DANGERS QUE COLRAIE.NT LES COLPORTEURS
Claude, VExposition des quarante articles de la confession de foi, etc.
Le plus difficile était de faire pénétrer ces ouvrages en France; les livres étaient suspects et la frontière rigoureusement surveillée. Le zèle et la prudence de du Pian surmontèrent ces difficultés. Par ses soins, de hardis colporteurs entreprirent d'introduire ces ouvrages à travers mille périls. Avec leurs ballots, un beau jour, ils passaient la frontière, arrivaient, déposaient leurs précieux fardeaux en lieu sûr et repartaient. Uoe fois reçus, la distribution s'en faisait après le prêche. Tous se précipitaient, se ruaient pour en avoir. Les uns étaient vendus à ceux qui 8v \ient les moyens de les payer, les autres étaient distribués aux indigents ou mis à part à l'usage des prédicateurs.
La lettre suivante de du Plan nous fait connaître l'intérêt que lui inspirait cette œuvre et surtout ces hardis colporteurs qui exposaient leur liberté nour l'Eglise : ^
« Vous m'avez marqué, mon cher ami, dans qaelgues-anes de vos lettres, de vous envoyer des livres et vous me disiez que des personnes zélées d'ici en devraient faire la dépense. Je réponds premièrement que les originaires du pays entretiennent fort honnêtement leurs ministres et leurs pauvres qui augmentent tous les jours, soit à cause du dérangement du couimerce soit à cause de la vanité ou de l'avarice qui régne chez les plus riches. J'ai fait ce que j'ai pu pour faire partir quelques ballots de livres, ayant trouvé une occasion favorable après avoir cherché depuis plus de huit mois inutilement à cause des difficultés presque insurmontables. Je n'ai pu recueillir de la charité que quelques vieux livres et environ vingt écus. Je me suis épuisé pour ne point laisser passer l'occasion de four-
DU PLAN s'intéresse A LEUR SORT 119
nir à ma patrie des secours pour l'inslruction et pour le salut des pasteurs et du peuple. J'ai répondu pour cent écus de marchandises chez le libraire. Dieu \euille, par sa grâce, faire arriver le convoi à bon port et verser sa bénédiction sur tous les prédicateurs du bas Languedoc, des Cévennes et du Vivarais. M. Corteiz et vous, vous choisirez ce qu'il vous conviendra et vous distribuerez le reste aux autres selon votre sage équité; j'espère que tous seront contents et que vous vous communiquerez avec plaisir les uns aux autres ce qui vous sera donné en particulier. J'espère aussi qu'au casque l'homme qui expose son bien, sa liberté et môme sa vie pour procurer des secours pour le salut de sa patrie, vienne à être arrêté, j'espère, dis-je, que les Églises ne l'abandonneront pas. Je vous conjure tous par la charité de Christ de vous intéresser pour lui. C'est un pauvre homme qui a eu beaucoup de malheurs et qui n'aurait pas pu ni osé faire l'entreprise si je ne lui avais donné du courage et fourni des moyens. Si j'ai fait quelque chose de bon pour ma patrie, j'en rends toute la gloire à Dieu et je me recommande aux prières des fidèles afin que je sois utile à l'Église; mon Sauveur l'a aimée jusqu'à donner son sang pour elle, je veux, moyennant le secours du Seigneur, faire ou être disposé à faire le même sacrifice. Si je t'oublie, ô Jérusalem, que ma dextre s'oublie plutôt (1;!
Le plus pelit détail fournit a du Plan l'occasion d'épancher sa belle âme ; les plus nobles sentiments se pressent alors et coulent à flots de sa plume chrétienne :
Jenesuisplusà moi-même, continue-t-il, je suis à Dieu qui m'a racheté par son sang et qui m'animera par son esprit afin que je sois dévoué sans réserve au service de sa chère et bienaimée Épouse. Courage, mon très-cher frère, ne perdons pas courage quoi que nous voyions et quoi que nous entendions ; que les tempêtes et les orages les plus affreux ne soient pas capa-
(1) N" 12, p. 75 (10 septembre 1725).
l'iO NOBLES ÉPAiNCHEMENTS
bles de nous intimider; nous avons un pilote qui commande aux vents et aux flots, ne le laissons pas endormir par notre négligence ou par notre tiédeur. Crions-lui sans cesse, comme la devise de notre sceau que je vous envoie par le frère Deleuze, exprime : Sauvez-nous, Seigneur, nous périssons.' ^e doutons pas que si nous prions notre bon et puissant Sauveur avectoute l'humilité, l'ardeur et la confiance convenables, nous ne voyions bientôt les orages cesser de toutes parts pour faire place à un temps doux et tranquille qui fera germer la terre et porter des fruits aux arbres les plus stériles. Cultivez, labourez, semez, sartlez continuellement les terres que la Providence vous a mises en mains; que la bénédiction de Dieu soit sur vous et sur votre travail, mon cher ami; qu'elle se répande sur vos compa^'Hons de service et sur tous cer^ qui invoquent le nom du Seigneur. IN'e vous effrayez point ni les uns ni les autres cjuelque nombreux que soient vos ennemis; vous combattez pour l'Éternel des armées, si vous êtes fidèles à Dieu, vous remporterez infailliblement la victoire; encore un peu de temps et nos ennemis seront confomlus, la vérité paraîtra avec un tel éclat que les ténèbres de la superstition seront dissipées de toutes parts, les idoles des nations seront abattues et on n'adorera plus qu'un seul et même Dieu depuis le soleil levant jusqu'au couchant; on criera partout: Hosanna ! béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! Alléluia, alléluia! louez le Seigneur ! C'est à lui seul qu'appartiennent la gloire, l'empire, la force et la magnificence ! »
€ Tout ce que je viens de dire est vrai; ce ne sont pas des chimères ou des effets d'une imagination échauffée, j'ai pour garant l'Écriture sainte, j'ai pour garant les merveilles que Dieu a faites et qu'il fait par sa grâce dans ma chère patrie. J'ai pour garant la charité de Dieu qui est répandue dans mon cœur; cette charité ne trompe jamais lorsqu'on la prie et qu'on la consulte avec humilité et avec foi; c'est un oracle infaillible qui nous donne des pressentiments et des avantgoùts du triomphe de l'Église sur la terre et dans le ciel. La