‹ Benvenuto CelliniChapitre 15 sur 75 · MP · texte numérisé non relu

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admettre que cette tête soit son ouvrage? Cette considération jetait un sérieux discrédit sur l’attribution.

Au contraire, un document inédit que nous publions plus loin (i) fournit un argument aussi favorable qu’inattendu. Si dans son âge mûr, et alors qu’il était tout préoccupé de sculpture, Cellini a gravé, comme nous allons le voir, huit têtes d’animaux en pierres et joyaux de diverses natures, à plus forte raison est-il probable qu’à cette brillante époque de sa jeunesse, où il paraissait insatiable de s’instruire de toutes choses, il a dû s’exercer dans un travail qui se rattachait aussi directement à sa profession d’orfévre (2).

Et maintenant qu’il est démontré par ce document que Cellini a gravé la pierre dure, la tête de Léda dans le camée de Vienne, loin d’être une objection, devient un argument de plus en faveur de cette pièce par l'analogie de caractère avec la tête du Ganymcde restaurée, œuvre absolument authentique de Cellini. L’attribution nous paraît donc, non pas prouvée avec certitude, bien entendu, mais au moins heureuse et de tout point vraisemblable.

L’ovale du médaillon mesure cinq centimètres sur six, sans compter l’encadrement. Léda, assise, caresse de la main droite le Cygne, placé sur ses genoux; un collier d’or réunit la tête de la Renaissance au torse antique en pierre dure ; le manteau qui tombe de l’épaule gauche et couvre la partie inférieure du corps semble être en drap d’or; la muraille placée derrière la tête de Léda est rayée d’or et d’émail bleu ; le sol émaillé de vert simule un gazon. Devant elle se tient l’Amour appuyé sur son arc et portant un carquois d’or rempli de flèches. Un émail blanc imitant la carnation recouvre son corps; près de lui se trouve une sorte de petite balustrade décorée de dessins bleus, et dans le fond, près des niches et des fenêtres du temple, l’émail simule du marbre tacheté.

L’encadrement, composé de rinceaux, est orné de huit fleurs de lys, dont quatre, en émail bleu et rehaussées chacune d’un diamant, sont placées alternativement avec les quatre autres d’émail blanc et portant des rubis.

Hercule et le Lion de Némée.

Mentionné à la Vita et au Trattato dell' Oreficerta.

Cette médaille, en or, était, comme la précédente, destinée à être portée au chapeau ; elle représentait Hercule au moment où il déchire la gueule du lion. Les deux figurines, repoussées en ronde bosse, étaient tellement détachées du fond, qu’on voyait à peine les points par lesquels elles y tenaient.

Cet ouvrage fut exécuté à Florence en 1528, pour un gentilhomme siennois nommé Girolamo Marretti. Michel-Ange étant venu plusieurs fois voir et encourager Cellini tandis qu’il y travaillait, l’artiste, excité par l’intérêt que lui portait un tel maître, paraît,

(1) Voir ci-après la notice sur Huit Tctcs d'animaux divers , en pierres dures.

(2) Dans le Catalogue de la collection des autographes de Benjamin Fillon, vendue le 15 juillet 187g, nous relevons d’autre part : « N° 2105, Cellini (Benvenuto). Rome, 2 juin 1526. Lettre ayant trait à une bague qu'il exécute et à une cornaline qu’il a remise à Giacomo Sansovino. »

RECHERCHES SUR SON ŒUVRE

d’après son récit, avoir dû se surpasser dans son ardeur à bien faire. Lorsque Michel- Ange vit l'œuvre terminée, il examina très-attentivement le mouvement des figures, les contours, le jeu des muscles, et il dit : « Si cet ouvrage était grand, s’il était de marbre ou de bronze, et conduit à ce point de perfection, ce serait une étonnante merveille. Tel qu'il est, je le trouve si beau, que, à ma connaissance, les orfèvres de l’antiquité n'ont rien produit de meilleur. »

Atlas portant le monde.

Mentionné à la Vita et au Trattato dell' Oreficeria.

