‹ Benjamin Escande, missionaire au Sénégal et à MadagascarChapitre 38 sur 45 · RETOUR EN FRANCE · texte numérisé non relu

RETOUR EN FRANCE

Saint-Louis, si mes calculs sont exacts. J'ai de la peine à nie faire à cette idée et pourtant ce n'est pas une illusion. J'emmènerai avec moi l'ainé des gar(;ons de l'école, Bilali, celui-là même (pii m'a accompagné lors de mon voyage à Médine. C'est pour le compte des « Amis de Bordeaux, » qui l'enverront dans une de nos écoles protestantes pour qu'il se prépare au brevet.

Dieu veuille que ce voyag-e nous soit à tous profitable, profitable surtout à l'œuvre de Dieu, qui doit être le constant objet de nos préoccupations et de nos efforts.

On ne s'étonnera pas de ne trouver dans les lettres qui suivent aucune trace de la joie que Benjamin dut ressentir en se retrouvant auprès de tous ceux qu'il aimait. Les échanges ne se faisaient plus g-uère par correspondance et les quelques lettres qui sont restées de cette période ne font que donner un rapide aperçu des a vacances » de notre ami. A peine arrivé dans sa famille, il se rendit à Paris, puis revint à Mazamet pour des conférences religieuses.

A M. Bœgner.

Mazamet, i3 juin.

Mon temps a été entièrement absorbé jusqu'à hier soir; demain j'ai une école du dimanche à faire. Je me demande où et quand je trouverai les loisirs nécessaires pour mes préparations. Hier, j'ai présidé une réunion dans laquelle trois autres pasteurs ont parlé, et qui a été abondamment bénie. La chapelle était presque aussi bondée que le 6 décembre 1888, vous vous en souvenez ? A la fin de cette réunion, des appels chaleureux

ont été adressés aux inconvertis : cinq ou six jeunes gens et jeunes filles ont déclaré vouloir se donner à Dieu. Beau résultat, n'est-il pas vrai ? Nous allons nous efforcer, M. Barnaud et moi, d'étendre le mouvement religieux qui a commencé.

Au même.

Vabre, 28 juillet.

Mon séjour ici a été bien employé : prédication et conférence au temple, prédication à la chapelle; beaucoup de monde chaque fois. Hier, à une réunion de couture, j'ai montré et expliqué mes photog'raphies. Enfin à huit heures du soir, école du dimanche extrêmement nombreuse à la chapelle. Je ne compte pas les visites particulières que j'ai faites

Au même.

Viane, 3i juillet.

Je continue ma tournée de conférences; j'ai passé à Lacaune, où on s'occupe activement des missions. Je n'avais g-uère qu'à replacer l'œuvre sur le cœur des chrétiens, et à montrer comment l'agrandissement de la tâche appelle un redoublement de sacrifices et de prières.

Hier, j'ai assisté à une réunion de prières où j'ai

tolum';i:s dk confkrences.

plaidé la cause des missions ; séance tenante, trois dames se sont offertes pour devenir collectrices du Sou missionnaire. Ce petit commencement m'a fort encouragé et je compte enfoncer plus profondément le clou dimanche prochain par ma prédication au temple, mon école du dimanche en plein air et ma conférence, le soir, à la chapelle.

Lundi, je reprendrai mon bâton de pèlerin pour visiter Espérausses, où je donnerai une conférence, puisMazamet, où je ne resterai que vingt-quatre heures. Enfin vendredi, je partirai pour Arcachon où M. G. me demande de prêcher le 9 août. De là j'irai dans le Béarn

Nous ne pouvons sui\Te Benjamin Escande dans toutes ses pérégrinations à travers l'ouest de la France, le canton suisse de Neuchàtel, le Piémont, où il était déléo-ué au Synode de la Table vaudoise à Turin, à Genève, et de nouveau dans les montag-nes du Tarn, à Vabre, où il était délégué au Synode des Eglises libres. Nous voulons seulement souligner rapidement son passage à Genève, puisque c'est dans cette \'ille qu'il rencontra celle qui le suivit à son retour au Sénégal. Les mois d'octobre et de novembre furent consacrés à de nouvelles visites à Mazamet, à Bordeaux, à Paris, où il fallait rég"ler diverses affaires ; enfin aux préparatifs du départ. Voici une de ses journées de vacances :

Bordeaux, 9 novembre.

