‹ Benjamin Escande, missionaire au Sénégal et à MadagascarChapitre 23 sur 45 · LA STATION DE KERBALA · texte numérisé non relu

LA STATION DE KERBALA

monotone et silencieuse, tandis que les ombres de la nuit tombent et nous enveloppent rapidement. A sept heures et demie nous avons franchi les sept kilomètres qui séparent Dagana de Kerbala, et nous mettons pied à terre.

La station nous a littéralement enchantés. La maison serait parfaite si, au lieu d'avoir sa cloison extérieure en planches, elle l'avait en briques (réparation que l'on peut aisément faire). Imaginez-vous un rectangle de vingt mètres de long sur sept de large. Quatre vastes pièces l'occupent, percées de dix grandes portesfenêtres qui permettent le passage de l'air. Sous le toit qui s'abaisse à hauteur d'homme, se trouve une véranda qui court tout autour de la maison et que termine une balustrade. Chaque chambre est faite avec beaucoup de soin, je dirai même avec une certaine élégance. Elles sont toutes très gentiment meublées.

Puis, dans l'enclos, on trouve encore une écurie, une cuisine, un grand hangar qui peut servir d'atelier. Ce qui y manque, c'est l'ombre, mais avec des soins on pourra arriver à avoir des arbres autour de l'habitation.

Nous y avons passé cinq jours bénis. Nous avions laissé de côté toutes les petites misères de la vie de chaque jour, oublié tous nos sujets de tristesse et d'appréhension, et je puis dire que rien n'est venu gâter notre bonheur. M. Taylor était d'une grande gaieté. Quant à moi, vous me connaissez assez pour savoir que je n'étais pas le plus larmoyant de la bande.

Nos journées étaient réglées. Le matin nous avions un culte qui réunissait de douze à quinze indigènes.

C'est peu, direz-vous. Mais actuellement il n'y a presque personne dans les villages, par suite de la sécheresse du précédent hivernage ; dès les premières ondées, c'est-à-dire à la fin de ce mois, ils reviendront dans leurs pénates.

Le soir à quatre heures, nous partions à cheval pour visiter les villag-es voisins qui sont au nombre de sept ou huit, et dont certains comptent jusqu'à quatre- vingt cases, ce qui donne une population d'environ trois cents âmes. Ah! quelles bonnes parties nous avons faites là ! Nous nous en souviendrons longtemps !

Le lendemain de notre arrivée, c'était un dimanche. Nous sommes allés au villag-e de Kerbala qui n'est qu'à deux cents pas de la station, et M. Taylor et moi avons parlé aux indigènes rassemblés. Le jeudi matin, jour de notre départ, nous avons pris tous les trois la parole, — toujours traduits en bambara par l'évangéliste Samba.

Et nous sommes rentrés au logis heureux et contents, convaincus qu'il y a là une œuvre à faire, et une belle œuvre. Seulement pour occuper ce poste il faut être marié ; il serait bon aussi qu'il y eût un instituteur et sa femme, à qui l'on pourrait construire facilement une maison dans les deux hectares que mesure notre concession.

Quand je réaliserai les conditions voulues, je ne serai pas éloigné de m'offrir pour ce poste

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