Ce joyau avait la forme d'une médaille. Sur un champ de lapis-lazuli se détachait la figurine d’Atlas, en or ciselé, supportant de ses épaules et de ses deux mains un globe de cristal de roche sur lequel étaient gravés les signes du Zodiaque et quelques autres dessins se rapportant au firmament. Le champ de lapis-lazuli avait lui-même une riche monture d’or, composée de feuillages et de fruits délicatement ciselés.

Comme X Hercule et le Lion de la pièce précédente, V Atlas avait été repoussé en bosse dans une plaque d’or, à l’aide de martelets et de ciselets; le travail avait été achevé avec tant de soin, que la figure avait l’aspect d’une petite statuette et ne tenait au champ que par deux fines attaches d'or.

Au bas de la médaille, on lisait l'inscription : « Summa tulisse jdvat. » La composition du joyau était une allusion aux sentiments d'un jeune homme nommé Federigo Ginori, lequel, épris d'une dame de très-haut rang, avait imaginé de faire graver cette devise pour accompagner une figure d’Atlas. Il communiqua son projet à Michel-Ange, et le maître, qui tout récemment avait apprécié la médaille d 'Hercule et le Lion de Nhnèc, s’empressa d’adresser le jeune amoureux à Benvenuto.

Ce nouveau travail fut exécuté à Florence en 1528, -et Ginori étant mort peu de temps après, le bijou échut à un de ses amis, messire Luigi Alamanni (1), ce poète aimable qui pour des raisons politiques dut passer une grande partie de sa vie en France, où il jouit de la faveur de François I' ", et plus tard de celle de Catherine de Médicis. Luigi Alamanni offrit à François I" la médaille de X Atlas , et c’est ainsi que l’attention du Roi aurait été appelée sur l'orfévre.

Qu’est devenue cette pièce intéressante? On l’ignore; mais Francesco Tassi, dans les notes de son édition de la Vita, parle d’un dessin du Zodiaque fait à la plume par Cellini, et qui était sans doute une étude pour la gravure du globe de cristal de roche figurant la sphère céleste. Il avait été relevé par Bartsch dans le Catalogue raisonné des dessins originaux du prince de Ligne.

Fermoir de pluvial du Pape Clément VII.

Mentionné à la Vita et au Trattato dell ’ Oreficeria.

Ce bijou, en or repoussé, ciselé et enrichi de pierreries, fut exécuté à Rome pen-

(1) Voir page 48. Cellini parle aussi de Luigi Alamanni à propos de la fameuse Salière de François 1".

dant les années 1530 et 1531 ; il présentait une surface ronde et ne mesurait pas moins d’une palme de diamètre, d'après ce qu’en dit l’artiste au Traite de 1 Orfèvrerie : « Questo bottone era délia grandezza quanto âpre una mana in circa, un palmo per ogni verso ; et era tondo. » Et ailleurs : « Questo si era d’oro, e fecesi délia grandezza d'un tagliere ordinario da tavola », c’est-à-dire de la grandeur d’un tranchoir ordinaire de table (1).

D’après le texte de la Vita, le Pape voulut que ce fermoir fût rond, de la forme et de la grandeur d'un petit tranchoir : « Il quale si fa tondo a foggia d'un tagliere, e grande quatito un taglieretto di un ierzo dibraccio. » Comme la forme, le sujet lui était imposé : l’artiste devait représenter Dieu le Père en demi-relief, placer au milieu de sa composition un énorme diamant, et disposer plusieurs autres pierreries dans l’ornementation.

Le gros diamant, taillé en pointe et à facettes, « in punta a faccette », avait été acheté trente-six mille ducats par Jules II (2). Ses dimensions faisaient précisément la difficulté du problème.

