EMILIE ESCANDE AVEC SA BONNE
DKl ILS DANS I.A MISSION.
chaudes, rrcliaullaiil la malade aNce des hrajues. Mais liélas ! mes aides élaieiil hien inaladroils el hieii indisciplinés; on ne trouvait pas les choses dont on avail hesoin. Ce que j'ai soutFert pendant ces quehjues heures!... Jeanne s'est un peu ranimée; elle a reconnu son mari et quelques-uns des assistants ; mais son visag-e portait déjà Tempreinte de la mort. A onze heures, brisé, tout en nag"e, voyant que tout effort était une fatigue inutile, pour la mourante aussi bien que pour moi, je rentrai à la maison. Une demi-heure après, nous apprenions que Jeanne était morte. Nous l'ensevelîmes le lendemain, samedi. A midi je rentrai du cimetière. Le sermon que j'avais fait la veille (car je les fais toujours le vendredi) ne répondait plus aux besoins, j'en préparai un autre. Aucune prédication n'a jailli de mon cœur comme celle-là. Aussi l'attention était-elle grande, le
lendemain A quatre heures, je présidai comme
d'habitude le service de Sor, exhortant les Wolofs présents à se préparer à la rencontre de Dieu.
Le lundi matin, à cinq heures, j'étais subitement réveillé : Salimata me faisait dire que la petite Madeleine était prise de vomissements. J'accourus. Il nV avait pas à s'y méprendre, c'était le choléra. La maladie s'é tant déclarée depuis peu de temps, nous avions des chances pour la sauver. Vous comprenez avec quelle fièvre nous l'avons soignée. Par bonheur, nous avions tout sous la main : chemises à chauffer, couvertures de
laine, eau chaude, thé punché , et le médecin qui
fut très dévoué. Vers neuf heures une amélioration se produisit. A midi nous avions tout espoir de sauver notre fillette. Nous lui donnâmes deux bains chauds
qui ranimèrent son pouls jusque-là imperceptible. Dans l'après-midi 5 la réaction s'accentua. S'accentua-t-elle trop A^ite ? Je ne sais, mais à six heures et demie, Madeleine était emportée par une embolie. Le docteur appelé en hâte ne put que constater la mort. Quel coup pour nous tous ! Nous ne pouvions croire que ce fût vrai.
Trois heures après, elle reposait dans son cercueil. Trois heures horribles, avec les détails les plus pénibles, causés par les soins nécessités par le danger que couraient toutes nos fdlettes De suite nous conduisîmes la petite dépouille au cimetière. Il faisait nuit noire. Arrivés au cimetière, situé à trois quarts d'heure de Saint-Louis, nous trouvons porte close. Salimata, qui m'avait accompag-né, est prise d'une attaque de nerfs. Que faire? Un des jeunes gens venus aussi avec moi, Félix, reconduit Salimata à la maison, pendant qu'un autre va chercher les fossoyeurs. Je reste seul avec Moussa... Nous nous promenons pendant une heure et demie dans l'obscurité. Jugez de nos angoisses l
Enfin à minuit, je rentre à la maison. Cette terrible journée nous avait brisés de corps et d'âme. Au moment où nous allions prendre un peu de repos, nous entendons frapper. J'ouvre : c'est notre cuisinière qui, toute tremblante, me dit qu'elle a « attrapé » la maladie. Je l'examine, heureusement qu'elle a la peur pour tout mal. Mais elle ne voulait pas retourner à Sor, il fallut l'installer chez Salimata.
Enfin nous pûmes aller au lit. Ai-je besoin de vous dire que notre sommeil fut rempli de cauchemars ? J'avais fait déloger les filles de la chambre où elles couchaient et où Madeleine était morte, et je les avais
TOlTJOl US LE CHOLKRA.
mises dans mon cal)iiiot (Tcn haut, prr'alahirineul, (lésinFcclé, comme du reste tout ce (jii'clles avaient sur elles. A chacjue instant je croyais entendre des pas, et me figurais qu'on venait m'apprendre que quelcpi'autre habitant de la maison était pris par la maladie. Je saluai avec joie l'aurore et courus, aussitôt levé, visiter mon monde. Grâce à Dieu, tout allait bien.
Hier, vendredi, c'était une de mes vieilles paroissiennes de Sor, non chrétienne, Fatima, qui succombait; ce matin, c'est une élève externe de notre école.
