OT
Chacun comprend d’ailleurs son intérêt selon sa mentalité. Comment pourrait-on, par exemple convaincre un individu qu'il ne doit pas s'approprier une fortune qu’il a trouvée sur une route, s’il considère qu’il est de son intérêt de la garder.
On pourra sans doute lui dire qu'il commet un vol et qu’il s’expose ainsi aux rigueurs de la justice. Ges considérations ne le troubleront guère s’il estime que l’on ignore dans quelles conditions et à quelle époque il s’en est rendu maître; il est des cas dans lesquels le délinquant est en effet presque assuré d’échapper à la répression.
Bentham pourrait sans l’émouvoir lui dire que ce secret est lourd à garder, si c’est un homme peu communicatif, capable de garder des secrets, même pesants.
Il ne sera pas enfin possible de l’intimider en lui faisant songer à la justice divine s’il ne croit point à au-delà. 2. |
Pour des gens doués de cette mentalité, ebils ne sont pas rares, la doctrine de Bentham est inopérante. Elle s'adresse à'une moyenne composée de calculateurs presque identiques, qui ont de toutes choses la même conception médiocre.
Mais la société n’est pas exclusivement composée d'individus aussi semblables et moyens; sous une apparence d’uniformité, les variétés les plus étranges se cachent. EL si chacun estime, qu'avant tout autre but il doit rechercher son propre intérêt qui deviendra la : fin exclusive de sa vie, on ne pourra jamais blâmer
sincèrement celui qui, pour réaliser ses désirs, aura
causé un préjudice à l’un de ses semblables, ou aura transgressé La loi.
L'identité des intérêts qui n’est qu’une chimère n'arrive point à unir'les hommes. La sympathie y parviendra-t-elle ? *
Parce que l’homme est égoïste, soutient és il est sensible aux plaisirs sympathiques.
Nous ne voudrons jamais nuire à nos semblables car nous souffrons de ce qui les afflige.
Mais on s'aperçoit rapidement que le principe de la sympathie est loin d’être universel, car chaque jour, dans notre vie, des gens, qui sont sans doute des exceptions, n'hésitent pas à nous faire souffrir, et n’éprouvent cependant aucun remords, aucune douleur de la peine qu’ils nous ont causée. , |
Il est des hommes auxquels la sympathie des autres est indifférente; ils se suffisent à eux-mêmes.
D'autre part, pour que l’on témoïgne à un individu de la sympathie où de l’antipathie à l’occasion d’une action, il faut quelle ne reste point ignorée. Ces deux termés sont donc seulement 16 reflet des consé- Œquences socialés de toute action qui, pour Bentham, devient, selon qu’elle produit l’un ou l’autre, bonne ou mauvaise; quand elles disparaissent, une action qui sernblerait cependant criminelle aux veux de tous, resterait, si l’on suivait cette doctrine, absolument indifférente. :
C'est à des conséquences extrêmes et inadmissibles que conduit cette théorie.
Le criminel de Bentham est un froid calculateur
LE 9m
qui ne possède ni vices ni passions, mais seulement une mébranlable raison. Il pense, compte et se détermine, et s'il commet une mauvaise action, c’est le résultat d’un calcul erroné.
Après avoir fait appel à lharmonie des intérêts et à la sympathie, Bentham s'aperçoit qu’elle sont l’une et l’autre insuffisantes à unir les hommes; une seule chose les empêchera de se nuire, c’est la force, c’est la contrainte. |
Et c’est à ce dernier terme que se réduit toute l'œuvre du législateur que Bentham divise en deux parts : fixation des droits, qui sont des bénéfices pour ceux qui en jouissent ; établissement des obligations, qui sont une charge pour tous ceux à qui elles
sont imposées.
Mais ces deux notions se ramènent à une idée
unique et fondamentale : celle du délit.
Le législateur ne peut disposer que de l’autorité de la force;.cil ne peut appuyer le droit que sur la force, la loi que sur la peine, la faute que sur le délit ». 1
On ne peut concevoir une loi sans coercition ni sanction, une sanction sans souffrance, et puisque toute loi amène fatalement ? à sa suite une souffrance, la loi est un mal. Et l'on ne peut cependant sortir de: cette impasse : d’une part, il est impossible de créer des droits sans créer des obligations et des délits, on ne peut protéger la liberté sans la restreindre,et de l’autre, toute restriction est une souffrance, el par conséquent
un mal.
Crest (d'ailleurs “hop ROME raison | ane Benthan
choix des maux.
de