A peine Cellini eut-il reçu l’ordre de présenter un modèle, que tout aussitôt d’autres orfèvres, notamment Michelotto (3) et le Milanais Pompeo, l’un et l’autre déjà au service du Pape, s’efforcèrent de s’emparer de cette commande, et, dans l’espoir quelle serait retirée à leur rival, ils soumirent, eux aussi, leurs projets. Mais tous avaient placé le diamant au milieu de la poitrine du Père éternel, de telle sorte que la figurine se trouvait écrasée par cet ornement disproportionné. Clément VII y vit un manque de goût, et il écarta leurs dessins. Au contraire, il approuva le modèle de Cellini, qui avait su éviter cet écueil en représentant Dieu le Père assis, donnant la bénédiction, et en plaçant au-dessous le gros diamant, soutenu par de petits anges et disposé comme pour servir de piédestal à la figurine. La tête et les bras de celle-ci étaient en ronde bosse, le reste du corps en fort relief, « di buon rilievo », et attaché au champ. Tout autour, une quantité de petits anges se jouaient dans les plis de son manteau et au milieu des pierreries ; les uns étaient en ronde bosse, d'autres en haut relief, d’autres enfin en basrelief (4) ou même simplement en profil, « solamente projjïlati ».

Cellini parle souvent de cet objet, que par un travail assidu il parvint à terminer assez promptement, et qui paraît lui avoir fait grand honneur. Il employa pour son exécution les mêmes procédés que pour les médailles de béret; mais la pièce étant de plus grandes proportions, les difficultés se trouvaient par là même infiniment augmentées. Après avoir achevé avec beaucoup de soin un modèle de la dimension exacte que devait avoir le fermoir, il prit une plaque d’or d’un doigt plus large tout autour, et commença par repousser la figurine représentant le Père éternel, jusqu’à ce qu’il eût fait ressortir tout à fait la tête et les bras, qu’il termina en ronde bosse; il repoussa ensuite le reste du corps, qu’il laissa néanmoins attaché au champ. Il opéra de même

(1) Le tagliere ou tranchoir était une planchette de bois, de forme circulaire, sur laquelle on plaçait les aliments au moment de les couper. On donnait aussi le nom de tagliere aux petites assiettes.

(2) Traité de l’ Orfèvrerie.

(3) Vasari a parlé de cet habile artiste, qu'il nomme Michelino.

(4) Traite de /' Orfèvrerie.

RECHERCHES SUR SON ŒUVRE

pour les petits anges, au nombre de quinze, que par des reliefs variés avec art il mit ;'i différents plans, autour et au-dessous de la figure principale. Le Pape prenait- un vif intérêt à ce travail; plusieurs fois par semaine il faisait venir son orfèvre pour juger des progrès de l’œuvre.

Quant au diamant principal, Benvenuto le fixa par quatre petites griffes et le laissa entièrement découvert : « Io h legai in quattro branchette tutto scoperto, percli'e in quel modo noi vedemmo che facev a meglio. » Parmi les autres pierreries distribuées autour, il cite deux grands rubis balais, deux grands saphirs et quatre émeraudes de belle grandeur : « Dua grau balasci , e dua gran zaffiri molto belle gioie, et quattro smeraldi di bella grandezza. » La pièce devait être en outre rehaussée d’émaux (1); le fond orné de masques et de coquilles, était muni d’une agrafe par laquelle il s’attachait à la chape.

Vasari parle avec beaucoup d’éloge du bouton de pluvial du Pape Clément VII ; Cicognara, qui l’a peut-être vu, le loue également. Bottari, dans ses notes à Vasari, dit que, de son temps, ce bouton était encore conservé au château Saint-Ange, et qu’on 1 en retirait avec les tiares, en présence des notaires chargés d’en dresser acte, les jours où le Pape officie, à Pâques, à Noël et à la Saint-Pierre. Après lui, G. P. Carpani et Fr. Tassi ont reproduit la même assertion (2).

