LE CLIMAT
A un ami.
iG juin.
Ici, comme ailleurs je pense, le temps s'enfuit avec une effrayante rapidité. Il y a bientôt six mois que je suis ici, et il me semble que je suis un nouveau débarqué, tant les semaines ont vite passé. C'est que j'ai beaucoup à faire en dehors de mon travail de pasteur qui est assez considérable. Les soins du ménag'e me prennent beaucoup de temps, le vent m'envoie tant de poussière que je dois être constamment à balayer et à épousseter, aussi je soupire après le moment où un autre moi-même s'occupera de cette partie de ma besogne. Du reste je ne reg-rette pas d'être parti seul. Quand on a vécu toute sa vie en Europe, surtout à Paris, on se rend difficilement compte de ce qu'exig-e le choix d'une compagne pour un pays africain, et l'on peut se laisser aller à un choix qui, loin de doubler vos forces, les frapperait de stérilité
Je m'étais fig-uré le Sénég'al beaucoup plus terrible qu'il ne l'est en réalité. Jusqu'ici, à part une vingtaine de jours de vent d'est, c'est-à-dire de chaleur torride, la température a été celle d'un mois d'août en France. De onze à deux heures, cependant, la chaleur est si lourde qu'on peut difficilement s'en rendre compte si on ne l'a pas éprouvée au moins une fois. Mais, comme à cette heure-là on reste ordinairement enfermé dans son appartement, on ne souffre pas trop.
Il n'y a de vraiment terribles, que les mois d'hiver-
BENJAMIN ESGANDE.
iiai^e, et surtout ceux d'août, septembre et octobre, niais je ne suis pas inquiet de l'avenir. Jusqu'ici, grâce à Dieu, ma santé est aussi bonne que possible; à part (juelques maux de tête (j'en avais autant à Paris), je me suis toujours trouvé dans une situation normale. J'ajoute cependant qu'on ne peut pas fournir ici la même somme de travail qu'on fournit en France. J'en ai pris résolument mon parti
i6 juin.
Tu me demandes compte de mon activité auprès des Européens protestants de la ville. Que te dire, sinon qu'elle est plus difficile encore que celle auprès des noirs. Il y en a, comme A., qui ont été sollicités mainte et mainte fois, qui jamais n'ont refusé catégoriquement, mais ne sont pas venus une seule fois au culte; c'est lamentable. On dirait presque que les catholiques sont plus accessibles; j'en ai toujours un certain nombre dans mon auditoire du dimanche soir, et plusieurs reviennent assez rég^ulièrement.
i8 juin.
La plupart de nos Européens nous ont quittés pour aller voir l'Exposition, mon œuvre pastorale est donc un peu réduite. J'en profite pour m'attaquer aux indig-ènes. En ce moment-ci, aussi, j'ai à mon restaurant des entretiens très sérieux avec trois catholiques et un matérialiste. Celui-ci attaque tout : Dieu, l'âme, l'éternité, la Bible, et j'ai fort à faire pour répondre à ses