‹ Benvenuto CelliniChapitre 17 sur 75 · Livre d'heures de Charles-Quint · texte numérisé non relu

Livre d'heures de Charles-Quint

Mentionné à la Vita et au Trattato de II' Oreficeria.

Après son expédition de Tunis, l’Empereur étant passé par Rome, Paul III lui fit présent d’un superbe livre d’heures, pour lequel Benvenuto avait été chargé d’exécuter une couverture. La commande lui en avait été faite aux premiers mois de 153b; Charles-Quint étant arrivé le 5 avril de cette même année, le travail n’était pas encore achevé quand l’artiste eut ordre de le lui présenter (1).

La couverture de ce livre, en or massif, était un ouvrage très-richement orné de feuillages, d’émaux et de pierres précieuses. Les pierreries seules, au dire de l’orfévre, valaient environ six mille écus. Quant au manuscrit, orné d’admirables miniatures, il avait été payé plus de deux mille écus par le cardinal de Médicis; le prélat l’avait fait exécuter en vue de l'offrir à Julie de Gonzague (2).

Qu’est devenu ce précieux missel? Il n’existe ni à Vienne ni à Madrid; mais les couvertures de trois livres d’heures ayant été attribuées à l’orfévre florentin, nous aurons à examiner plus loin, dans la troisième partie de notre travail (3), si l’un d’eux répond à ce qu’il a dit de l'œuvre présentée à Charles-Quint. M. le baron Davillier, dans ses Recherches sur l orfèvrerie en Espagne au Moyen Age et à la Renaissance , a reproduit la couverture d’un missel de la fin du seizième siècle, au sujet de laquelle on avait à tort prononcé aussi quelquefois le nom de Cellini, mais qu’il a démontré être un ouvrage espagnol. Le manuscrit et les miniatures, d’une époque antérieure, avaient été probablement exécutés pour Jeanne la Folle (4).

(1) Voir plus haut, p. 35 et suiv.

(2) « Il quale aveva fatto fare il cardinal Ippolitode’ Medici per donare allasignora Julia fli casa Gonzaga. » ( Trattato delV Oreficeria.)'

(3) Voir aux pièces attribuées à Benvenuto les notices sur le missel du Roi de Naples, et sur ceux de Cassel et du South Kensington Muséum.

(4) Ce Devocionario appartient à la Biblioteca Real de Madrid. La reliure est en peau de truie. Les coins, les fermoirs et les ornements du dos sont en or émaillé noir, blanc, orange et bleu. Sur les plats se trouvent les armes de Castille et d’Aragon , surmontées de la couronne royale.

« Un cheval de cire, de la grandeur d’une brasse, ayant dessus une figure et trois autres dessous; ouvrage en ronde bosse, terminé, et estimé deux cents écus.

« Un modèle de cire d’une galère, richement ornée, grande de deux tiers de brasse, estimé cinquante écus.

« Un modèle d un bassin et d'une aiguière, avec beaucoup de figures, valant cent écus. »

Le 17 août, Benvenuto reçut « cent écus d’or à valoir sur le prix dune salière d argent commencée antérieurement pour le cardinal Salviati ». L’artiste raconte dans ses Mémoires les querelles qu’il eut avec Salviati à propos du calice du Pape Clément; la rancune qu’il en avait gardée l’avait détourné sans doute de terminer la salière pour ce prélat.

Le 18 septembre 1 549 > à Florence, Cellini prend encore note que le cardinal de Ravenne lui doit : « Pour les modèles en cire de deux tasses avec des figures en ronde

Divers objets d'orfèvrerie relevés dans l’inventaire de la boutique de Benvenuto, a Rome, le 2 j octobre 1538.

Cet inventaire, dressé sur 1 ordre du gouverneur de Rome, par un notaire commis à cet effet, document que nous avons eu déjà occasion de citer, relève parmi les objets en cours de travail les pièces d’orfèvrerie suivantes :

D’abord, une figurine de plomb, travail d’essai sans doute, exécuté par l’artiste d après son premier modèle de cire, avant de conduire la pièce en or ou en argent.

Ensuite, un bassin d’argent, décoré à l’intérieur d’une figure d’argent; deux aiguières d argent, formant ensemble huit morceaux. Quatre chandeliers d’argent, formant ensemble douze morceaux. Plusieurs morceaux d’argent dans une tasse également d’argent, le tout pesant onze livres et demie.

Modèles de diverses pièces d'orfèvrerie exécutés pour le cardinal de Ravenne.

Benedetto Accolti fut d abord secrétaire de Clément VII, puis évêque de Crémone et de Ravenne. Il venait d être créé cardinal, précisément quelques jours avant le siège du fort Saint-Ange. Benvenuto le cite parmi les prélats qui montaient jusqu’à son bastion lorsqu’il remplissait les fonctions de bombardier. Gouverneur dans la Marche d’Ancône en 1 535, Accolti fut arrêté par ordre de Paul III et enfermé au château Saint-Ange pendant plusieurs mois, sous 1 inculpation de mauvaise administration des deniers pontificaux. Charles-Quint et le cardinal de Gonzague intervinrent en sa faveur et obtinrent sa liberté, à condition qu’il payerait l’énorme rançon de quatre-vingt mille écus. Le cardinal vécut dès lors tantôt à Venise, tantôt à Ferrare et à Florence, où il mourut le 21 septembre 1549. C’était un des écrivains les plus élégants de son temps, et il fut estimé de Bembo, dont il partageait le goût pour les arts.