Gela fait quatre. Vous comprenez la tristesse de nos cœurs. La mort de Madeleine est une immense perle pour nous. Nous n'avions pas de fillette plus intelligente, ni plus dégourdie ; c'était le boute-en-train de la maison. Pourtant nous nous inclinons sans murmurer, car Dieu sait ce qu'il fait et pourquoi il le fait.
L'épidémie n'est pas finie, et pourtant, je ne sais pourquoi, j'éprouve une grande confiance. Il me semble que Dieu nous a demandé notre tribut et que les autres membres de la maison sont en dehors des atteintes du choléra. Dieu le veuille!
La municipalité prend des précautions extraordinaires pour enrayer le fléau. De mon côté, je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour assainir la maison. Ge n'est pas une mince affaire. Ainsi, en revenant de soigner l'élève externe, morte ce matin, il a fallu désinfecter tous mes vêtements. En outre je suis chargé de surveiller une partie de Sor, et de faire connaître les cases contaminées.
BENJAMIN ESGANDE.
4 août.
Chaque jour nous entendons parler d'un nouveau décès parmi nos connaissances. Un moment, nous avons cru que le fléau quittait Saint-Louis, mais il est revenu. Un petit enfant de quatre ans a été atteint dans une maison qui fait face à la nôtre. Heureusement qu'il a été g-uéri. Ce matin je suis allé à l'ensevelissement d'un mulâtre qui est mort du choléra en quarante-huit heures.
Nous redoublons de vigilance. Nos fillettes couchent toujours là-haut, dans mon cabinet de travail (je me suis établi en bas). Elles s'y trouvent très bien, elles ont de l'air, de la place sur Vargamasse. Chaque soir, nous montons faire la prière avec elles. Je jette de l'eau phéniquée partout, je prends le pouls des fillettes, je m'assure que tout va bien, et nous allons nous coucher tranquilles.
Ah! ce que j'en ai administré des remèdes, ces dernières semaines, c'est incroyable ! Au moindre petit bobo, on vient me trouver : « Monsieur, j'ai mal au cou! Monsieur, j'ai mal au côté ! » Quand je vois qu'on abuse de ma bonté, je me fâche ou je me moque. « Ah !
tu as mal au cou Léonie, apporte-moi la scie! »
Cela suffit pour que mon malade, instantanément guéri, prenne les jambes à son cou, et dégringole les escaliers. Nous avons envie de fabriquer un remède bien mauvais pour qu'on ne vienne à nous que lorsque le mal en vaudra la peine.
Cependant je ne veux pas ne donner que des remèdes pour le corps. Je profite de l'impression produite sur
CIIALKI US J)'lIIVEI\NA(iE.
r('s|)i-il (les i»(Mis [)ai- laul d'événomeiils douloureux, pour cxliorler, pour convier à la repcnlancc, pour prêcher « on temps H hors de !enî|)s. » Fn joui-, ceF'Iaineuient, les fruits apparaîironi .
17 août.
L'épidémie semble enfin nous avoir définitivement (juittés, après avoir fait, à Saint-Louis seulement, plus de huit cents victimes connues. Nous avons éprouvé une nouvelle perte dans notre Eglise : celle d'une vieille femme, Ndiag-o, qui avait longtemps demeuré à Ndar- Toute, au milieu de g-ens hostiles qui la persécutaient pour sa foi ; chaque dimanche elle venait assister au service : toute perdue et presque aveugle, elle mettait trois heures pour faire ce trajet de vingt minutes à peine. Nous avons profondément senti cette perte, la dernière, grâce à Dieu.
7 août.
Nous rentrons à l'instant de Béthesda où nous étions allés en famille. Soudain nous avons entendu le tonnerre, l'horizon s'est obscurci, quelques éclairs ont brillé. Nous nous sommes hâtés de repartir, pour arriver juste un quart d'heure avant la tornade qui, au moment où j'écris, nous g-ratifie d'une bienfaisante ondée. Nous en avions besoin. Depuis quinze jours,
pas une goutte d'eau, et une température Hier soir,
à onze heures, le thermomètre marquait 3i^,3, dans mon cabinet de travail; ce matin à huit heures, 33^.
Il fallait avoir nuit et jour en main son éventail et son mouchoir.
