‹ Benjamin Escande, missionaire au Sénégal et à MadagascarChapitre 28 sur 45 · GRANDEUR DE LA CARRIERE MISSIONNAIRE. IO · texte numérisé non relu

GRANDEUR DE LA CARRIERE MISSIONNAIRE. IO

Chaque jour, je réalise mieux la beauté et la grandeur de la tâche missionnaire. Chaque jour, je remercie Dieu de m'avoir choisi, moi, faible instrument, pour travailler à l'avancement de son règ-ne sur terre païenne. Oh ! quand on coudoie dans les rues ces hommes, ces femmes, principalement ceux qui descendent du Haut-Fleuve, sur la figure desquels on cherche en vain quelque reflet d'une âme éclairée par un rayon d'intelligence ; quand on voit ces enfants noirs, oblig-és d'aller à l'école musulmane pour apprendre par cœur, sous la férule du maître, quelques passag-es du Coran dont ils ne comprennent pas le premier mot; quand, à l'heure de la prière, on assiste aux génuflexions de centaines de musulmans qui se croient en règle avec Dieu une fois leur salam terminé, et qui s'imaginent pouvoir comme auparavant tromper, mentir, mener vie licencieuse; quand, surtout, on voit glisser sur le fleuve une pirogue portant cinq ou six pleureuses qui vont confier à la terre le corps d'un parent ou d'un ami, on ne peut s'empêcher de ressentir dans tout ce qu'elle a de poignant, la compassion qu'éprouvait le Christ, lorsqu'autour de lui, il apercevait les multitudes semblables à des brebis sans berger. Et quand on pense que ces ténèbres où ces peuples sont plongés, couvrent des territoires entiers , et , sauf quelques éclaircies, régnent sur tout ce continent africain, on comprend

toute la grandeur de la carrière missionnaire

Cette carrière n'est pas seulement grande, elle est également belle. Quoi de plus beau que de s'asseoir dans la case d'un de ces enfants d'Afrique, à côté de lui, et de chercher à ranimer l'étincelle divine déposée en son

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àme, de parler à ces cœurs sans espérance, de la pitié et de l'amour de Dieu ! Jusqu'ici, il est vrai, j'ai dû, faute de connaître suffisamment la lang-ue, restreindre cette branche de mon activité, mais le jour approche où je pourrai entrer directement en contact avec les indig-ènes, du moins avec ceux qui parlent le wolof. Après cela il me faudra song-er sérieusement au bambara dont j'ai déjà commencé l'étude et dont la connaissance est absolument indispensable pour peu qu'on s'avance dans l'intérieur du pays. Du reste, à Kerbala, à Saint-Louis même, cette lang-ue est utile. M. Taylor se propose d'aller passer une quinzaine de jours au milieu de nos libérés bambaras à Béthesda et je compte moi-même m'y rendre plusieurs fois pour parler à nos §"ens. Gomment ferais-je si M. Taylor ne se trouvait pas là?

Pauvres g'ens ! ils ont bien besoin qu'on s'occupe d'eux d'une façon spéciale. Ceux qui sont là depuis plusieurs années ont quelques notions de la relig-ion chrétienne, un d'entre eux fait même partie de notre Eglise. Il n'en est pas ainsi des nouveaux arrivants. Le terrain est absolument vierg-e. Sur Dieu, sur la destinée humaine , ils n'ont que les vagues notions que leur a lég-uées leur fétichisme. En outre, par suite de leur émig-ration sur terre étrang*ère, ils ont renoncé aux coutumes de leurs cultes idolâtres. Les catholiques nous envient cette proie, et comme des loups ravissants, ils cherchent à la saisir. Mais cette concurrence, passablement déloyale puisqu'ils viennent chasser sur nos terres, n'a fait qu'exciter notre sollicitude à l'endroit de nos protégés bambaras. Je crois pouvoir dire que nous avons gag-né leur confiance et leur affection, et c'est un point capital.

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