ETUDES DE MŒURS
de ceux de Rome. En même temps j'ai roulé dans ma tête toutes sortes de projets pour agrandir notre œuvre, et exercer une propagande plus active en faveur de notre Eglise. (Journal,)
27 janvier.
Jour de repos et de mélancolie. J'ai senti la solitude me peser encore plus qu'auparavant. Oh ! que je me sens faible, et comme j'ai besoin qu'» une aide semblable à moi » soit à mes côtés pour m'encourag-er, et surtout combien j'ai besoin de l'assistance ininterrompue de mon Dieu et Sauveur ! (Journal.)
2 février.
Le petit nombre des élèves de l'école du dimanche m'a vivement affecté aujourd'hui. Je suis rentré chez moi en me répétant à moi-même que nous ne travaillons pas suffisamment à l'extension de l'œuvre, ou dvi moins que nos procédés sont défectueux. Et alors j'ai réfléchi à tout ce que nous devrions faire, et à ce que je ferai peut-être l'année prochaine à mon retour. (Journal.)
6 février.
Mon propriétaire démolit une partie de la maison pour la rebâtir autrement. Je n'ai pas eu à me déranger, mais je vis au milieu de la poussière. J'espère que dans huit jours tout sera terminé. Je profite de la présence des nombreux ouvriers maçons ou menuisiers pour faire
des études de mœurs sur nos travailleurs sénég'alais. La plupart sont Toucouleurs et s'emploient comme manœuvres moyennant trente francs par mois. Les uns se font nourrir par une femme de bonne volonté qu'ils appellent « mère. » Cette « mère » leur donne aussi un abri pour la nuit. Les autres achètent pour leur dîner un biscuit et pour quelques centimes de pistaches ; pour le souper, ils vont de porte en porte mendier l'aumône, et ils reçoivent toujours de quoi mang-er. Ils passent la nuit sur le sable des quais ou sur les bancs du square. Les premiers payent à leur « mère » quinze francs par mois ; les autres sont loin de dépenser cette somme, aussi arrivent-ils vite à avoir cinq ou six cents francs d'économie. Gela leur suffît : ils achètent un fusil de ving-t francs et ils retournent dans leur lointaine patrie où ils achèteront leurs femmes et où ils mèneront une vie de rapine et de brigandage.
22 février.
Bonne journée spirituelle, comme hier et avant-hier. Pourtant, je sens que ma communion avec le Sauveur n'est pas ce qu'elle devrait être. Je veux la rendre plus intime et plus constante. (Journal,)
9 mars.
Je t'ai parlé déjà des discussions que j'ai eues dans mon restaurant. Celui-là même qui se disait ouvertement athée, s'est pris d'affection pour moi ; il ne manque pas une de mes prédications et a l'air de s'intéresser à notre culte.