Vous me demandez où j'en suis de l'étude du wolof et du bambara. Le bambara, je m'en suis occupé avec Samba. Il est remonté à Kerbala, et quand, en novembre, il en reviendra définitivement, je me remettrai à l'étude de cette langue.
Quant au wolof, je le possède assez bien. Je reçois tous mes gens sans interprète, et je fais mes sermons sans difficulté. J'ai mis quatre heures pour composer une de mes dernières prédications.
A part les dimanches où il y a culte français, je préside toujours le service de Sor. Je me prépare à la maison, j'ai trois ou quatre notes sur un bout de papier, et je parle d'abondance.
En outre, j'ai corrigé les cantiques, et j'en ai composé et traduit de nouveaux. Depuis quelques dimanches, plusieurs mulâtres et mulâtresses viennent écouter mon sermon wolof. Je suis donc encouragé de ce côté-là.
Pour ce qui est de mes prédications en français, vous avez raison, l'habitude de la parole simplifie mon travail. Parfois, le vendredi matin, je sais à peine mon sujet, et le samedi soir tout est prêt. Néanmoins je me prépare bien. Les auditoires ont augmenté d'une façon réjouissante. Le premier dimanche de juillet, il y avait vingt-cinq étrangers, dont beaucoup de jeunes gens. Hier soir, le nombreux auditoire que j'avais m'a d'autant plus réjoui, que l'on étouffait dans notre petite chapelle. Cela prouve que l'on s'habitue à en prendre le chemin .
ACT I V m': D ' 1 1 1 VER N ACi K .
1 7 août .
Cet hivorna^r osl hvs pénible; los chaleurs oui eoinmencé de très bonne heure, et la sécheresse est grande, ce qui augmente le mal. Les fatigues causées par le choléra se sont ajoutées aux fatigues, déjà suffisantes, du climat, aussi nous tarde-t-il d'avoir derrière nous cette saison douloureuse à tous les points de vue.
J'ai restreint un peu mon activité. Je m'occupe beaucoup, en ce moment, de re viser notre recueil de cantiques wolofs. J'en ai traduit ou composé plusieurs, et en traduirai encore, sur nos plus beaux airs français, afin d'avoir un bon et intéressant petit recueil qui, je l'espère, deviendra populaire parmi nos paroissiens. Voici un de ces cantiques que j'ai entièrement composé :
Gnowal li nian, gnowal ti man, Yesou, ki ma sopa ; Paré na bayi lep lou ma am Ndig yov rek là boga.
Ben tey sou m a hol fès on na Ak lendem, ak bakar, Don na out ti souf si dama, Lèr, noflay ak yakar.
Wandé mesou ma len tasé; Ndam, nibèh, wala alal Doyou gnou ndah daha dahlé Té may fit ak ndalal.
Mo tah, Yesou, ma la di wô.
Ti souma hol dougal.
Bou ko depi, lèl! yereni ko, Té na nga ko sètal.
Gno\s"al ndah ma men banehou, Té ta kaw mpir am ndam.
Ndah ma mos topa la'k takou :
Gnowal, gnowal ti man!
Viens en moi, viens en moi, Jésus qui m'aimes.
Je suis prêt à abandonner tout ce que j'ai Car c'est loi seul que je veux.
Jusqu'à aujourd'hui, mon cœur était plein
De ténèbres et de péchés,
Je cherchais ici-bas la paix,
La lumière, le repos et l'espérance.
Mais je ne les ai jamais trouvés; La gloire, les plaisirs ou les richesses Sont impuis'sants à calmer les inquiétudes Et à donner courage et sécurité.
C'est pourquoi, Jésus, je t'appelle.
Entre daus mon cœur.
Ne le méprise pas, ohl aie pitié de lui, Et purifie-le.
Viens, afin que je puisse être heureux, Et avoir la victoire sur la tentation.
Afin que je te suive toujours avec fidélité : Viens, viens en moi !
Mais en dehors de mon travail ordinaire, que d'autres occupations ! C'est un acte de naissance dont Bilali a besoin en France pour passer son brevet, et qui nécessite cinquante visites à la mairie ou au tribunal. Ce sont des renseignements relatifs à nos immeubles du Sénég-al, demandés parle Comité, et qui m'obligent à fouiller à l'enregistrement ou au greffe; et cela n'en finit pas. Parlerai-je de tous les gens qui viennent m'exposer leurs difficultés pour que je les règle ? et de tous ceux qui font appel à ma pitié pour avoir des secours matériels? Ceux-ci sont les plus mal reçus, car je ne suis guère tendre pour les mendiants, quand je sais qu'ils n'ont aucun besoin.
