PÉRIODE DES ÉTUDES
aussi au jeu et aux exercices physiques pendant les récréations. « C'était un joueur recherché dans les parties de barre ou de foot-ball^ non pas tant pour la course que pour la résistance; il gardait le camp admirablement; il avait l'œil et le jarret. Il a su aussi garder le camp admirablement, au Sénégal et à Madagascar. »
La gymnastique le passionnait, le chant également. Ce n'est pas lui qui aurait manqué les répétitions. « Il se faisait souvent le recruteur des chanteurs trop peu zélés et allait les quérir par toute la maison. Et comme il chantait de toute sa voix ! Il pensait sans doute qu'il aurait plus tard à enseigner la musique à ses noirs. »
La piété et le sérieux moral d'Escande ne devaient pas tarder à être remarqués par ses camarades. « Ce qui m'a beaucoup frappé, écrit l'un d'eux, c'est sa grande piété. Sa première occupation, en entrant le matin à l'étude, était de prendre sa Bible, de la lire, de la méditer, de prier. II avait même un certain geste que je vois encore et qui m'amusait beaucoup. Lorsqu'il était absorbé par sa lecture, il passait machinalement, et je ne sais combien de fois de suite, ses doigts dans ses cheveux. Dans la journée il reprenait souvent cette Bible, et le soir, avant de monter au dortoir. Je le vois aussi s'agenouillant au pied de son lit et priant avec ferveur. »
« Aussi enfant que nous bien souvent, il ne s'associait jamais à nos jeux dès qu'ils devenaient moqueries ou farces peu intelligentes. Alors on entendait un petit claquement de langue et toujours cette même phrase d'Escande : « Messieurs, ce n'est pas sérieux, cela ! » et tout cela avec un ton si enjoué, ayant si peu l'air de
faire la leçon aux autres, que cette leçon était souvent acceptée, toujours supportée. »
Il n'est donc pas étonnant qu'Escande fût généralement aimé de ses condisciples. C'est lui que l'on délég-uait auprès du directeur quand il y avait une requête à lui porter. « Il était difficile à décider, mais quand il avait pris une cause en main, nous la considérions comme à moitié gagnée. »
Voici, d'autre part, comment M. de Vismes le caractérise : « Je puis dire qu'il a été à tous égards un élève modèle. Je ne dirai pas que je n'ai jamais eu la moindre observation à lui faire; ce n'est pas à l'âge qu'il avait alors que l'on peut être exempt de toute erreur de jugement ou de conduite; mais je me rappelle qu'à lui, mes observations, d'ailleurs très rares, étaient toujours faites sur le ton de la conversation qu'on peut avoir avec un frère, un ami plus jeune que l'on interroge sur les motifs de ses actes avant de se permettre de juger ces actes. Il y avait chez lui tant de conscience, tant de bon sens, et une si étonnante maturité! Jamais ses fautes, si légères en elles-mêmes, n'étaient des légèretés. Il les avait commises à bon escient et à bonne intention. Aussi, lorsque, mieux éclairé, il les reconnaissait, le faisait-il avec une rondeur, une franchise, une plénitude d'acquiescement qui ne laissait absolument rien à désirer. Je vois encore son geste très caractéristique et son bon sourire, et j'entends l'accent de sa voix si nette, quand il disait : « C'est vrai, je n'y avais pas pensé à ce point de vue. »
« Ma confiance en lui était si entière, que je prenais parfois son avis et que sa présence quelque part me