benjamin du Plan a trop souffert par contrecoup de ces luttes, ponr que nous ne mettions pas le lecteur au courant de leur histoire.

"Vesson était originaire de Gros, près de Saint-Hippolyte. Il s'était érigé en prédicant et se disait inspiré. Il prêchait au désert, tombait en extases et tenait des assemblées que son imprudence faisait souvent surprendre par les soldats. A peine eut-il signé les règlements du Synode de 1715, qu'il refusa de s'y soumettre; son esprit indépendant ne pouvait se plier à aucun joug humain. Il ne reparut plus aux réunions synodales, et, quoiqu'il ne fût pas consacré, il se permit de donner la cène et de convoquer des assemblées. Un Synode, tenu en février 1718, l'assigna à sa barre et comme il refusa de s'y présenter, le démit de ses fonctions comme schismatique. On décida toutefois qu'il serait réintégré dans sa charge de prédicant s'il exprimait des regrets de sa conduite. Le mois suivant, publiquement et dans un colloque, Vesson vint faire amende honorable entre les mains de Corleiz, de Rouvière et d'Antoine Court. Mais sa fougue naturelle, son impatience de tout frein

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