Puis j'ai les visites, à l'hôpital et à domicile. Forget est à l'hôpital par suite d'un commencement d'angine : chaque jour je vais le voir pendant une heure. Hier, j'ai reçu inopinément la visite d'un soldat fort intelligent et instruit, qui a causé pendant une heure et demie avec moi sur des sujets religieux. La semaine dernière, c'est avec une dame catholique et sa fille que je me suis entretenu près d'une heure sur les différences qui existent entre le protestantisme et le catholicisme. Nous commençons à être connus. Nos cultes français sont bien suivis ; nos auditoires doubleraient certainement si nous avions un temple convenable.
Forget nous quittera dans un mois ; nous le regretterons bien ; nous ne savons absolument pas qui le remplacera. Le Comité cherche, mais sans trouver. Après son départ, et en attendant que son successeur arrive, Nichol et sa femme s'installeront à l'école des garçons. Quand ils la quitteront, je compte que ce sera pour
'Ai) F
s'installer dans le pclil |)i('sl)\ Iric (juc je construirai à Sor (Ml inrnie l(Mn[)s (|U(' la chapolle.
5 octobre.
Jamais je n'ai été plus convaincu ([u'aujourd'hui de la nécessité d'un temple à Saint-Louis. Puisque la station est et sera, avant tout, un poste de représentation, il faut que la mission soit bien représentée. Ces quatre derniers mois ont été épouvantables de chaleur ; plusieurs de nos amis n'ont pas pu assister à nos services pour cette raison. On ne respire pas dans notre chapelle, si basse, si étroite.
Dimanche dernier, il y avait foule d'Européens, mais plus de la moitié ont préféré, malgré notre invitation à entrer, rester dans la petite salle d'à côté, où il y a courant d'air. Il arrive constamment que l'un ou l'autre de mes auditeurs est obligé de sortir pour prendre l'air. Et malg-ré tout, les auditoires restent nombreux ; plusieurs personnes tiennent à être prévenues chaque fois qu'il y a service français. N'est-ce pas bon sig^ne? Avec un temple, on viendrait plus nombreux encore. C'est pour moi une souffrance d'avoir un local si peu convenable. Ne pourrait-on pas chercher les fonds nécessaires ?
i5 novembre.
Les écoles ont recommencé, nos fillettes semblent avoir beaucoup d'entrain. Je les suis de très près, et me fais montrer leurs cahiers chaque semaine. Les
g-arçons ont aussi beaucoup de zèle, particulièrement les cinq jeunes esclaves qui nous sont arrivés du Sou-
Une famille de Béthesda. (Le père avait refusé de poser.)
dan, il y a quatre à cinq mois. Ils se donnent beaucoup de peine pour apprendre, et c'est bien encourag^eant; je me réjouis que l'instituteur soit arrivé pour les faire travailler sérieusement.
UN ENTEKRKMENT IJAMIJAHA.
Les réunions de J^élliesda vont recommencer dès l'arrivée de Saml)a. Je voudrais melire à exécution mon ancien projel de passeï* (jiiel(jiie lemps dans noire maisonnette de i^étiiesda, afin de faire une instruction religieuse plus serrée à nos gens, et de leur parler à chacun d'eux en particulier. Ah ! si nous pouvions enfin découvrir, chez les uns ou chez les autres, la faim et la soif des choses de Dieu !
Nous comptons ouvrir bientôt notre salon, tous les lundis, aux protestants de Saint-Louis, pour des petites soirées littéraires, musicales, ou simplement récréatives. Cela fera une heureuse concurrence aux cercles et aux cafés qui sont la seule distraction offerte aux jeunes gens pour les long-ues soirées. Nous espérons qu'il sortira un bien réel de ce nouvel efTort que nous tentons pour les amener à une vie plus conforme à l'Evang-ile.
28 novembre.
