PÉRIODE DES ÉTUDES
donnait toute sécurité, comme un mot de lui toute certitude. Je le citais souvent en exemple à ses camarades, pour leur montrer qu'on peut avoir toute l'ardeur, toute la g-aieté de la jeunesse, et cependant être irréprochable comme élève et comme écolier. Il était d'ailleurs si vraiment humble qu'on ne songeait pas à voir un manque de modestie dans une certaine assurance de langage et une certaine aisance de manières qui étaient comme un peu au-dessus de son âg"e. Tous l'aimaient et le respectaient.
« Travailleur et intelligent comme il l'était, il devait réussir dans tous ses examens. Il échoua pourtant lors de sa première présentation à l'examen de philosophie en juillet i885, et je ne me rappelle qu'un seul autre cas où les aléas du baccalauréat, pourtant si fécond en surprises de ce genre, m'aient causé un aussi pénible étonnement. Quant à lui, je me souviens qu'il prit la chose en chrétien (c'est tout dire), n'accusant personne que lui-même. Il se remit tranquillement au travail, et, quatre mois après, il prenait une éclatante revanche. »
Reçu au mois de novembre avec la mention Bien^ Escande entra immédiatement à la Maison des Missions. Le premier denses rêves les plus chers était ainsi réalisé.
Débarrassé des études préliminaires^ indispensables, mais plus ou moins arides, notre ami allait enfin aborder des études plus concrètes et qui devaient lui être plus directement utiles dans son activité missionnaire. Inutile de dire qu'il s'y livra encore avec sa conscience comme avec toute son intelligence. Les lettres qu'on lira plus loin montrent quel intérêt, quel plaisir il y prenait. Il noua, dans cette chère Maison des Missions, des
BENJAMIN ESGANDE.
amitiés précieuses et durables. Il devint bientôt pour le directeur de la Maison un vrai fils. La reconnaissance afFectueuse qu'il éprouvait pour M. et M™® Bœgner et pour tous ses professeurs, donne une idée de ce qu'étaient les rapports des maîtres et des élèves. Il rencontra souvent aussi, dans cet intérieur de famille, M. de Pressensé, pour lequel il s'éprit d'une affection enthousiaste. Il se trouvait là enfin avec les frères Jalla, qui allaient bientôt partir pour le Zambèze, avec MM. Allég-ret et Teisserès, désig'nés pour le Gong-o, avec d'autres encore sur le point de se disperser pour aller porter sous tous les cieux la bonne nouvelle du salut. — On se représente ce que devaient être les entretiens de ces jeunes hommes qui avaient tout sacrifié pour suivre Jésus- Christ. « Nous faisions des plans d'avenir, nous écrit M. E. Allégret; nous suivions les pas de nos aînés, rêvant de grandes conquêtes, sans nous inquiéter des difficultés pratiques. Je ne me rappelle pas si nous parlions de la mort possible à brève échéance; nous avons dû en parler, mais jamais cela ne jetait d'ombre sur notre enthousiasme. Nous étions tout à la joie et à l'impatience de partir pour le champ de bataille. » — Une pareille atmosphère de foi, de piété, de saint enthousiasme est bien le milieu qui convient pour la formation des héros de la Mission.
A Paris comme à Mazamet, Escande éprouva le besoin de joindre à ses études préparatoires un travail plus direct pour le Seig-neur. Il fut pendant près de six ans moniteur à l'école du dimanche de la rue des Fourneaux, et on verra par ses lettres avec quel amour il s'occupa des « g-avroches » parisiens. Nous devons