‹ Benjamin du Plan, gentilhomme d'Alais, député général des synodes des églises réformées de France, 1688-1763Chapitre 69 sur 243 · RIGUEURS CONTRE LES PRÉDICANTS · texte numérisé non relu

RIGUEURS CONTRE LES PRÉDICANTS

roi de France. On convoqua aussitôt un Synode (1) pour savoir la conduite qu'il fallait tenir en présence d'une telle Déclaration. Le Synode examina deux graves questions : Les protestants devaient-ils émigrer ou rester en France malgré la persécution? Le premier parti était conseillé par Basnage, Saurin et tous les réfugiés. Antoine Court le combattit; on délibéra longuement sans aboutir à une décision, et chacun fut libre de fuir ou de rester; les prédicants néanmoins devaient encourager les fidèles à souffrir patiemment les maux dont ils étaient menacés. Le Synode se sépara après avoir ordonné un jeûne général pour apaiser la colère de Dieu et ranimer le zèle et la piété de l'Église.

C'était surtout contre les prédicants qu'était rédigée la Déclaration de 1724. L'Intendant avait fait publier leurs noms et donné leurs signalements; mille livres étaient offertes à qui les ferait prendre.

La tète de Corteiz t le plus dangereux de tous » valait deux mille livres; celle de Court depuis quelque temps avait renchéri*. Autrefois on n'en offrait que mille francs ; la somme avait paru minime, on l'avait portée à mille écus (2).

Malgré toutes ces rigueurs et toutes ces poursuites, le calme fut maintenu parmi les réligionnaires, et quelques mois après la Déclaration de 1724, Corteiz écrivait : « Tous les lieux où je viens de passer sont tranquilles; le zèle est considérable, les assemblées sont nombreuses (3). »

(1) N-T, t. II (octobre 1724).

(2) Ed. Hugues, déjà cité, t. I, p. 245.

(3) N" 1, t. III, p. 286 (mars 1725).

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Tous ces malheurs eurent un douloureux retentissement à rétranger. Quelques j3asteurs de Berlin conseillèrent de suspendre les assemblées pour ne pas irriter le pouvoir. De Suisse, arrivèrent des marques de sympathies : on priait pour les persécutés, on pleurait avec eux.

Mais le plus ému, le plus affligé de ces tristes nouvelles, fut Benjamin du Plan. Il prit aussitôt la plume et adressa de pressantes requêtes aux principales cours protestantes de l'Europe, au roi d'Angleterre, au roi de Prusse, à l'archevêque de Cantorbéry.

Voici sa lettre au roi d'Angleterre :

« Sire, Votre Majesté est sans doute informée de la Déclaration publiée depuis peu en France qui renouvelle et qui aggrave celle que Louis XIV a fait exécuter autrefois contre les protestants de son royaume.

« Quoique pour certaines raisons on ne l'exécute pas encore toute, ni à la rigueur, nous n'avons pourtant pas lieu de nous flatter d'être longtemps à couvert des orages furieux qui nous menacent. C'est pourquoi, Sire, nous* avons recours à Votre Majesté pour la supplier très-humblement d'employer ses bons offices en faveur d'un grand nombre de fidèles dont tout le crime consiste, dans cette occasion, à vouloir servir Dieu selon sa parole. Si l'accès au trône de notre Roi ne nous était pas devenu inaccessible par les mauvais portraits que nos ennemis lui ont fait et de notre religion et de notre fidélité ; si la France et l'Angleterre n'étaient pas alliées ; si le glorieux titre de défenseur de la foi était imcompatible et empêchait que les personnes augustes qui les portent ne fussent amies, nous ne prendrions pas la liberté de supplier Votre Majesté d'intercéder pour nous, nous craindrions de nous attirer son refus et d'offenser le roi, notre maître.

« Mais puisque, grâce au ciel, tout semble concourir à nous

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rendre Votre Majesté favorable et son intercession salutaire, nous nous flattons, Sire, que vous serez touché de notre triste état et que vous emploierez tous les moyens que votre charité et votre sagesse vous inspireront en faveur d'une infinité de chrétiens réformés qu'on est prêt d'immoler comme des victimes au zèle aveugle et cruel du papisme.

« A'ous espérons, Sire, que le Seigneur Lénira vos justes desseins et qu'il rendra efficaces vos charitables sollicitations, pendant que de notre côté, pénétrés d'une \i\e reconnaissance pour vos bontés, nous ne cesserons point de faire des prières en faveur de Votre Majesté et de toute la famille royale.

« Tous les protestants de l'Europe ont bien sujet de bénir Dieu de ce qu'il a suscité à son Église un sage et puissant protecteur en la personne de George qu'on met déjà au rang des David, des Salomon, des Constantin, des Guillaume et de tous ces autres grands princes qui se sont rendus illustres par leur sagesse, par leur piété et par leur valeur. Dieu veuille, Sire, que tous vos ennemis ne remportent de leurs injustes projets que de la confusion et de la honte. Dieu veuille que le trône de la Grande-Bretagne soit affermi dans votre auguste famille par la justice et par la miséricorde jusques à la fin des siècles.

