‹ Benjamin Escande, missionaire au Sénégal et à MadagascarChapitre 11 sur 45 · OCCUPATIONS DIVERSES · texte numérisé non relu

OCCUPATIONS DIVERSES

M. de Seynes nous enseigne la géologie, la botanique, la zoologie, etc. Nous suivons ce cours avec enthousiasme, tant notre professeur a le don d'exposer clairement et simplement les choses ! Outre ce cours, nous en suivons plusieurs à la Faculté de médecine. Ceux-ci sont d'une tout autre nature, et s'ils ne sont pas moins instructifs, ils sont un tout petit peu moins agréables ; mais, certes, le profit qu'on en retire vaut bien qu'on

surmonte sa répugnance naturelle Tu jugeras donc

que je ne gaspille pas mon temps à Paris, et que je sais assez bien profiter des occasions innombrables de s'instruire que l'on rencontre dans la capitale.

J'aurais encore beaucoup à te dire si je voulais te raconter l'emploi détaillé de ma semaine. Ne voilà-t-il pas que de toute celle-ci, je n'aurai eu de libre que la soirée de jeudi. Lundi, nous avions une petite soirée littéraire au salon de la Maison des Missions. Mardi, nous sommes allés prendre le thé chez M. Hollard, et ne sommes revenus qu'à onze heures et demie. Mercredi, réunion du chœur de la chapelle Madame. Ce soir, vendredi, nous dînons et passons la soirée chez M. Krûger. Depiain soir, la réunion de prières habituelle, à la Maison des Missions. Dimanche, enfin, réunion Mac- All. Au milieu de toutes ces occupations, le temps passe sans qu'on s'en doute.

Tu sais qu'ici, on prépare de futurs grands prédicateurs (!). Chaque semaine, nous devons présenter à M. Bœgner une analyse ou un plan de sermon. Il ne s'agit pas de les faire à peu près, tant bien que mal, car celui qui en prendrait ainsi à son aise serait sûr d'être broyé sous les critiques de ses camarades. Je le dis bien

vite, aucun de nous ne song-e à se plaindre de cette sévérité : tous nous préparons notre travail avec le plus grand soin, et ces leçons de théologie pratique sont celles que nous aimons entre toutes. Chaque mois l'un ou l'autre d'entre nous doit faire un sermon. C'est Louis Jalla qui commence. M. Boeg-ner réunira la Commission des études et quelques pasteurs de Paris, et Jalla débitera son sermon. Mon tour n'arrivera que fin mars.

7 avril.

Mon sermon est achevé. Hier, j'ai dû le réciter en même temps que Teisserès. C'était dans l'église Saint- Marcel. Nous sommes montés tour à tour dans la chaire, et là, nous avons prêché ce qu'on appelle dans les Facultés notre première proposition.

Je n'ai pas entendu celle de mon camarade, j'étais trop préoccupé de la mienne. Mes juges ont été très bienveillants, ils m'ont adressé des éloges, des critiques aussi ; bref j'ai obtenu la note 8. C'est très encourageant pour moi.

17 avril.

Voici une nouvelle qui te fera plaisir : l'achat d'une Maison des Missions est décidé, ou plutôt celui d'un terrain sur lequel on construira. L'avantage de construire est évident : la maison sera disposée exactement comme il le faut ; il y aura une place marquée et appropriée pour chaque chose. La France aura une Maison des Missions digne d'elle.

ACHAT d'une maison DES MISSIONS.

Tu ne connais pas toutes les péripéties de l'événement. Tour à tour décidée, puis abandonnée, cette question agite depuis de longues années l'esprit des amis de l'œuvre. Enfin M. Gustave Monod s'est décidé de prendre cette affaire en mains. Il a cherché à réunir les fonds sans nuire pour cela à l'œuvre o-énérale. C'est alors que de plusieurs côtés se sont élevées des objections. — & Cette maison n'est pas nécessaire, » disaiton. — « Dans un moment de crise commerciale, il n'aurait pas fallu soulever cette question. « — « La Société est en déficit, pourquoi lui ajouter de nouvelles charges ? » — Remarque bien que ces objections venaient de ceux qui ne connaissaient pas Tœuvre, et ne la soutenaient pas ou très peu. Les vrais amis, ceux qui se dépensaient pour elle, étaient unanimes, sauf ^L Bersier, je crois, à réclamer une maison.

^L Monod ne s'est laissé abattre par rien: il a continué ses collectes, et a ramassé plus de i4o,ooo francs. Lundi dernier, le Comité, à qui l'on avait proposé un terrain, a solennellement décidé de ne pas manquer l'occasion. L'emplacement de la nouvelle maison, si l'offre aboutit, sera au n'' 102 du boulevard Arag'o.

La construction de cette maison sera certainement le point de départ d'un nouveau développement de l'œuvre.

28 juin.

Ma vie est si remplie que vraiment je cours le risque, en raugmentant de nouvelles préoccupations, de faire déborder le vase. Toute la semaine dernière a été prise

par un sermon. Dès lundi je m'y suis attelé; mercredi soir il ne me restait plus à faire que ma péroraison ; jeudi et vendredi je l'ai repris, je l'ai rédig'é au propre ; samedi enfin je lui ai donné le dernier coup de fer. C'est vendredi soir que je le débiterai. Si tu veux savoir le texte que j'ai choisi, ouvre ta Bible au chapitre VII de Saint-Matthieu, et lis les versets 21, 22, 28.

Outre ce sermon, j'ai la promenade de l'école du dimanche de la rue des Fourneaux qui va me prendre tout mon jeudi. Vendredi j'ai une récitation à faire; samedi soir je dois introduire la réunion de prières ; dimanche soir enfin j'ai une réunion Mac-All. J'oubliais encore que c'est à moi qu'incombe le travail littéraire de mercredi prochain. Il me faut préparer pour M. Couve un travail sur Labruyère qui n'aura pas moins de dix pages. Et pendant ce temps nos leçons continueront. Tu comprendras donc que je ne puisse pas donner à ma correspondance tout le temps que je voudrais.

2 mars 1887.

J'ai prêché mardi dernier ma septième proposition devant un auditoire assez nombreux. Mon texte était l'histoire de Zachée. Le sujet m'avait saisi, je l'avais intitulé : « Une âme à la recherche de Jésus, » et j'ai essayé d'y montrer que lorsqu'une âme désire voir Jésus, Jésus se laisse trouver.

A partir de lundi, je travaillerai d'arrache-pied à mes examens semestriels qui ont lieu vers le 20 de ce mois. Heureusement que le travail ne m'effraie pas ; je m'intéresse à ces études, je ne les trouve nullement arides ;

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