SA FUITE
faciliter sa capture, on donna aux nombreux agents du pouvoir son signalement :
Benjamin du Plan, taille de cinq pieds, cinq pouces environ, cheveux blonds et longs, qu'il met souvent en que»e, visage assez beau, yeux bleus.
Pendant deux ans il lassa les poursuites de la police; enfin, lorsqu'il crut ne pouvoir se tenir caché plus longtemps, il se décida à franchir la frontière. Il voulut embrasser une dernière fois sa famille; hélas! une cruelle épreuve devait briser son cœur; sa mère, en apprenant les périls qui menaçaient la tête de son enfant, était morte de chagrin. Peut-êlre en s'arrachant à son foyer, eut-il la suprême douleur de voir son vieux père lui reprocher cette mort et blâmer sa conduite. Néanmoins, le gentilhomme qui avait sacrifié pour Dieu, ses biens, son repos, sa vie, fit encore avec une soumission chrétienne le sacrifice de ses plus chères affections. Il avait environ trente- sept ans lorsqu'il quitta le royaume.
Il nous a fait connaître lui-même toute l'étendue des sacrifices qu'il n'avait pas hésité, jeune encore, à faire à sa foi :
« Par mes titres et un bien considérable, si Dieu ne m'avait destiné au service de son Église, j'aurais pu m'aliier avec l'illustre maison de la Fare, où on compte des barons, de» marquis, des comtes, des capitaines, des majors, des colonels, des brigadiers, des généraux, des maréchaux de France, des commandants de Province et des évêques. Le beau-frère du baron d'Alais, mon ami, m'ayant offert sa fille ainée en mariage, ce qui m'aurait assuré une puissante protection et une belle ouverture pour me pousser dans le monde ; mais