Elle est donc derrière moi, cette journée de dimanche que je redoutais un peu à cause de la multiplicité des occupations qu'elle me réservait ; je me demandais avec anxiété si j'aurais assez de forces pour aller jusqu'au bout. Grâce à Dieu, mes appréhensions ne se sont pas réalisées. Il m'a béni, soutenu, et je sors de cette journée très encourag-é. Je me suis senti entouré par la sympathie de nombreux et fidèles amis.

A neuf heures du matin, je me suis rendu dans le temple du Hâ, où six cent cinquante enfants se trouvaient réunis, sans compter une centaine de grandes personnes. J'ai eu énormément de plaisir à leur parler et à leur montrer quelques objets du Sénégal. On a fait une quête à l'issue de l'école qui a produit cinquante francs.

Il me restait une heure de libre avant la réunion de midi. J'ai couru à la maison pour prendre à la hâte un bouillon chaud, et je suis reparti pour le grand temple des Ghartrons, où je devais donner ma conférence. L'auditoire était fort nombreux, et je me suis senti beaucoup d'entrain. Quantité de personnes riches se trouvaient parmi mes auditeurs, qui n'avaient peut-être jamais entendu plaider la cause des missions. On m'a écouté avec une grande attention, et chose rare, personne n'est sorti après Vamen de la fin du discours. J'avais pourtant parlé cinquante-cinq minutes. On n'a malheureusement pas fait la collecte que l'on attendait.

Je suis rentré pour prendre une légère collation, et à deux heures et demie, je me remettais en route afin d'assister à la réunion de l'Union chrétienne de jeunes filles. Elles étaient une soixantaine environ. Je les ai engagées à travailler pour notre mission, et j'ai tout lieu de croire que mon appel aura été entendu.

Enfin à huit heures du soir, j'ai prêché à la chapelle de l'Eglise libre, devant un auditoire compact et sympathique. Cette réunion a été le digne couronnement d'une belle journée, dont je conserverai longtemps le meilleur souvenir.

MAJUA<iH KT I)i;PAKT.

Aujourd'liiii, je devais aller donner une eonférenre à Sainte-Foy ([ui se trouve à deux Jieures de liordeaux. Malheureusement , Vinjluenza sévit avec force dans cette ville et on m'a prié de remettre ma visite à plus tard. Ce plus tard, quand arrivera-t-il ?

Le mariage eut lieu le 2G novembre, à Genève; peu de jours après le jeune ménage quittait la Suisse pour se rendre à Mazamet, puis à Bordeaux où, le 5 décembre, le paquebot La Plcita levait l'ancre.

Intérieur de village, Sénégal.

Retour à Saint-Louis. — Incendie de Béthesda. — Départ de Madame Escande. Arrivées de MM. Forget et Nichol. — Evaugélisation à Sor.

Saint-Louis, i5 décembre 1891.

Vous savez que nous nous sommes embarqués le 5 décembre à bord de La Plata. Le temps était radieux, et nous donnait confiance. Nous étions heureux, malg'ré les adieux que nous ne cessions, depuis près de huit jours, de faire de lieu en lieu. N'étions-nous pas ensemble, et près de faire voile vers le poste où Dieu nous a appelés? Et puis c'était réconfortant de trouver tant d'amis au bateau, venus tout exprès pour nous renouveler leurs adieux. Nous nous sentions soutenus par toutes ces sympathies, et nous aimions à nous répéter qu'à Genève, à Paris, à Mazamet, ailleurs encore, on pensait aux deux jeunes voyageurs.

Le lendemain, dimanche, fut une journée pénible.

surtout pour Gertrude, mais dès lundi nous avons eu une des plus belles traversées que l'on puisse désirer.

C'est samedi soir 12, à minuit, que nous sommes arrivés à Dakar. Nous avons passé une bonne journée de dimanche; j'ai fait faire connaissance de l'Afrique à Gertrude

Le lundi i4j nous avons traversé le Gayor, et nous sommes arrivés à six heures du soir à Saint-Louis, où les membres de la mission nous attendaient. M. et ]\piie jViQrin nous ont aimablement reçus chez eux, en attendant que nous entrions dans l'appartement que j'ai loué aujourd'hui même. Demain nous y transporterons mes meubles. Nous resterons là jusqu'à ce que les réparations que je vais faire faire à la maison de la mission soient terminées. Ges réparations sont indispensables pour nous permettre d'y habiter. Elles me donneront passablement de peine, mais je ferai ce travail avec plaisir, car ce sera là le petit nid où nous allons vivre, si Dieu le permet, quelques années ensemble

Les indigènes sont venus nous voir les uns après les autres. Ce matin même, Malic et deux autres habitants de Béthesda nous ont apporté un superbe coq

Nous n'avons pu dire adieu aux Taylor qui étaient partis de Saint-Louis avant notre arrivée. Ils sont maintenant à Sainte-Marie-de-Bathurst. J'ai regretté de ne pouvoir serrer une dernière fois la main à mon collègue, qui, pendant tant d'années, avait porté le poids écrasant de l'œuvre de Saint-Louis, ainsi qu'à Madame Taylor.