Il est certain qu’aujourd’hui il ne reste aucun dépôt de ce genre au fort Saint-Ange, ou 1 on ne voit plus que les grandes caisses vides qui renfermaient aux siècles passés les trésors des Papes. Le bouton de Cellini, s’il se trouvait là, y était conservé avec plusieurs centaines d’autres objets précieux : et la formalité des notaires n’était pas réservée à ce seul bijou ; elle s’accomplissait pareillement pour toutes les autres pièces, quand il y avait heu. C’est ainsi, d'ailleurs, que dans tous les pays, lorsqu’on sort de leurs dépôts les joyaux des Souverains pour quelque grande cérémonie, il en est dressé acte. Bottari, qui annotait Vasari en 1760, devait dire vrai quant à la conservation du bouton. Mais lorsque Carpani, en 1821, et Fr. Tassi, en 1829, répétaient le même fait, cela avait cessé d’être exact. Leur assertion nous avait entraîné à des recherches patientes, mais infructueuses, car le bouton de pluvial a disparu, et M. Eugène Piot a bien voulu nous faire connaître dans quelles circonstances. Pour faire face à l’une des contributions de guerre qui lui furent imposées par Bonaparte, au temps des campagnes d’Italie, le gouvernement pontifical dut prendre les mesures que lui dictait la nécessité. Peut-être plus soucieux de garder le numéraire que les bijoux et l’orfèvrerie d’art, qu’il n’était d’ailleurs pas sûr de conserver, il fit démonter toutes les pierreries et fondre tous les vases sacrés ou profanes qui n’étaient pas nécessaires au culte. Le bouton de chape de Clément VII fut au nombre des objets sacrifiés. Un des exécuteurs de cette triste besogne, alors ouvrier chez l’orfévre du Pape et plus tard orfèvre lui-même du Souverain Pontife, a rapporté le fait avec beaucoup de précision. Cet artiste , mort aujourd’hui, avait environ soixante-dix ans lorsqu’il eut occasion de donner

(1) « rispetto ail’ averla a smaltare. » Tmttato delV Oreficeria , édition Carlo Milanesi p. 9i.

(2) Voir ci-après, chapitre IV, la notice relative à une médaille de Clément VII sur laquelle M. J. Arneth a cru reconnaître le bouton de pluvial de Cellini.

à M. Eugène Piot, il 7 a déjà nombre d’années, ce renseignement utile à noter, quoique bien fait pour nous attrister.

Un anneau d’or pour le Pape Paul III.

Mentionné à la Vit a et au Trattato dtiï Oreficeria.

Charles-Quint, à son passage à Rome, en 1536, ayant fait présent au Pape d’un trèsbeau diamant, Cellini reçut ordre de le monter en anneau à la mesure du doigt du Pontife. Le diamant avait coûté douze mille écus à l'Empereur; il avait été monté d’abord par un ouvrier de Venise, du nom de Miliano Targhetta, le plus habile homme qui fût alors dans l’art de colorer un diamant. Les quatre joailliers chargés par Paul III de suivre le travail de Cellini furent unanimes, au dire de celui-ci, à reconnaître que la coloration qu'il avait trouvée était encore supérieure à celle de Miliano, et qu’elle augmentait la valeur du diamant (1).

Parures de Francesca Sforza.

Mentionnées à la Vita.

Francesca Sforza, fille de Bosio, comte de Santa Fiora, avait épousé Girolamo Orsini, seigneur de Bracciano. Son fils, Paolo Giordano, qui s'illustra aussi dans les armes, obtint la main d’Isabelle de Médicis, fille de Cosme I ", et fut créé duc de Bracciano.

L’artiste n’a pas donné la description des parures d’or et de pierres fines de Francesca Sforza, mais il dit qu’il y travaillait à Rome en 1538, avant son incarcération. En effet, dans l’inventaire de sa boutique, dressé par le notaire, sur l’ordre du gouverneur, à la date du 23 octobre de cette même année, on lit le paragraphe ci-après :

« Ledit jour, par l’ordre du Révérendissime Seigneur Gouverneur, nous nous sommes rendus

