‹ Benvenuto Cellini drame en cinq actes et huit tableauxChapitre 41 sur 73 · SC0ZZ0VR · texte numérisé non relu

SC0ZZ0VR

Ah t ne louchez pas b D*'iiv« nuin, madame!

LA DUCHESSE

Eh! ni b ton Benvenuto, ni à Aseanio, innocente. Est-ce que

ABCAinO.

Ne l’aimez pas, Colombe! ne l'aimez pas t

COLOMB!

Ne pas l’aimer ! el pourquoi?

ASCANIO

Parce qu'il tous aime, lui ! parce qu'il tous aime aussi d’amour!

COLOMBE

Et tous m'arez amenée ici !

. Colombe, je voyais le danger de Totre honneur d’un côté, et le danger de mon bonheur de l'autre. Je ne pouvais pas hésiter. Il fatliilaujnur'’hui vous soustraire aux desseins odieux de retlo femme, et Benvonuto seul pouvait y réussir. Pans deux jours, Benvenulo vous demandera au roi pour prix do la fonte du Jupiter, el alors, Colombe, je déclarerai loyalement la vérité à Uouvcnuio, et je vous disputerai mémo il lut.

COLOMBE

Mais il est votre ami, Ascanio!

ASCANIO

Eh I le sais-je maintenant? Je l’aimais certainement autrefois comme mou protecteur, mon maître et mon père. El j'en suis à cette heure à me demander si jo ne le hais pas. Pourquoi serait-il autrement que moi? Pourquoi vous sacrifierai l-il à moi, puisque je ne vous sacrifie pas h lut?

COLOMBE

Mais vous m’aimiez la première !

A SCA MO.

Bon! cela est bien égal à Benvenulo, si impérieux, si entier, si fort, sj habitué h rester le matiro. Il est un peu comme madame d’Fiaiopes, hélas! Est-ce que sa passion raisonne? elle s'impose t Oh ! je sms h présent tout ce qu’il y a d'injuste el de tyrannique dans le génie.

COLOMBE

Mais, après tout, ce n'est pas Benvenulo que j'aime.

ASCANIO

Ah! oui, répétez-moi que c’ert moi, Colombe, et il me semble que l'équilibre sera ré>ablt; il me semble que je serai au moins son égal, si, pour lutter, nous sommes trois, ou comptant Dieu. Si vous m’aimez. Colombe, ju suis sur quo je le vaincrai. El jusqu’ici pourtant, nul homme au muodo n’a pu vaincre Benvenuto Cellini.

BCNVKNirro, qui sort pâle el grave de derrière le rideau.

Vous faites etreur, Ascanio...

COLOMBE

Benvenulo 1

ASCANIO

Lo maître I

BENV8XLT0.

Il y a un homme au monde qui a toujours pu vaincre Ben*©nuto Cellini. Cet homino s’appel e Benvenulo Cellini. (Scozzottf est sortie apres Benvenulo el se tient en arriéra, écoulant J

ASCANIO

Maître!

Vous no dites ptu9 le tyran, Ascanio. Oh ! je no vous en veux pas d’ailleurs. Vous n’ôles pas accoutumé aux obstacles, vous ; vous n’avez jamais eu que la peine do naître. Tout vous a aidé, choyé, fùté. On l'aime tout de suite, ce beau mignon, n’esl-ce pa«, mademoiselle ? C’est tout simple I il est tondre et doux, cl moi, je suis rude et violent. Il vous fai-ail la cour tandis que je m’amusais h vous sculpter, imbécile I Et puis, est-ce qu’on nous aime, nous autres êtres disproportionnés, nous autres t dents, nous autres monstres? Nous sommes faits pour vivre seuls, comme des loups, pour pâtir et pour produire. Le malheur pousse beaucoup au travail. Aussi je m’étonnais; je me di<ais : Mais, Benvenulo, lu tu réjouis dans la pensée d'un promoteur intelligent, d’un ami profond, d'une bien-aimé* charmant-. Ah çh, est-eeque tu baisserais? voilà trois mois quo lu n’as souffert? — Mais aujourd'hui, k U bonne heure! j’ai tout perdu, je me retrouve.

ascanio.

Maître, vous êtes cruel h votre tour.

MKVBNUTO.

Non, enfant, la parole est amère, mais l'action sera bonne.— Il faut songer aussi, vuis-tu, que j’ai dû un peu souffrir.

ASCANIO

Ah I et vous souffrez encore!

COLOMIR.

Il y a dans vos yeux une larme !

BRNVRNL'TO.

Moi, pleurer? allons donc!— Ma lame, écoutez. Souvent quand je sculpte un bloc et quo je le fais jaillir en éclats autour de moi, je plains lo pauvre marbre, et, pour lo con«o1er, jo lui dis: Va, jo tn blesse et |* brise ; mais c’est pour essayer de le faire éternel de beauté. Eh bien, il est un sculpteur plus sûr et plus m.iîtro que moi, que Michel-Ange et quo Phidias ; Dieu. Son marbre h lui, c'est l'homme. La douleur est son ciseau. El quand j** souffre et que jo Sens partir et tomber des morceaux entiers do motmémo, je me dis : Voilà que Dieu travaille à mon âme et daigoe la faire meilleure et plus grand*: merci, mon Dioul

ASCANIO

Ah ! géant, tu ne nous dépasses pas seulement de la tête, tu nous dépasses mémo du cœur !

Ascanio, tu as dit tout à l’heure des choses triries pour moi, mais de# choses bonnes aussi. Lutter contre toi? non ! lu es lo plus fort, (U es aimé! seulement, il paraît que lu t'étill mépris, mon enfant: ma Béatrice est jalouse là-haut et ne veut pas do rivale. Aime donc Colombe ; c’est moi presque qui t'ai forcé do l’aimer. Et si je souffre, jo nui distrairai en vous sauvant. Ascanio, ce quo jo f-iisais pour moi, jo In ferai pour loi, voilà tout! La grâce que jo demanderai au roi, quand j'aurai fondu le Jupiter, ce sera toujours la main do Colombe. Seulement, au lieu de dire: Pour Benvenulo, je dirai : Pour Ascanio. C’est bien simple.

Bien simple et bien grand t

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