‹ Benjamin du Plan, gentilhomme d'Alais, député général des synodes des églises réformées de France, 1688-1763Chapitre 9 sur 243 · LA TOUR DE CONSTANCE · texte numérisé non relu

LA TOUR DE CONSTANCE

partiale et ennemie. Ils furent soumis à une surveillance permanente non-seulement du clergé, des officiers royaux, mais même de leurs propres voisins; une dénonciation suffisait pour les perdre. Ils devaient observer les abstinences et les pratiques extérieures de rÉglise, assister le dimanche aux offices, se confesser et communier une fois l'an. S'ils l'oubliaient, on les menaçait, on les accusait de désobéir au roi. Dans l'impuissance de résister, les prolestants se soumettaient en général à toutes ces exigences, tout en restant huguenots au fond du cœur.

Quanta ceux qui demeuraient intraitables, leur sort était à plaindre. Ils étaient d'abord frappés d'amendes considérables, et s'ils persévéraient dans leur refus, ils étaient punis suivant la rigueur des lois. Les hommes éfaient condamnés à la confiscation des biens, puis envoyés aux galères perpétuelles; les femmes enfermées dans des couvents ou des prisons. On internait les filles dans le vieux château de Carcassonne, les femmes dans la tour de Constance. Celle-ci est située au milieu des marais salés qui entourent Aigues- Morles. C'est une tour ronde et massive, haute de quatre-vingt-dix pieds, large de soixante et divisée en deux étages formant deux vastes chambres voûtées, d'une hauteur considérable. On enfermait les protestantes dans la plus haute. Elles vivaient entassées dans ce donjon, éclairées par un large trou de six pieds percé dans la plate-forme et exposées au soleil, à la pluie et aux exhalaisons malsaines des marais environnants. Toute pensée d'évasion était impossible. Des sentinelles veillaient sur la plate-forme. Un escalier étroit et tortueux, fermé par une porte doublée de

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