PRÉFÉRENCES PERSONNELLES DE DU PLAN POUR GENÈVE
les Réformés, de leur donner des instructions et des conseils, entr'autres choses de leur faire entendre qu'ils pouvaient se clioisir des pasteurs pour prêcher et administrer les sacrements : ce qui était contraire aux ordres du roi. Pictet fut cité devant le syndic et justifia sa conduite.
On devint donc prudent; mais la prudence n'étouffa pas dans les cœurs les sentiments généreux. C'est de Genève que partaient les ballots de Bibles et de livres de piété destinés à remplacer ceux que lacéraient et brûlaient les persécuteurs; c'est de Genève surtout que provenait l'argent qui se distribuait mystérieusement aux prisonniers et aux galériens pour adoucir leurs tortures.
Benjamin du Plan avait aussi des motifs personnels pour préférer Genève à tout autre lieu d'exil; Antoine Court lui avait souvent parlé des membres éminents qui composaient le corps pastoral de cette Église, les Pictet, les Vial, les Maurice Turrclin, et il devait être heureux de faire lui-même leur connaissance. 11 ne leur était pas non plus étranger. Antoine Court, pendant son séjour à Genève en 1720, les avait souvent entretenus du gentilhomme d'Alais, son ami et son infatigable compagnon d'œuvre. C'est ce gentilhomme qui venait à son tour s'asseoir à leur foyer hospitalier et y chercher un peu de calme et de repos après quatorze ans d'incessantes luttes. Aussi, l'accueil fut-il chaleureux et empressé. Benjamin du Plan se retrouva avec bonheur au sein d'une société polie, instruite, distinguée, en rapport avec son rang, sa famille et son éducation. 11 y avait longtemps qu'il s'en était sevré, préférant aux jouissances sociales une vie agitée, tour-