Je rentre d'une journée bien fatigante. Ce matin, pendant que je parlementais avec le menuisier et le maçon, au sujet de mes prochaines constructions de Sor, un homme vient m'annoncer que le vieux Toumané de Béthesda « a fait son temps, » c'est-à-dire qu'il est mort dans la nuit. J'expédie menuisier et maçon, je fais atteler la voiture, et nous voilà en route, Nichol, Moussa l'horloger, et moi. Le vent d'est soufflait assez violemment, nous envoyant des nuages de poussière et de chaleur. Nous arrivons, nous entrons dans la case où le vieillard reposait, la figure parfaitement calme. Devant ce corps sans vie, nous nous
demandons avec émotion si l'âme de ce vieillard, qui n'avait jamais fait profession de christianisme, est allée vers son Jug*e ou son Sauveur On commence les préparatifs de l'ensevelissement. Pendant que les uns vont creuser la fosse non loin du villag-e, les autres s'occupent à laver le cadavre, puis à l'envelopper dans une long*ue pièce de calicot que j'avais apportée. Quand tout est prêt, on place le corps sur un brancard, on le transporte sous l'arbre à caoutchouc, qui est à un coin du village, tout le monde s'assemble silencieusement et j'adresse, interprété en bambara par Moussa, quelques paroles sérieuses à nos libérés. Nichol termine par une prière en wolof, puis le cortèg-e se reforme et se rend à la tombe où j'ajoute quelques mots... Il était près d'une heure quand je suis rentré, ayant passé tout ce temps en plein air, par ce vent d'est qui soufflait toujours.
Mon après-midi n'a pas été moins remplie. J'avais appris que la caisse de M. était arrivée. Je me mets en route pour la chercher. Chemin faisant, je pense aux pièces qui me manquent encore pour commencer la chapelle de Sor. Je vais à la mairie : on me renvoie à la direction de l'intérieur. Là on méfait attendre trois bons quarts d'heure, après lesquels on me montre les pièces signées et paraphées. Je retourne à la mairie où on doit me les délivrer. A mon retour je retire la caisse et la fais apporter à la maison. Puis je cours chez le propriétaire du terrain de Sor que je trouve grelottant de fièvre. Je prends rendez-vous avec lui chez le notaire pour demain. Et me voilà enfin chez moi.
J'aurais dû commencer ma lettre en t'annonçant l'arrivée impatiemment attendue du nouvel instituteur.
M. Pélre(juin. Il est jeune encore, mais nons espéi'ons (jn'il est bien cjnalifié ponr le Iravail (jiil Ini est confié et (|n'il a enli'epris avec entrain.
4 fléreml)re.
Nous sommes en plein travail à Sor, et je dois nie trouver constamment sur les chantiers pour surveiller et vérifier; Nicliol m'est d'un très grand secours. Ne craignez pas que tout ce temps passé là soit du temps perdu. Je pourrai parler à une foule de gens qui me demandent ce que je veux faire, et les inviter à nos services. Déjà un tas de gamins me demandent si nous n'aurons pas une école, promettant d'y venir les mardis et vendredis (c'est-à-dire les jours où l'école arabe est fermée). En tous cas l'école du dimanche ne manquera pas d'élèves. Il y en avait une vingtaine l'autre dimanche à notre service d'évang-élisation. Donc la propagande s'organise, et je ne fais pas que surveiller des travaux quand je vais à Sor.
Dimanche 17 décembre.
Nous sortons d'un excellent culte où Nichol a parlé avec force sur : « Le temps est court. » L'auditoire était très nombreux et attentif.
Ces derniers mois, nous avons peu parlé de l'œuvre spirituelle ; c'est que, pendant l'hivernage, notre activité se ralentit forcément. J'ai toujours considéré cette saison comme un temps d'activité intérieure. Je me suis occupé de photographie, puis du recueil de cantiques.