(1) Ce qu’au Traité de l'Orfèvrerie Benvenuto dit de la monture des pierres précieuses et des diamants est encore vrai aujourd’hui. Sa manière de relever leurs feux, en plaçant dans le chaton ce qu il appelle le spccchietto, ou diverses teintes habilement préparées et variées d’intensité, suivant les besoins, correspond à l’emploi de ce que les modernes appellent la feuille ou le paillon. Néanmoins la mode, surtout en ce qui concerne le diamant, a de notre temps entraîné une fâcheuse révolution. Persuadées que la plus précieuse des gemmes ne donne tous ses feux que par la monture à jour , les dames ne veulent plus aujourd’hui entendre parler d’autre méthode. Le diamant taillé en conséquence affecte la forme d’un clou ; on le voit aussi complètement que possible, et il est facile de reconnaître s’il a quelque défaut. Il en résulte un avantage purement matériel, c’est qu’au premier aspect un œil un peu exercé peut évaluer à sa juste valeur marchande la parure d’une femme ; et le luxe orgueilleux y trouve sa complète satisfaction. Mais le goût le plus délicat de l’artiste est par contre sacrifié, car alors n’apparaissent plus dans la monture ni le dessin ni la composition d’un maître. Le premier ouvrier venu suffit à ce travail mécanique, toujours le même. Que l’on évoqué alors par la pensée ces charmants bijoux du seizième siècle, où les pierreries, enchâssées au milieu de figurines repoussées dans le champ d’or et rehaussées d’émaux, mêlaient leurs feux à l’éclat du métal et à la coloration variée de ces émaux. C’est alors que l’artiste se préoccupait avec raison d’ajouter aux éclairs des diamants des teintes variées destinées à jouer leur rôle dans l’heureuse harmonie de l’ensemble, donnant ainsi au goût le plus délicat sa plus entière satisfaction! Sans doute il n’est pas aisé de lutter contre les courants de la mode; cependant, quelques orfèvres de nos jours, en tête desquels on doit nommer M. Froment-Meurice et M. Falize, savent encore produire de beaux bijoux émaillés que ne désavoueraient pas les maîtres du seizième siècle.

RECHERCHES SUR SON ŒUVRE

à la maison dudit Benvenuto, à l'effet de vérifier les objets et les joyaux qui lui ont été remis par le Très-Illustre Seigneur Girolamo Orsini ; et dans le but de les restituer à lui et aux siens, ayant ouvert la boîte, nous avons trouvé :

« D abord un morceau d or du poids de deux morceaux de plomb que présentèrent Laurent et les autres mandataires dudit Illustrissime Seigneur, assavoir D. Luca, Giovanni Ungalitto et D. Benedetto, ses familiers. Lesquels déclarèrent et affirmèrent, sous la foi du serment, qu'ils reconnaissaient trois diamants, six rubis, deux émeraudes, comme il est noté sur une cédule qu’ils ont produite.

« Item, un camée de peu de valeur. Item, ladite quantité d’or pesée d'un poids égal aux deux morceaux de plomb présentés, comme il est dit ci-dessus, pesant treize deniers, ce qui fait en monnaie quatre écus et un tiers. »

Cellini dit que ces ouvrages étaient presque achevés. Des termes de l’inventaire, il semblerait résulter qu’ils ne l’étaient point. Mais il nous paraît probable que la plus grande partie des parures de Francesca Sforza étaient déjà livrées, et que les quelques pierreries avec le morceau d’or et le camée que Girolamo Orsini fit reprendre, dans la crainte de les laisser tomber aux mains du fisc (lesquelles ne rendent pas, dit le vieil axiome), étaient seulement ce que l’orfévre n’avait pas eu le temps de terminer.

Bijoux relevés dans l’inventaire de la boutique de Benvenuto, à Rome, le 23 octobre 1538.

Dans un premier paragraphe se trouvent d’abord notés, entre autres objets, une médaille d’or représentant le dieu Mars, trois émaux sur argent, et une petite bague en or sans pierre.

Un peu plus loin est énumérée la série des pièces, dont voici la liste :

« Item, dans une caisse fermée à clef qui fut ouverte, on trouva les objets ci-après :

