NOUVELLES PERSPECTIVES POUR LA MISSION
Il y a quelque temps, deux jeunes g"ens catholiques mulâtres m'ont arrêté un dimanche, sur la place, pour me demander si je ne devais pas prêcher le soir. Ils m'ont dit m'avoir entendu déjà deux fois, et avoir été très satisfaits de ce qu'ils ont appelé mes « plaidoiries. » Ils m'ont donné l'assurance qu'ils viendraient rég-ulièrement à mes cultes français où ils entendent des paroles qui les intéressent.
Voilà quelques-uns des encouragements que le Seigneur daigne m'accorder.
Aujourd'hui, dimanche, je suis allé à Béthesda, l'après-midi. Les gens se sont rassemblés devant leurs cases, disposées en cercle, et là, assis sur un banc, à l'ombre, je leur ai parlé pendant trente minutes, traduit en bambara par notre horloger Moussa. Bien que, jusqu'ici, je me sois surtout occupé des Européens, je n'oublie pas que je suis avant tout missionnaire auprès des indigènes.
1 1 mars.
J'ai eu l'extrême joie de parler à trois Bambaras musulmans et de leur montrer l'insuffisance de leur religion (gris-gris, salam). Ils ont eu l'air tout heureux de ma visite, et moi j'ai été absolument enchanté de ma petite course d'évangélisation. (Journal.)
i5 mars.
Vous avez entendu parler des événements qui s'accomplissent non loin de nos parages, dans le Dahomey.
BENJAMIN ESGANDE.
Deux nouveaux envois de soldats viennent d'être faits au commandant Terrillon qui s'est déjà emparé de Kolonou. Il est certain que le désir de nos gouvernants est d'établir le protectorat sur tout le pays. On prête même au ministre des projets plus vastes. Vous savez que l'explorateur, capitaine Bing-er, a signé un certain nombre de traités avec les rois indigènes habitant derrière le Niger. On voudrait donc que notre colonie partît du Sénégal, se continuât par les territoires situés dans le coude que forme le Niger, pour se terminer au Dahomey, sur le littoral. Ce serait un arc de cercle de plusieurs milliers de kilomètres. Si ce plan réussit, vous voyez d'ici l'immense importance de notre mission du Sénégal. C'est à elle qu'incombera le devoir d'évangéliser ces vastes régions où la bonne nouvelle de l'Evangile n'a pas encore retenti. Ah ! quand je pense à tout cela, je ne puis m'empêcher de gémir en constatant que depuis vingt-six ans nous piétinons sur place ! J'espère de tout mon cœur que l'œuvre va prochainement sortir de ses ornières et prendre son essor.
Il me semble que le temps passe vertigineusement vite. Et pourtant il y aura bel et bien demain quinze mois que nous nous embarquions à bord du Condé. Cela nous fait vieux, n'est-ce pas, et nous transforme plus ou moins. Heureusement, nous savons qu'un jour nous rajeunirons et que notre jeunesse d'alors sera éternelle.
5 avril.
Le Comité aura sans doute statué sur ma demande de