‹ Benjamin du Plan, gentilhomme d'Alais, député général des synodes des églises réformées de France, 1688-1763Chapitre 61 sur 243 · IL FAUT EXAMINER TOUTES CHOSES · texte numérisé non relu

IL FAUT EXAMINER TOUTES CHOSES

timents; je reçois avec plaisir votre exhortation. Je tâcherai d'en faire mon profit ; faites-en le vôtre, car cette exhortation regarde tout le monde. Vous avez raison de condamner ceux qui appellent le bien mal et le mal bien ; c'est pourquoi il faut examiner toutes choses et retenir ce qui est bon. Vous me citez des exemples qui prouvent que quelquefois des empereurs, des papes ont soutenu ou condamné la vérité; c'est pourquoi il faut examiner les sentiments de ces empereurs, papes et conciles sur les passages des Ecritures qui établissent les dogmes de notre foi et après avoir imploré avec ardeur et humilité les lumières du Saint-Esprit pour connaître le vrai sens de ces passages ; il faut aux dépends de nos biens, de nos charges, de notre réputation et de notre vie se déterminer pour ceux qui nous paraissent les plus vrais et les plus solides, sans se laisser éblouir ni hitimider par le nombre des personnes, ni par l'éclat des sciences, de l'éloquence et des grandeurs du siècle, ni par ce nom pompeux et magnifique de vicaire de Jésus-Christ, ou par le nom attrayant d'Église de Dieu ou d'épouse de Jésus- Christ que tous les hérétiques ont usurpé. Je ne me vante pas d'être un Athanase ; si Dieu m'avait choisi tout seul pour soutenir sa cause sur la matière dont il s'agit, je pourrais bien dire en vérité que Dieu aurait choisi un des plus vils et un des plus indignes sujets de la terre pour faire d'autant plus éclater les richesses infinies de sa miséricorde avec la vertu de son bras Tout-Puissant qui n'a pas besoin de secours humains ni de la multitude pour faire son œuvre. Mais, grâce à Dieu, je ne suis pas le seul de mon sentiment. Je ne prétends point non plus faire aucune secte ; au contraire, je demande l'union et la paix avec mes frères, j'emploierai toujours tout ce qui dépendra de moi pour être uni avec eux, et j'espère que Dieu me fera la grâce de réussir malgré Satan qui fait toujours ses efforts pour semer la zizanie dans le champ du Seigneur.

« J'ai toujours convenu qu'il y a eu des fourbes et quantité d'abus parmi ces prétendus inspirés; mais j'ai toujours soutenu

78 SON EXPÉRIENCE EN FAVEUR DE l'iNSPIRATION

en public et en particulier, et même en plein Synode, que je crois qu'il y avait eu et qu'il y en avait encore aujourd'hui qui avaient reçu des dons extraordinaires du Saint-Esprit. Aussi vous avez tort de me dire que l'expérience, que ma propre expérience devrait m'avoir dessillé les yeux sur cette matière pour condamner sans distinction tous ceux qui prétendent être inspirés. Il y en a qui les ont tous approuvés sans connaissance et d'autres qui les condamnent tous sans examen. Quant à moi, après avoir bien examiné autant qu'il m'a été possible, j'en ai approuvé et condamné, et ce parti me parait plus conforme à la raison et à l'Écriture que les deux autres de quelque prétexte de piété et de zèle que les uns et les autres

tâchent de se couvrir

« Il est juste de dire les raisons que j'ai de croire qu'il y a aujourd'hui de véritables inspirés. Je pourrais vous citer quelques personnes qui ont les caractères que vous donnez dans votre lettre et que vous dites essentiels pour être de vrais prophètes. J'en ai connu qui, sans étude ont prononcé les choses magnifiques de Dieu d'un ton beaucoup plus touchant et d'un discours plus coulant que ceux qui ont étudié, leur doctrine était orthodoxe, leur vie pure, leur courage généreux, leurs prédictions véritables. Ces personnes ont sondé mon cœur, censuré mes vices : elles m'ont exhorté à la vertu et m'ont prédit plusieurs choses que j'ai vu accomplir. Dieu s'en est servi pour me retirer du papisme où je serais plongé; elles m'ont excité à lire les Écritures et à m'uuir avec mes frères du désert. Comme je voyais que le péril était éminent pour moi parce que je suis observé, elles m'ont fortifié et m'ont promis de la part de Dieu que mes ennemis ne mettraient point la main sur moi et que je pouvais passer par le feu et par l'eau sans rien craindre. J'ai cru et j'ai éprouvé, grâce au Seigneur, la fidélité des promesses de mon divin sauveur dont j'ai imploré toujours le secours avant que de consulter ces personnes. Si tout cela que j'avance est vrai, on aurait tort de vouloir gêner ma foi en me faisant croire que tant de bonnes choses viennent

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