ÉTENDUE DE SES SACRIFICES
à l'exemple de 3Ioïse, Dieu m'a fait la grâce de préférer les opprobres de Jésus-Christ aux. richesses et aux honneurs de ce monde. J'ai abandonné pour cela mon emploi dans les troupes, j'ai refusé l'illustre alliance dont je viens de parler ; je me suis séparé de mon père qui craignait d'être enveloppé dans ma perte presque évidente ; j'ai en quelque manière abandonné ce père; j'ai renoncé par là à son héritage; j'ai quitté le commerce de la noblesse et des grands avec qui j'étais en liaison, pour m'unir et me confondre avec un peuple opprimé pour l'Evangile, avec des paysans, des artisans, avec des personnes pauvres, méprisées, haïes, persécutées, avec des prisonniers, des galériens, des ministres proscrits et destinés à la mort ; oui, j'ai préféré le commerce et l'union de toutes ces personnes viles et malheureuse en apparence, à celle des grands, des riches et des puissants de la terre, parce que je suis persuadé des vérités de la religion chrétienne, parce que je sais que le monde passe comme un songe et sa gloire se dissipe comme une vapeur brillante qui cause souvent de funestes effets ; parce que je suis persuadé qu'il n'y a que ceux qui s'attachent à servir Dieu, à garder ses commandements, à imiter Jésus-Christ qui subsisteront éternellement.... (1) »
Le départ de Benjamin du Plan fut si précipité qu'il n'eut pas le temps de dire adieu à Antoine Court. II lui fit parvenir la lettre suivante ainsi qu'un mémoire qui renfermait les vastes projets qu'il formait dans sa pensée en faveur de l'Église : .
< J'aurais bien souhaité d'avoir le plaisir de vous voir avant mon départ. J'avais beaucoup de choses d'importance à vous communiquer, mais puisque je ne puis pas vous le dire de bouche, je vous dirai en peu de mots par écrit, ce qui me paraît de la dernière importance.
(1) Extrait de papiers inédits.
SA LETTRE d'ADIEU A ANTOINE COURT 83
« Vous n'ignorez pas la puissance et la malignité de nos ennemis et que si nous subsistons, c'est par un miracle de la providence et de la miséricorde de Dieu. Or, Dieu parait irrité contre nous et ce n'est point sans cause puisque la plupart de ceux qui vont aux assemblées et qui participent à ce que nous avons de plus sacré dans notre religion vivent comme des païens, et plût à Dieu qu'ils vécussent comme certains païens! Je ne veux nommer personne car j'aurais trop à nommer; presque tous sont pécheurs au premier chef et moi le premier. Je passe condamnation, je suis plus coupable que tous parce que j'ai plus reçu de lumières que la plupart de ceux qui habitent dans ce climat. C'est pourquoi je m'humilierai non seulement devant Dieu mais devant les hommes. Je reconnais mon néant et ma corruption. Je ne mépriserai et ne haïrai personne; au contraire, je donnerai dans toutes les occasions qui se présenteront des marques d'amitié et d'estime aux personnes qui se sont opposées à mes voies qui tendaient à la gloire de Dieu et à l'édification de l'Église. C'est mon devoir et mon inclination
« Mais il faut pourtant coopérer à la grAce, faire que les maîtresses roues donnent du mouvement aux autres afin de remuer toute la machine qui est fort lourde et fort rouillée ; il faut que les pasteurs excitent les proposants, les proposants les anciens et les anciens le peuple. 11 faut s'exciter saintement les uns les autres. Voici le combat qui s'approche et que nos ennemis nous environnent de toutes parts ; si nous ne nous éveillons de notre sécurité; si nous ne prenons toutes les armes delà foi, nous sommes perdus. Il faut jeûner, il faut prier, il faut pleurer, il faut se convertir, il n'y a que ce seul moyen pour obtenir la victoire sur Satan et le monde et sur nos passions. Je vous exhorte, je vous supplie, mon cher frère, au nom de Jésus-Christ notre commun maitre et Sauveur, de prendre avec nos frères, pasteurs et anciens, le moyen le plus propre et le plus efiScace pour apaiser la colère de Dieu et nous attirer sa justification et son amour.
84 conseIls pratiques
Celte lettre se terminait par quelques conseils pratiques :
c Notre frère qui vous rendra ma lettre et que vous connaissez depuis longtemps attaché au service de l'Église, vous instruira de bouche de plusieurs choses que je n'ai pas pu ni voulu mettre sur le papier. Vous connaissez le mérite, la piété et la capacité de ce bon serviteur. Servez-vous de ses conseils dans vos projets ; vous aurez maître Baldy et quelques autres qui pourront composer le conseil secret. Consultez plus souvent que vous n'avez coutume de faire et réunissez soigneusement les chefs pour les animer à s'acquitter de leurs devoirs. Vous acquerrez une gloire beaucoup plus pure et plus solide que celle de ces héros si fameux dans l'histoire. Votre nom sera célèbre dans les annales de l'Église et vous serez un jour assis sur un trône de gloire. Adieu, mon cher frère, je vous embrasse en esprit, et suis de tout mon cœur à vous et à toutes les personnes qui aiment Jésus-Christ, le très-humble et trèsobéissant serviteur (1). »