4 janvier 1892.

La fête de Noël a été très réussie ; elle a fait du bien

ENCOl aA(;EMKNTS KT KPKEL'VES.

aux g-arçons de l'école ; nous en avons deux ou trois qui sont bien près de se convertir. Je ne veux pas trop les pousser pour ([ue leur conversion n'ait rien de factice, mais je les suis de près. Demandez à Dieu qu'il achève en eux l'œuvre qu'il a commencée.

Je suis extrêmement satisfait de l'esprit qui règ-ne dans notre Eglise. Je n'entends pas dire par là que la vie spirituelle soit intense. Hélas non ! A ce point de vue, l'Eglise est bien bas ; la plupart de nos membres se sont relâchés, ils se traînent au lieu de marcher, et, ce qui est pire, ils n'ont pas conscience de leur état. Je voudrais les réveiller, réchauffer leur zèle ; mais je n'oublie pas de demander à Dieu pour moi la même grâce que je leur souhaite. C'est quand ils nous verront nous-mêmes actifs, remplis d'ardeur, brûlants de zèle pour le service de notre Maître, qu'ils comprendront par où ils pèchent, et que leur vie religieuse aura des chances de se développer en intensité et en profondeur.

Tout cela n'empêche pas qu'il règne un bon esprit parmi les adhérents de notre mission. Nous avons été accueillis avec joie, et le départ de M. Taylor ne semble pas les avoir attristés outre mesure. On sent comme une détente chez plusieurs, en particulier chez nos jeunes gens, nos anciens élèves. Dès maintenant nous sentons que la promesse — que M. P. nous a rappelée le jour de notre mariage, et que votre passage mural nous remet constamment devant l'esprit — s'est réalisée pour nous : oui, « Dieu a béni notre entrée. »

Quand je me reporte à l'an dernier, et que je me rappelle ce qu'était ma vie, je la trouve, effet de contraste, si fade, si terne, si décolorée, que je me demande

comment j'ai pu la supporter si longtemps et si aisément ! Que Dieu a été bon de conduire mes pas à G***, d'avoir lui-même dirigé toutes choses. Nous sentons qu'il reg"arde d'un œil favorable son serviteur et sa servante qu'il a envoyés travailler ensemble dans sa vig-ne, et ce sentiment de l'approbation divine n'est pas ce qui contribue le moins à nous rendre heureux et confiants dans l'avenir.

i6 janvier.

Un g-rand malheur vient d'atteindre nos g'ens de Béthesda : tout le villag-e a brûlé. C'est un désastre. Juste la récolte était terminée, les greniers étaient pleins, on allait vendre incessamment les arachides : tout a été perdu.

C'est le 8 janvier que cela est arrivé. Je finissais ma sieste, quand je vois arriver Malic^ le chef du village, qui, tout tremblant d'émotion, m'annonce la catastrophe. Une heure plus tard nous étions sur le lieu du sinistre. Impossible de rendre l'impression de tristesse que nous avons ressentie à la vue de ces pieux encore debout, tout calcinés, seuls vestiges de ce qui fut notre cher village, à la vue aussi de ces hommes, de ces femmes, fouillant dans les cendres fumantes pour y chercher quelques restes de leurs effets. C'était navrant.

Mon premier soin a été de mettre à la disposition de nos libérés la petite maison en briques que M. Taylor a fait construire à une autre extrémité de la concession de Béthesda. Ils s'y sont entassés jusqu'au moment où leurs cases seront reconstruites.

FlkvilK JAUNE.

Cette ('preuve semble avoii' ouvert leur cœur. Deux ou trois femmes qui, auparavant, nous fuyaient, viennent maintenant à nos cultes et écoutent volontiers. Dimanche dernier, ils étaient une trentaine réunis sous la véranda de la maison.

23 janvier.

