‹ Benjamin Escande, missionaire au Sénégal et à MadagascarChapitre 21 sur 45 · LES LANGUES DU SKNKGAL · texte numérisé non relu

LES LANGUES DU SKNKGAL

l'on peut, et puis les premières fraîcheurs de novembre vous remettent sur pied, d'après ce que je présume et ce que j'ai entendu dire. Tous les Européens n'ont pas le privilège de revenir tous les deux ou trois ans en France, et pourtant ils ne souffrent pas trop. Le curé actuel de Saint-Louis est depuis vingt et un ans sur cette côte et n'a revu que deux fois la France, et il n'est pas le seul de son espèce. Il est vrai de dire que ses facultés ont plus ou moins souffert de ce long séjour sous ces latitudes.

Un obstacle peut-être plus grand, c'est l'étude des langues. M. Tajlor m'avait promis de me donner des leçons de wolof, et quand j'aurais été suffisamment avancé dans cette langue, Madame Taylor nous aurait donné à tous deux des leçons de bambara. Hélas ! ce beau projet est resté à l'état de projet. Donc j'étudie seul. J'ai commencé par le wolof, la langue la plus répandue à Saint-Louis. Je suis placé dans des conditions très défavorables pour cela. Enfermé dans mon cabinet, je n'en sors guère pour converser avec les indigènes, non pas que le désir me manque, mais parce qu'il n'est guère réalisable. Les noirs accessibles habitent Sor ou les villages voisins, c'est là qu'il faudrait aller pour leur parler. Mais le temps fait défaut. Quoique je consacre le moins de temps possible à ma prédication du dimanche (tout en la soignant), je vois les heures et les jours s'envoler avec une rapidité extraordinaire. Les soins du ménage, les visites aux uns et aux autres, celles que je reçois, ma correspondance, mes rares lectures, ma photographie, tout cela dévore mon temps. C'est pourquoi je ne conseillerai jamais à

un nouvel arrivant de s'attarder à Saint-Louis. Il faut vivre, et vivre le plus tôt possible au milieu des indigènes qu'on veut évangéliser.

Néanmoins je commence à saisir quelques lambeaux de phrases dans les sermons de M. Taylor. J'apprends des mots, des phrases, et j'espère me perfectionner rapidement dans cette langue.

Quant au bambara qui me sera d'une bien plus grande utilité pour mon œuvre future, je compte l'entreprendre dans deux ou trois mois, au moyen d\me grammaire-dictionnaire faite par un père catholique, en 1886.

Enfin, je me suis rendu compte que dans ce pays musulman, il serait sinon nécessaire, du moins précieux, de savoir l'arabe. Evidemment ce serait l'arabe vulgaire, mais je ne sais comment m'y prendre. Mes ambitions sont peut-être trop grandes, je ne sais. Ce que je sais, c'est que pour travailler utilement, il faut être solidement outillé.

Du reste, pendant l'hivernage, j'ai l'intention de ne donner qu'une prédication par mois, ce qui me laissera du temps pour l'étude des langues.

0 mai.

Le dimanche de Pâques, 2 i avril, je me suis rendu compte que je suis bien au Sénégal, et non pas en France. Pour se faire une idée de la chaleur que nous avons eue, il faut l'avoir endurée. De sept à neuf heures du matin, un soleil de feu brûle le sol, pas le moindre souffle d'air. Vers neuf heures le vent d'est se lève, le

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