‹ Benjamin Escande, missionaire au Sénégal et à MadagascarChapitre 10 sur 45 · ÉCOLE DU DIMANCHE POPULAIRE · texte numérisé non relu

ÉCOLE DU DIMANCHE POPULAIRE

cent-vingt enfants, garçons et filles, plus tapageurs les uns que les autres. La plupart sont déguenillés, ils sont sales, échevelés, quelques-uns sans chaussures. Quand on ouvre la porte, c'est un flot impétueux se précipitant dans la salle, renversant les bancs, sifflant, chantant, et faisant un bruit assourdissant. Les cinq moniteurs et les cinq monitrices sont incapables de faire faire silence. Pour faire la prière, il faut rester au moins cinq minutes, les mains jointes, pour arriver à calmer l'agitation. Et pour chanter, quelle cacophonie! Il n'y a pour eux ni règle ni mesure; ils chantent à gueuleque-veux-ta^ malgré les protestations du directeur dont ils font le désespoir. A la fin de la réunion on est tout étourdi.

Et pourtant cette œuvre est très intéressante, elle m'attire très fortement, et dorénavant j'irai là comme moniteur, aussi bien, le matin, qu'à l'école de Madame de Pressensé, rue des Fourneaux. Si les enfants sont turbulents, ils s'attachent facilement à vous. Dès qu'ils vous voient arriver, filles et garçons accourent et vous tendent leurs mains sales et vous escortent jusqu'à la salle.

Plusieurs demoiselles riches collaborent à cette œuvre. Quel contraste entre ce quartier d'Ivry et les riches quartiers de Paris!

25 juin i885.

J'interromps ma chimie pour te tracer ces quelques lignes. On dit que cela repose de changer d'occupation. Si tu pouvais me voir dans ce moment, tu me trouverais

dans une petite salle fraîche, aérée. Sur le pupitre, se trouvent ma chimie, ma physique, ma zoologie et un tas d'autres bouquins qui n'ont aucune importance pour toi. Et dire qu'il nous faut avaler tout cela! Ce n'est pas commode, je t'assure, de préparer ses sciences en neuf mois, tandis que dans les lycées on y met trois ou quatre ans. Pourtant, avec quelques efforts et de la bonne volonté on y arrive. Quant à la bonne volonté, il ne m'en manque pas; quant aux efforts, tu en jugeras quand je t'aurai dit que le matin je suis debout à quatre heures, jusqu'au soir à onze heures. Jusqu'au moment de l'examen, l'esprit est tendu, on se sent à peine vivre ; mais l'espérance soutient. Je me présente au baccalauréat le 8 juillet prochain; je te le dis afin que vous pensiez à moi pendant cette période d'examens, et que vous me souteniez par vos prières.

Maison des Missions, rue des Fossés-Saint-Jacques, 29 janvier 1886.

Nous avons beaucoup d'ouvrage. Aux nombreux cours ordinaires, sont venus s'en adjoindre d'autres. C'est ainsi que le mercredi, nous allons chez un membre du Comité qui nous enseigne les sciences naturelles. Ces leçons sont de la plus haute utilité pour nous. Il faut, lorsque nous serons dans un pays, que nous connaissions la nature du sol, et les diverses ressources qu'il peut offrir, que nous soyons à même d'étudier sa flore et sa faune, que nous puissions en un mot envoyer des relations détaillées et précises sur toutes les contrées que nous serons appelés à visiter. C'est pour cela que

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