et aussi des fîllelles, pendant cette époque où Salimata ne s'en occupait pour ainsi dire pas. Les plans de Sor, les arrangements avec le maçon et le menuisier m'ont
pris du temps aussi et voilà comment il se fait que
mon activité proprement religieuse ait subi un ralentissement. Je ne dis pas un arrêt, car j'ai continué, non seulement mes services wolofs et français, ainsi que l'école du dimanche depuis le départ de Forg-et jusqu'à l'arrivée de son successeur, mais j'ai eu de fréquentes et sérieuses conversations avec tels ou tels. Nous avons eu aussi nos réunions de Sor que nous avons transférées chez Niamantou, pendant que Nichol est à Saint- Louis, en attendant que les constructions soient terminées, et nos réunions du mercredi soir, avec moniteurs et monitrices de l'école. C'est donc plutôt l'évangélisation qui nous a surtout manqué, et je vous ai dit pourquoi. Je sais que c'est la chose la plus importante avec les conversations particulières. Mais ce n'est pas toujours très facile de faire de l'évang"élisation. Sor est derrière le pont, Béthesda a peu de g-ens comprenant le wolof; quant à Saint-Louis et à Guet-Ndar et Ndar-Toute, leurs habitants indigènes sont inaccessibles. Pour faire de la vraie mission, il ne faudrait pas demeurer à Saint-Louis, combien de fois ne l'ai-je pas dit? Et c'est pourquoi j'ai tant tenu, malg'ré toute la peine que cela m'a donné, à installer solidement l'œuvre de Sor. Nous pourrons y faire beaucoup plus à l'avenir. Je compte que nous y passerons souvent l'après-midi, et que nous visiterons bon nombre de familles. J'ai toujours dit que mes meilleurs moments sont ceux que j'emploie à aller de case en case.
( .( >N \ i;iisi( ).\s.
Et mainleiianl , pour rire complet, je dois vous parler de nos encourai^cuienls. Il seinhleque le vent de l'Ksprit ait connnencé à souiller sur notre Ei»lise. Oli ! c'est encore bien [)eu de chose, et notre ambition n'est pas satisfaite. Mais enfin, après le calme mort de ces dernières années, c'est pour nous un bien grand encouragement de sentir la légère brise qui commence à g-onfler nos voiles. Depuis un certain temps, je me suis senti pressé de placer mes auditeurs en face des questions capitales de l'Evangile, et de leur faire entendre de pressants appels. Et mes efForts ne sont pas vains. Moussa Diara, de Béthesda , a beaucoup réfléchi et désire se convertir; je lui ai parlé plusieurs fois, un travail s'opère en lui. Sohna et Tiané, les deux grandes filles de la maison, sont également bien disposées. Avec celle-ci surtout, j'ai beaucoup causé, et si le sentiment du péché lui manque encore, j'ai du moins l'impression qu'elle cherche. Quant à Ami, de Béthesda, elle m'a positivement déclaré l'autre jour qu'elle est chrétienne. Je n'ai pu encore me rendre compte de la profondeur de ses sentiments; je veux beaucoup la voir pour l'encourager et la fortifier. Jugez si son aveu a réjoui nos cœurs. Lissa, aussi, l'aînée de nos élèves, s'est déclaré convertie. Nos autres fillettes ne marchent pas mal.
Les charpentes de Sor sont debout, il ne reste
que les vérandas. C'est vraiment joli à voir, et les visiteurs ne manquent pas, noirs et blancs. Mais nous ne serons pas prêts pour Noël : une dernière fois nous aurons notre fête à Saint-Louis.
Groupe d'indigènes à Béthesda.
Organisation de l'activité missionnaire à Sor : chapelle et presbytère, école du dimanche, école de semaine. — Arrivée de M^^^ Lasserre.
i3 janvier i8g4.
Je commence à voir la fin de nos travaux à Sor, et cela avec un inexprimable soulagement. Il faudrait ne pas quitter les ouvriers d'une semelle, et le moyen, avec le travail qui vous tombe chaque jour sur les bras ? Enfin cela s'achève et prend tournure. Encore un mois et Nichol prendra possession de son presbytère, et la chapelle sera inaugurée. Grand jour que celui-là ! Puisse-t-elle être véritablement un Béthel, une maison de Dieu !
Il me tarde de me remettre vigoureusement à l'œuvre spirituelle. Il nous faut profiter du temps présent, car il est favorable. Nos appels sont pressants. Demain, je parlerai sur le mot d'Agrippa à Paul : « Tu
me persuades presque d'être chrétien, » pour montrer le danger du presque^ et pour exhorter mes auditeurs à devenir tout à fait chrétiens.
Nos fêtes de Noël ont été bonnes. Les services français et wolof ont été très nombreux. La fête des enfants a bien réussi avec notre Jîlao, un arbre du pays qui remplace assez bien le traditionnel sapin.
