MOBILES DE SA CHARITÉ
Celte charilé s'étend au dehors envers tous ceux qui souffrent pour la profession de l'Évangile.
€ Il faudra donner au Dauphiné tout le secours qui dépend de nous; plus nous répandrons notre charité et nos bons offices, plus Dieu sera glorifié et nous en lui ; moins nous aurons de secours étrangers pour faire triompher la vérité dans notre patrie et plus en recevrons-nous de gloire de la part de nos compatriotes et des étrangers. Toutefois nous ne devons pas agir pour ce motif; il y aurait de la vanité et nous risquerions de payer chèrement un peu de fumée ; attachons-nous purement et simplement à Dieu sans regarder du côté de la terre. Un Alexandre, un César étaient en quelque manière excusables de chercher la gloire des hommes parce qu'ils ne connaissaient pas comme nous celle qui vient de Dieu; mais nous, nous serions très-aveugles et très-criminels de quitter le Créateur pour la créature, de préférer le temps à l'éternité, de courir après l'ombre en abandonnant la réalité. Occupons-nous, occupons-nous de Dieu, du ciel, de l'éternité bienheureuse et nous ne serons pas confus dans nos espérances ; nous jouirons dès ici-bas de la paix de Dieu qui surpasse tout entendement et dans le paradis nous contemplerons la face de Dieu qui est un rassasiement de joie pour jamais. Que Dieu nous en fasse la grâce (i). »
Avec quelle joie n'apprenait-il pas le réveil de l'Église malgré le feu de la persécution. Avec quel attendrissement ne lisait-il pas, par exemple, les détails suivants que lui donnait Antoine Court à l'occasion de sa merveilleuse délivrance :
« Je viens d'éprouver d'une façon bien sensible, quel est l'attachement et la tendre affection que nos peuples ont pour leur pasteur. La triste aventure que je courus dans Alais, la crainte de m'avoir perdu pour toujours, le plaisir de m'avoir
(1) N» 12, p. 51 (avril 1725).
124 COURT l'entuetient des progrès de son oeuvre
retrouvé ont fait sur eux de si vives impressions qu'ils n'avaient point de termes à me témoigner leur attachement, leur chagrin et leur joie.
« Je ne saurais vous marquer dans quelle admiration je suis. Il me souvient il n'y a que quatre jours que nos plus nombreuses assemblées n'excédaient pas le nombre de deux ou trois cents et quand nous en voyions une qui allait à ce nombre, peu s'en fallait que nous nous écriassions au miracle. Aujourd'hui, elle est bien médiocre quand elle ne le surpasse pas. Il est certain que dans le cours de ma visite, j'en ai fait plusieurs qui approchaient de mille personnes, et une entr'autres, qu'il y en avait plus de deux fois autant ; le nombre de communiants fut si considérable que, pendant l'administration de la Sainte-Cène, on lut neuf ou dix chapitres de l'Écriture sainte et on chanta les commandements, tout le cantique XI et deux ou trois pauses de psaumes. Pesez une circonstance remarquable. Cette assemblée fut convoquée à la pointe du jour, elle demeura dans l'exercice jusques à midi et se retira aussi tranquillement que si elle avait été convoquée dans Saint-Pierre (1). 0 Providence divine et adorable, que tu es profonde et admirable dans tous tes faits I Mon Dieu, rends-nous sensibles à des marques si éclatantes et si distinguées de ton amour! Cette conduite, quoique heureuse, pouvait bien, mon cher ami, ne paraître pas à tout le monde aussi sage et aussi prudente qu'elle peut bien l'être; en ce cas, je laisse à voire sagesse à en faire l'apologie : le peu de prédicateurs, le grand nombre de fidèles, la famine qui les presse, le besoin pressant qu'ils ont des consolations, leur zèle joint aux précautions qui sont les campagnes inséparables de nos démarches, vous fourniront abondamment les moyens de nous défendre (2). »
Dans cette même lettre, Antoine Court entretenait du Plan d'une question fort importante et du plus
(1) Église de Genève où se célèbre le culte protestant.
(2) N" 7, t. II, p. 171 (9 juillet 1725).