« Ce sont les vœux, Sire, de tous les protestants du monde dont je suis l'écho ; ce sont ceux en particulier des Églises da Languedoc que j'ai le bonheur de servir et au nom desquelles je prends la liberté de présenter, par les mains de l'illustre archevêque de Cantorbéry, cette très-humble supplication. Ce sont surtout les vœux ardents de celui qui est avec un très- profond respect, Sire, de Votre Majesté (1), etc. »

Voici la requête que du Plan adressa au roi de Prusse :

«Sire, Votre Majesté a été sans doute informée qu'on a publié depuis peu en France une Déclaration qui renouvelle et qui

aggrave celles que Louis XIV a fait exécuter autrefois contre

i les protestants de son royaume.

j « Le poste suprême que Votre Majesté occupe, les vertus héroïques qui éclatent en sa personne; la profession qu'elle

I fait du pur christianisme; les fortes marques de protection

] qu'elle a données et qu'elle donne actuellement aux réformés;

! à quoi l'on peut ajouter l'exemple de ses ancêtres, de glorieuse mémoire, tout cela nous donne de vives espérances, Sire, que

! vous écouterez favorablement les plaintes et les gémissements d'une infinité de bonnes âmes qu'on n'a pas seulement privées

! depuis longtemps du culte public, de la vraie religion ; mais qu'on se met en devoir de forcer, par les voies les plus illicites

j et les plus dures, à pratiquer un culte idolâtre et superstitieux.

! « Notre roi ne peut pas se plaindre de notre fidélité pour son service. Nous n'avons garde aussi de nous plaindre de sa Majesté. Nous savons qu'on a surpris sa jeunesse, sa piété et sa justice; nous ne nous plaignons pas non plus des grands seigneurs, ni des magistrats, ni des officiers de guerre; au contraire, nous nous louons de leur probité et de leur douceur :

, c'est uniquement contre le papisme, c'est contre quelques personne vendues à la cour de Rome que nous implorons, Sire, votre royale et puissante protection.

« Vous connaissez, grand Roi, ce que vous devez à Dieu et ce que vous pouvez faire en faveur des Églises qui sont sous la croix. Ainsi nous nous contentons de vous exposer nos misères. Toutes les puissances protestantes se feront un devoir et un plaisir de concourir à cette bonne œuvre avec Votre Majesté. . t A Dieu ne plaise qu'il soit dit que tant de puissants et d'illustres princes chrétiens fassent paraître moins de zèle pour soutenir la vérité, que quelque petit nombre de prélats ambitieux et quelques prêtres et moines, avares ou passionnés, font paraître d'ardeur pour faire triompher la superstition.

« Nous sommes persuadés. Sire, que Votre Majesté, pénétrée d'amour pour Dieu et de charité pour l'Église, et aspirant à une gloire immortelle sur la terre et à un bonheur infini dans

le ciel, nous sommes persuadés, dis-je, qu'elle jettera les yeux sur notre triste état, et qu'elle emploiera les moyens les plus efficaces et en même temps les plus justes et les plus doux pour arrêter les funestes effets de la persécution. Cependant Sire, nous ne cesserons point de faire les vœux les plus ardents en faveur de Votre Majesté et de la famille royale. Dieu veuille, grand prince, bénir tous vos justes desseins et répandre la terreur de vos armes sur tous vos ennemis. Dieu veuille vous conserver longtemps pour être les délices de votre peuple et le protecteur de l'Église. Dieu veuille enfin, après que vous serez rassasié de jours et de gloire sur la terre, vous couronner d'une immortalité bienheureuse dans le ciel (1). »

En même temps qu'à l'archevêque de Canlorbéry, Benjamin du Plan avait écrit à Saurin, alors pasteur à Londres pour le prier de voir le digne prélat et au besoin de lui raffraichir la mémoire. Saurin lui répondit :

« Monsieur,

« Il est bien temps que je réponde à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire et que je vous rende compte de la commission que vous m'avez donnée. Rien n'est plus digne de vous que la sensibilité que vous faites paraître pour les maux de l'Église, et on ne saurait que donner à votre zèle tous les éloges qui lui sont dûs. Je vous demande seulement la même justice pour nos réfugiés de Hollande et d'Angleterre et je vous prie d'être convaincu qu'ils n'ont guère moins à cœur tous les intérêts de leurs frères persécutés. Comme ils sont sur les lieux, ils ont ménagé toutes les occasions qui se sont présentées de solliciter en leur faveur les puissances sous la domination de qui ils vivent et ils ne cesseront de le faire. avec la même activité et le même zèle dès qu'ils verront

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