FETES INDIGÈNES ET CHRETIENNES
comble : ce n'était partout que danses, clameurs, roulements de tam-tam. Depuis lors l'enthousiasme ne s'est g uère calmé, et c'est à ce vacarme-là que chaque soir je m'endors.
Et les fêtes ne sont pas finies. Dans quelques semaines nous aurons encore la Tabaski, fête nationale et religieuse, que l'on pourrait comparer à notre fête de Pâques, et qui est plus imposante encore que le Cori.
Il faut avoir vu ces bals nocturnes (il y en a
aussi dans la journée, mais ils sont moins fréquentés) pour se convaincre que l'islamisme n'est en somme qu'un pag-anisme à hautes prétentions. Le bruit du tam-tam se fait-il entendre sur la place ou le long- du fleuve, aussitôt des essaims d'indig"ènes, des femmes surtout, se précipitent follement hors des cases et entourent le musicien qui porte le nom de griot. Quand le groupe est suffisamment nombreux, on forme un g-rand cercle, et le g-riot donne le signal de la danse, en frappant alternativement d'une bag*uette de bois et de la main gauche une peau tendue sur une calebasse ou sur un tronc d'arbre vide. Alors c'est une ivresse générale Et dire que les petites filles qui sont là, accroupies au premier rang-, et qui battent des mains avec leurs aînées, n'auront point d'autre éducation ! Les g-arçons iront à une école, sinon à l'une des écoles françaises, du moins à celle des musulmans : ils y apprendront le Coran. Plus tard, ils feront leur salam et pratiqueront les divers rites de leur religion. Les filles, à peu d'exceptions près, resteront à la maison, soig-neront les petits frères et les petites sœurs, pileront le mil, et feront les emplettes au marché. Quand elles
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BENJAMIN ESGANDE,
auront grandi, elles porteront les marmots derrière le dos, et feront la cuisine. Puis au moment de se marier, elles ajouteront à leur cou quelques colliers et quelques grisgris préservateurs (amulettes) en prévision des nouveaux devoirs qui les attendent, et c'est tout : rien pour leur cœur, rien pour leur âme. Oh ! quand donc la lumière de l'Evang-ile viendra-t-elle dissiper ces obscurités?
Pendant que la population se livrait à ces
réjouissances, notre petite Eglise était aussi en fête. Le 26 mai, nous avons eu l'immense joie de baptiser un de nos écoliers, qui a passé quelques mois en France et qui avait contracté une terrible maladie dont il a peu d'espoir de guérir. Avant de subir une grave opération, il a tenu à recevoir le baptême dont il était digne.
Puis le jour de Pâques, c'était le tour de nos quatre grandes élèves, à entrer par le baptême dans notre Eglise : Zénabou, Thénen, Jeanne et Sophie. Les deux premières ont reçu les noms chrétiens de Elisabeth et de Gertrude, celle-ci en souvenir d'une jeune amie de M. Taylor.
8 juillet.
Nous avons dignement terminé la première moitié de l'année par une tornade. J'étais allé voir les Morin la veille de leur départ, le 29 juin. Le ciel était noir d'encre; le tonnerre grondait sans cesse. Vers dix heures je me retire, et en sortant, je sens tomber de larges gouttes. Je rentre en courant, monte quatre à quatre mes escaliers, ferme à la hâte portes et fenêtres; c'était