CONVERSATIONS RELIGIEUSES
objections. A la Maison des Missions j'ai ramassé un petit bag-age théologique qui ne m'est pas inutile, néanmoins je cherche toujours à ramener la discussion sun le terrain moral, à porter l'attention de mes contradicteurs sur la personne de Jésus-Christ et sur la croix * du Calvaire. J'ai bon espoir que cette semence, jetée ainsi en terre de jour en jour, lèvera et portera des fruits.
A M. Krûger.
19 juin.
Je rentre à l'instant de mon restaurant. J'y dîne tous les jours avec quatre messieurs employés dans l'administration qui ont engagé avec moi une conversation des plus sérieuses. Ou pour mieux dire, c'est avec l'un d'eux, matérialiste dans l'âme,... s'il en a une... que je suis principalement en discussion au sujet de la religion et de tous les problèmes qui s'y rattachent. Combien de tact, de prudence, de charité il faut pour réfuter une à une ses objections et rétablir la vérité dénaturée. Ses trois amis, des catholiques, sont plutôt avec moi qu'avec lui, mais ce n'est pas d'eux qu'il attend des arguments nouveaux. Tout ce soir, de sept à neuf heures, nous avons parlé, et la discussion menace de se prolonger longtemps encore, ce dont je me réjouis grandement. Pourvu que je puisse lui faire quelque bien, à lui et à ses compagnons, laisser dans leur conscience une flèche qui les irritera sans cesse, jusqu'à
ce qu'ils aient trouvé le repos en Jésus, car c'est toujours sur lui que je cherche à ramener la conversation qui prend souvent la tang-ente, c'est à lui que je voudrais les amener. C'est ainsi que tout en n'ayant plus qu'une prédication par mois, je trouve encore l'occasion de rendre témoig"nag*e à mon Sauveur.
22 juin.
Les indigènes sont contents de voir arriver l'hivernage : c'est la période des fêtes qui commence pour eux. Pendant tout le mois de mai ils ont jeûné depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher. Les divertissements étaient suspendus, il leur était même interdit de fumer et de priser : terribles sacrifices ! En disciples dociles de Mahomet, ils se sont soumis à ces mortifications de tout genre, mais ils avaient hâte de prendre leur revanche. Le 3 i mai au soir, vous auriez pu voir de place en place des groupes d'indigènes, le nez en l'air, regardant fixement un point du ciel. Ils attendaient fiévreusement que l'obscurité de la nuit leur permît d'apercevoir la lune dont l'apparition devait mettre fin à leur long carême et ouvrir l'ère des réjouissances. Vous dire le tohu-bohu qu'ils ont fait est impossible. Le lendemain, Saint-Louis présentait une animation inaccoutumée : les musulmans célébraient le Cori. Hommes, femmes, enfants, ils parcouraient la ville dans leurs plus beaux habits, et plusieurs sont vraiment magnifiques. Les gamins, la tête rasée de frais, étaient armés de boîtes d'amorces qu'ils faisaient éclater sous vos pas. Le soir, l'enthousiasme était à son