En ce moment, dans le Haut-Sénég'al, règne une épidémie assez mystérieuse qui décime la population blanche. Les uns disent que c'est une fièvre paludéenne d'un caractère mal défini ; d'autres affirment que c'est la fièvre jaune. De Kayes, elle est descendue à Bakel, de Bakel à Podor. Je me hâte d'ajouter qu'on a pris des précautions extraordinaires pour qu'elle s'arrêtât là. On y a établi une quarantaine très rigoureuse, en sorte qu'on peut espérer qu'elle ne descendra pas à Saint- Louis.

Mettons les choses au pire ; supposons qu'elle vienne jusqu'ici. Deux causes principales la rendraient infiniment moins meurtrière que les fièvres jaunes de 1878 et 1 88 1 . D'abord la ville a été considérablement assainie, ensuite nous sommes dans les mois froids de l'année. Je ne crois donc pas que nous ayons beaucoup à redouter. La population blanche de Saint-Louis reste parfaitement calme, personne ne songe à fuir, ce qui est un bon indice. Quant à nous, nous sommes entre les mains de notre Père céleste, nous nous sentons en parfaite sécurité. Néanmoins, vous ferez monter des prières à Dieu en notre faveur, n'est-ce pas ?

5 février.

Je vais très rég"ulièrement à Béthesda avec Gertrude, quelquefois aussi avec les Brandt et les enfants. Les gens nous écoutent volontiers, de ce côté-là, nous sommes donc encouragés. Si nous pouvions nous mettre à l'évangélisation des villages, je crois que nous y trouverions également de grands encouragements, et que la vie religieuse de notre troupeau s'en ressentirait. Je donne très régulièrement mon sermon wolof auquel je prends toujours énormément de plaisir. Dieu ne permettra pas que notre travail soit vain.

L'épidémie de fièvre jaune diminue, elle n'a pas dépassé Podor. On a caché, du mieux qu'on a pu, le nombre des victimes, mais on sait qu'il est considérable; dans certains postes, le contingent entier de militaires a été emporté. A peine étions-nous rassurés de ce côté, que nous apprenions qu'une épouvantable épizootie détruit tous les troupeaux du Soudan. Si elle descend au Sénégal, nous serons privés de viande et de lait pendant longtemps. Ce serait un nouveau désastre

A Madame Bœgner.

10 février.

J'ai le sentiment que notre activité, pour être vraiment fructueuse, ne doit pas se confiner dans Saint- Louis. Aussi avons-nous saisi une occasion propice pour faire une visite d'évangélisation dans un village de

VISITi; A MIllillAV

rintérieur, Mhéray, situé à cinq heures en bateau de Saint-f^ouis. C'est un de nos anciens niendjres d'Eg-lise, aujounriuii renéi»at, ([ui nous y a conduits. Nous sommes partis, le 3 dernier, à trois heures du soir, et après avoir très lentement remonté le fleuve, nous ne sommes arrivés au villag-e que vers deux heures du matin. M. et M'"^ Brandt, qui étaient avec nous, ont couché dans la case de Moussa Diémis, notre batelier, tandis que ma femme et moi nous nous étendions sous un toit de planches, roulés dans nos couvertures. Les trois aînés de nos garçons que nous avions aussi pris avec nous ont dormi sur le sable de la cour.

Le lendemain matin, nous eûmes un petit culte, assez nombreux, et à cinq heures, nous nous rembarquions pour Saint-Louis, où nous sommes arrivés à neuf heures, ravis de cette journée où nous avons pleinement g"OÛté la vraie vie missionnaire.

Mon désir serait d'établir une annexe dans ce village, composé d'environ deux cents habitants, dont

une moitié sont Bambaras. Mais il faudrait un canot

et du temps. Tant que je serai seul, il me sera impossible de faire fréquemment des courses semblables.

J'ai pris une photographie au moment de notre départ; l'eau qu'on voit est un marigot, ùn bras du fleuve. A la tête du bateau est Moussa Diémis, son fils est à côté de lui. Deux de nos garçons sont aussi dans le canot, Jean tient l'appareil.

8 mars.

J'ai enfin trouvé l'aide après laquelle je soupirais.

BENJAMIN ESGANDE.

J'ai été autorisé à faire venir un catéchiste indig-ène de la mission wesleyenne du Sud, M. Nichol. Je suis bien reconnaissant de ce renfort, car je suis surchargé de besogne. Voici aujourd'hui le onzième jour que je ne sors pas de chez moi. J'ai eu des affaires entre noirs à régler; j'ai eu mes sermons wolofs et français, mes catéchismes. Pendant que je suis ainsi occupé chez moi, je ne fais pas de visites aux indigènes, ce qui est préjudiciable à Toeuvre. A cet égard, mon catéchiste pourra me rendre de précieux services.