» Une petite boîte renfermant un petit vase de prase (plasma). Un rubis dans une petite boîte. Deux couronnes, l’une de lapis et l’autre d’agate, dans une petite boîte. Un bracelet d’or avec huit gemmes. Un poignard avec un manche de lapis et d’or. Deux chaînettes en or. Une chainette d or à maillons carrés. Une autre àferrets d’or, du poids de deux onces, un denier et demi. Quarante-cinq anneaux d’or, avec diverses pierres placées sur six doigtiers. Un anneau d’acier incrusté d or. Un agnus Dei d’or émaillé. Dix médailles d’argent du Pape Clément. Une médaille d'argent du Pape Jules. Une d’or du Pape Paul. Treize écus d’or. Une médaille de cristal a\ec des ornements d or. Une médaille avec une tête d’or dans du verre. Une médaille avec un taureau d’or. Une médaille de cristal avec un ornement d’or. Un gobelet rempli de rubis rouges. Un gobelet renfermant un chrysoprase et une hyacinthe. Une petite boîte renfermant des pierres rouges. Une tète de prase sur une médaille d’or. Plusieurs papiers et une lettre dans lesquels se trouvaient en tout quarante-trois turquoises. Cinquante pierres de sortes et de couleurs diverses dans deux fonds de boîte. Dans un fond de boîte, onze béryls et doublons. Deux perles. Une anse de jaspe. Une hyacinthe gravée enveloppée dans un morceau de papier. Un morceau de lapis de forme ronde. Un anneau de cristal. »

Ceinture de la duchesse Eléonore.

Mentionnée à la Vi 'ta.

Cette ceinture, en or percé à jour, exécutée à Florence en 1545 dans le gardemeuble du duc, était enrichie d’un grand nombre de pierres précieuses, auxquelles

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gants et tous au dehors , que de ses mains bizarres elle terrifie , elle pince , elle égratigne , enfin que de toute sa personne elle est rude, ne sachant rien des procédés de la gracieuse adulation. De sorte que le Capricorne et l’Ecrevisse sont dans le ciel aux deux côtés opposés du Zodiaque.

Huit Têtes d’animaux divers, en pierres dures.

Dans une série de liasses de 1 ’Archivio Mediceo (Filza 37, p. 14), conservé au palais Pitti, se trouve cette mention, que le 13 juin 1559, l’administration de la guardaroba ducale prit livraison de huit têtes de divers animaux, chacune de la grandeur d’une noisette, lesquelles avaient été exécutées en pierres et joyaux de diverses qualités par Benvenuto Cellini. La notice ajoute que ces huit gemmes étaient contenues dans une petite boîte recouverte de cuir noir. Ce document, dont la découverte est le résultat des recherches que nous avons été autorisé à faire faire dans les Archives du palais Pitti, confiées à la garde du très-obligeant archiviste M. le chevalier Soldi, n'est pas sans quelque intérêt pour les curieux, puisqu’il établit que Benvenuto a gravé la pierre fine, bien qu’il ait négligé de le dire dans ses Mémoires et dans ses Traités. Ce fait désormais acquis nous a permis de classer, avec assez de vraisemblance, parmi les œuvres de l’artiste, la pièce précédente ( {'Écrevisse de cornaline ), qu’autrement nous eussions été plutôt porté à considérer comme un médaillon antique.

Cet art de graver les pierres dures, dans lequel les Grecs avaient excellé, on le vit renaître en Italie sous les pontificats de Martin V et de Paul II. Laurent de Médicis et son fils Pierre lui donnèrent une nouvelle impulsion à Florence, lorsqu ils formèrent ces célèbres collections de camées antiques, de cornalines, de sardoines et d autres pierres admirables. Le Florentin Giovanni delle Corniole avait appris à cette école, et il devint un maître de premier ordre dans sa spécialité. Il eut pour rival le Milanais Domenico dei Cammei. Après eux, Valerio Belli de Vicence, Giovanni da Castel Bolognese, Matteo del Nassaro de Vérone, Domenico di Polo de Florence, Leone Leoni d’Arezzo et beaucoup d’autres, se signalèrent à leur tour dans cet art charmant. Il est intéressant d’ajouter le nom de Cellini à la liste de ces excellents artistes.

Bague de mariage de Benvenuto.

Nous n’avons d’autre indication sur cette bague qu’une note au n” 177 de l’inventaire dressé après le décès du maître, par laquelle nous apprenons quelle se composait d’un rubis monté en or, de la valeur de six écus : « Un rubino legato in oro, di valida scudi sci, qualc c qitcllo che lo sposo. »

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