‹ Bentham CriminalisteChapitre 46 sur 67 · HR COR · texte numérisé non relu

HR COR

Grâce au premier système on fait entrer dans l’exercice de la justice des individus qui n'ont pour cette fonction aucune des compétences qui sont nécessaires.

Avec leur bonne volonté, ils apportent leur inexpérience : dans le corps de la magistrature composée de gens choisis pour leurs connaissances et pour leur conscience, ce sont des profanes que le hasard charge un jour d’une mission à laquelle ils ne furent point préparés.

Quelle que soit leur honñèêteté et leurs scrupules, ils manqueront de cette habileté, de cette dextérité qui sont, chez des magsitrats professionnels, le résultat d'un long travail, d’une connaissance éprouvée des mœurs, du caractère et des subterfuges desdélinquants, qui leur permet de déjouer leurs plans, et de deviner la vérité dans un demi-aveu, dans une rétractation ou même dans un tissu de mensonges habilement présentés.

Sur des accusateurs novices, les délinquants auraient toujours un avantage bien néfaste pour la sécurité de la société et peur le respect des lois.

L'offre d’une récompense qui permettrait de trouver plus facilement un accusateur ajouterait un nouvel inconvénient à tous ceux du système précédent; par une autre récompense donnée par le coupable, l’accusateur pourrait être gagné à sa cause, et par une véritable trahison, les preuves disparaïîtraient et la loi serait odieusement transgressée.

Dans l’un et dans l’autre de ces deux systèmes, ja

garantie de la loi s’évanouit aisément; le sort de la

justice, la sécurité sociale dépendent d’un individu qui ne peut être que malhabile parce qu'il est un novice inexpérimenté, à moins qu'il ne soit nuisible parce qu’il est malhonnête. ;

Il ne reste plus qu’un refuge : confier Le rôle d’accusateur public à un magistrat.

La sécurité et la vie de la société dépendent de la répression énergique ét efficace des actes qui la troublent et dont la multiplicité entraînerait sa dissolution et sa ruine. hf

Pour cette raison, la recherche et la poursuite des coupables est une charge sociale, et il est naturel de confier ce soin à un magistrat public.

Il ne faudrait pas cependant que cette institution paralyse les bonnes volontés particulières dont le concours à l’œuvre de la justice peut être si précieux ; - elles apporteront à l'application de Ia loi ce contrôle qui ne sera jamais inutile, qui détruira tout arbitraire de la part de l’accusateur qui, s’il était seul maître de la poursuite, aurait la faculté de l’étouffer ou de l’arréter, et posséderait ainsi Cun pouvoir de pardonner supérieur à celui d’un roi. »1 |

La crainte d’inimitiés inévitables pourrait détourner d’un tel rôle les accusateurs volontaires; l’admission d'informations secrètes atténuerait cet inconvénient, et si l’on craignait d'ouvrir ainsi la porte aux délations les plus effroyables, il suffirait de dévoiler l’accusateur

dès que ses dires présenteraient une apparence de ca-

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