‹ Bentham CriminalisteChapitre 42 sur 67 · A GR · texte numérisé non relu

A GR

Bentham suppose par conséquent le désistement volontaire de l’agent, et l’on peut à juste titre s’étonner, qu'après un acte, dont on doit savoir à l’auteur un certain gré, il veuille sévir contre lui. Si la tentative ne reste à cet état que par suite de circonstances indépendantes de sa volonté, il serait injuste de le laisser impuni et de donner ainsi une prime à un heureux hasard ou à sa maladresse.

Mais si, après avoir préparé son délit, le délinquant ne le commet pas par suite d’un désistement volontaire, pourquoi son acte serait-il réprimé ? Une peine, quelle qu’elle soit, lui ferait peut-être regretter de n’avoir pas exécuté ses premiers projets.

Elle serait inutile, car ce serait un mal qui n’aurait point l’excuse de la nécessité, et elle serait injuste. Enfin, par exception, elle s’appliquerait à des intentions qui appartiennent au domaine de la morale et non point à celui du droit pénal.

Et la crainte et l’alarme semées ainsi dans la société ne seraient-elles pas pires que le mal dont elle fut un instant menacée ? Et des intentions qui ne troublèrent en rien son calme, ne sont-elles pas de ces choses qu’il vaut mieux ignorer plutôt que de les connaître ?

Mais il est une chose que l’on semble trop souvent méconnaître : c’est que l’indigence est l’une des principales causes de tous les délits.

La pauvreté, la misère, poussent l’homme à commettre bien des crimes; c’est un motif à peu près irrésistible, car il faut une dose de vertu et d’abnéga-

tion vraiment surhumaines pour se résoudre à se sen-

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tir mourir un peu chaque jour. À côté de la perspective certaine d’une mort affreuse, toute autre peine paraît bien douce.

À de tels maux, il n’est que deux remèdes : l’épargne et la contribution volontaire.

Mais la ressource de l'épargne est insuffisante; elle est même inexistante pour une classe nombreuse composée de tous ceux qui, par le produit de leur travail, gagnent exactement ce qu’il faut pour ne point mourir de misère et de faim.

Il ne reste que la ressource des contributions volontaires, fort incertaine, car elle dépend de la fortune et de la générosité humaines, et très inégale, car les plus vertueux, pour soulager des misères, s’imposeront parfois des sacrifices méritoires.

Enfin Bentham estime, dans un raisonnement infiniment utilitaire et calculateur, que l’on retrouve avec un profond déplaisir lorsqu'il s’agit de sentiments si spontanés dans leur nature et dans leurs manifestations, « que c'est une sympathie tendre, mais triste, qui préside à ces actes généreux.

«Cen’est pas l’espoir d’un plaisir qu'on achète à ce prix, c'est le tourment de la pitié dont on veut se libérer par le sacrifice. »1

Mais ne serait-ce point l'indice d’un cœur généreux et compatissant, capable des plus beaux sacrifices, que de ne pouvoir supporter sans essayer de le diminuer et de l’adoucir, le malheur qui frappe des étran-

gers ?

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