Le Comité a décidé en principe l'envoi d'un second missionnaire à Saint-Louis. Quelle joie ! Malheureusement il reste à trouver l'homme. Espérons que ce sera vite fait. Le travail est considérable, c'est bon signe. L'œuvre est en bonne voie, et les conversions qui se sont produites récemment nous ont donné un nouveau courag-e. Dieu veuille que ce ne soit pas tout, et que d'autres profitent de ce que l'Esprit de Dieu passe sur nous pour ouvrir leur cœur à son influence.
9 mars.
Nos réunions à Sor ont commencé dans notre chapelle, et sont bien suivies. Nous avons eu un bon culte d'inaug-uration le i8 février. On nous écoute bien. Mais beaucoup de gens se méfient, car ils nous considèrent comme les ennemis de l'islamisme (ce qui est vrai en un sens), aussi n'est-ce pas toujours facile de se faire écouter, quand on parle de Jésus. On les voit alors qui chuchotent, qui sourient, ou qui se moquent. C'est toute une étude, pour savoir comment s'y prendre avec eux, et j'avoue qu'à cet égard, j'ai encore mes expériences à faire.
Ce qui manque dans ce pays-ci, comme dans bien
« L'(KrviiK i)i: son i:st la.nckk. »
(l'aulres, lirlas ! ce sont des $^ens aient Faim et soif des choses Je Uieu. Dans notre ville, il semble (jue la recherche de l'argent et des phiisirs absorbe tontes les pensées, de sorte que, quand vous venez à [)arler à (juel([u'un de son ame, il vous prend j)our un fâcheux, ou pour nn importun. Il y a des exceptions, mais elles sont rares.
7 avril.
Je commence à voir un peu clair dans mon travail. Les fêtes de Pâques sont toujours un moment de presse. Tout s'accumule dans l'espace de quelques jours, aussi éprouve-t-on ensuite le besoin de se détendre un peu. La course que nous avons faite l'autre jour à Diaoudoun, à douze kilomètres de Saint-Louis, a été une vraie détente. Nous en avons d'autant plus joui, que nos fêtes de Pâques s'étaient passées à notre pleine satisfaction, nos auditoires français ont été exceptionnellement nombreux, en sorte que nous avons été fort encourag-és. Beaucoup d'Européens et même de mulâtres sont lassés du catholicisme et cherchent quelque chose de mieux; ils forment un petit noyau de fidèles autour duquel se g-roupent les curieux. Un pasteur aurait une belle œuvre à faire, aussi faut-il espérer que Saint- Louis possédera bientôt son pasteur officiel.
Notre œuvre de Sor est maintenant lancée. C'est le mauvais moment de l'année, celui du jeûne des musulmans, en sorte que pendant la journée ils ne sont bons à rien. Le jeûne finit jeudi prochain. A ce moment, nous redoublerons d'efforts pour attirer du monde à
notre chapelle. Je viens de recevoir de Genève un appareil à projections ; les vues représentent des sujets religieux, et me permettront d'annoncer l'Evangile de manière à être écouté.
Nous venons de commencer une école du dimanche en wolof qui promet de compter des élèves. Nos deux aînés, Albert et Jacques, j sont moniteurs ; Nichol en est spécialement chargé.
Il me tarde d'ouvrir l'école de semaine, avec Bilali ; pour faire du bon prosélytisme, il faut soustraire les enfants aux écoles arabes. N'aurions-nous que dix élèves, la semaine, que ce serait déjà un bon commencement.
17 avril.
Nous avons eu, mardi dernier, notre première séance de projections dans notre chapelle de Sor : elle a bien réussi. C'étaient seize vues sur la vie de Jésus. Beaucoup de monde. Cela m'a permis d'annoncer l'Evang-ile à bien des gens qui ne l'avaient jamais entendu. Sous peu, je recevrai d'autres vues, afin d'avoir un programme très varié. De cette manière les enfants et les adultes prendront l'habitude de venir à notre lieu de culte. Notre école du dimanche, et notre service d'évangélisation ne pourront qu'en bénéficier.
Je ne puis pas vous dire combien cette œuvre de Sor nous tient au cœur et nous donne de la joie. Certes les succès ne sont pas éclatants. Je crois même que nous aurons de bien grandes résistances à vaincre. Mais nous faisons là, au moins, de la vraie mission,