J'ai déjà songé à la manière dont j'org-aniserai l'œuvre quand il sera là. L'essentiel sera d'avoir une réunion hebdomadaire à Sor, au milieu des indigènes.

Nos réunions de prières marchent bien. Nous sommes bien heureux d'avoir réussi à les organiser, car Dieu mettra certainement sa bénédiction sur elles. Elles ont lieu à tour de rôle chez les Morin, chez les Brandt et chez nous.

6 mai.

Si VOUS saviez comme le temps passe vite dans une ville coloniale ! La semaine a passé avec la rapidité de l'éclair, et qu'ai-je fait pendant cette semaine ? Presque rien, au moins en ce qui concerne l'œuvre de mon ministère ; les travaux manuels, la surveillance des écoles, les visites ici, les visites là, ont absorbé mon temps. Et moi qui voudrais pouvoir aller de case en case à Sor, à Ndar-Toute, ou bien visiter les villages voisins... et ne pas trouver une minute pour cela, oh! c'est vexant! Cela me fait soupirer après le moment

OBSTACLES A l'œUVRE MISSIONNAIRE. 167

OÙ je serai plongé dans une œuvre vraiment missionnaire, et où je serai en contact continuel avec les gens ([ue j'évang-éliserai. Il y aura là aussi des travaux manuels, je le sais, mais ils auront l'avantag-e de me raj)proclier de mes paroissiens, tandis qu'ici ils m'en éloignent. Quand je construirai ma maison ou ma chapelle, les gens seront là près de moi, ils m'aideront et je les instruirai. Ici, c'est bien différent. Pendant que je répare ceci ou cela dans nos chambres, je ne suis ni à Sor, ni à Béthesda, et ne puis faire aucune œuvre spirituelle. C'est un exemple entre mille des obstacles que l'œuvre religieuse rencontre ici ; pour en faire une sérieuse, il faut que le missionnaire demeure au milieu des indigènes.

Je viens d'être interrompu par la visite d'un indigène qui venait me demander de lui faire restituer cinq sacs de charbon qu'on lui a volés. Demain je m'occuperai de cette affaire qui me prendra quelques bonnes heures de ma journée

Dimanche dernier, malgré mes deux sermons, il m'a fallu écouter les doléances d'une de nos meilleures chrétiennes, Kani; son mari vient de l'abandonner pour se remarier à la mode musulmane, et la roue de coups parce qu'elle veut l'empêcher d'emporter tout ce qu'elle a dans sa case. Le mari est venu et a palabré plus d'une heure avec moi ; je vois bien que de ce côtélà, j'aurai encore du fîl à retordre.

Mes occupations, vous le voyez , sont loin d'être gaies et enthousiasmantes. Ces dérangements perpétuels, que souvent je déplore, je les voudrais plus nombreux encore si c'était pour m'occuper d'affaires spirituelles.

si c'étaient des pécheurs qui viennent prier avec moi

Je vous écris de ma « chambre haute. » C'est un déhcieux cabinet, il est toujours frais, et je jouis là d'une g-rande tranquillité. Gomme il ne donne pas sur la rue, les bruits ne montent que très difficilement jusqu'à moi. Quand je veux réfléchir, je sors et me promène de long" en large sur le toit (que nous appelons ici argamasse) , surtout à partir de cinq heures du soir où c'est tout ce qu'il y a de plus agréable.

6 avril.

La solitude me pèse, je me fatig*ue d'être seul à la tâche. Qu'on attende encore quelque temps, et la belle maison de Kerbala sera détruite par les bêtes, avant qu'on ait sérieusement essayé d'occuper cette station.

Cette mission de Kerbala a pourtant son importance. Il ne faut pas laisser Saint-Louis seul poste sur la côte, ce poste a besoin de s'appuyer sur un autre, le missionnaire de Saint-Louis a besoin de pouvoir se retremper de temps à autre dans une œuvre essentiellement missionnaire comme le sera celle de Kerbala. Les deux œuvres se prêteront un mutuel appui, elles se compléteront l'une l'autre, elles sont nécessaires l'une à l'autre.

Dès que mon catéchiste sera arrivé, nous fonderons une œuvre d'évangélisation à Sor, et à côté de l'œuvre spirituelle, je travaillerai aussi pour les corps, en installant une petite pharmacie chez, Nichol. Je m'y rendrai à jours fixes afin de soigner les malades de la paroisse.

Nous avons reçu quelques encouragements. Trois de

Page 1