Un document de la Biblioteca Riccardiana révèle que Benvenuto fut à plusieurs reprises employé par le cardinal de Ravenne, et nous fait connaître des travaux dont il n’est question ni dans la Vita ni dans le Trattato dcll’ Oreficeria.

Etant à Ferrare au mois de septembre 1540, il composa pour ce personnage :

RECHERCHES SUR SON ŒUVRE

bosse, cinquante écus. » De ce document, il semble résulter que le cardinal commandait à Benvenuto des modèles de cire et faisait exécuter les pièces par d’autres orfèvres.

Aiguière et Bassin du cardinal de Ferrare.

Mentionnés à la Vt la.

Ce travail avait été commandé à Lyon par Hippolyte d’Este, cardinal de Ferrare, quand Benvenuto retournait en Italie, après son premier voyage de France en 1537. Cellini l'exécutait à Rome au moment même où Paul III le fit arrêter sur une fausse dénonciation. Dès qu'il eut recouvré sa liberté, l’artiste y travailla encore à Rome près du cardinal, avec ses élèves Paolo et Ascanio, et à Ferrare, lors de son séjour en cette ville en 1540; puis il les apporta au prélat à Fontainebleau, où il eut occasion, dès son arrivée, de les montrer à François I", qui en aurait fait un grand éloge.

Lorsqu un peu plus tard il s’établit au petit Nesle, l’orfévre termina et dora le bassin et l’aiguière. Le cardinal eut l’habile inspiration d’en faire présent au Roi, dont il reçut en retour le bénéfice d’une riche abbaye rapportant sept mille écus de rente.

Il est à regretter que Benvenuto, qui note toutes ces particularités, n'ait donné qu’une description sommaire de son ouvrage. Il se borne à dire que l'aiguière était ornée de figurines en ronde bosse et en bas-relief; que le bassin, de forme ovale (bacino ovafo), était aussi décoré de figurines en ronde bosse et de poissons en basrelief, et que les deux pièces étaient d’une très-riche composition. On trouve dans les documents de comptabilité découverts par le marquis Giuseppe Campori (1), notamment dans le livre des dépenses particulières du cardinal Hippolyte d’Este, tenu par le trésorier Tommaso Mosti et dont nous avons parlé plus haut, des renseignements de quelque intérêt sur ces deux pièces.

En sortant de sa prison du fort Saint- Ange, Cellini avait retrouvé le bassin commencé pour le cardinal, et il le faisait achever par ses deux élèves Ascanio di Tagliacozzo et Paolo Romano, qui le suivirent à Ferrare et en France. Quant à l’aiguière, elle lui avait été volée avec beaucoup d’autres objets de prix, et il dut la recommencer. A Ferrare, on lui fournit le métal nécessaire, et le trésorier Mosti note qu’il lui remit un chandelier et diverses pièces de monnaie pour les fondre, « et ponerle in un bochale de argenta de aqua mano che lui fa, etc. »

Enfin, à Paris, lorsque ce travail est achevé, on retrouve encore le fidèle trésorier notant sur son livre de comptes, à la date du 24 décembre, qu’il a été payé à l'artiste, le 12 de ce même mois, à Fontainebleau, soixante-quatorze écus d'or au soleil, une livre et dix sous tournois « per dorare uno baci/e et uno bochale ovale de argento lavorato a figure che lui fa per il predetto Rm0 Cardinale nostro quale vuole donare Sua Srl,: Rma alla Maiestà dcl Rc Christianissimo ».

Au Traité de l Orfèvrerie , l’artiste explique qu’il avait coutume de fondre le bec, l'anse et le pied des grands vases. Sans doute on peut travailler le pied au martelet,

(1) Notizie inédite dette relazioni tra il cardinale Ippolito d' Este e Benvenuto Cellini. Modem, 1862.

mais il est, suivant lui, préférable d’employer pour ce fragment le procédé de la fonte, qui assure à la pièce une base plus solide et un meilleur équilibre.

Autres objets cL‘ orfèvrerie exécutés pour le cardinal de Ferrare.

Les registres de dépenses cités à l’article précédent révèlent quelques-uns des autres ouvrages d’orfèvrerie confiés à Benvenuto par le prélat. Ce sont :

Quatre chandeliers d'argent, pour lesquels, aux premiers temps de sa sortie de prison, l’artiste reçoit de Girolamo Salvi, clerc de la chambre, cent quatorze écus d’or et trente baïoques.

Une coupe d'argent, au sujet de laquelle il est versé trente baïoques à un tourneur qui doit en faire un modèle en bois : « Per un modello de legnO de una coppa datto a M" Benvenuto, aurifice , per tir arc una coppa de argcnio che lui ha da farc per il Rmo Cardle. »

La monture d’un rosaire. On donne à Benvenuto un écu d’or dont il doit tirer les fils d’or nécessaires à cette monture : « Per far e mostre da paternostri. »

Ces trois articles sont notés sur le registre avant le départ de Rome, qui eut lieu le 22 mars 1540.

Cellini dut certainement exécuter beaucoup d’autres travaux pour le cardinal de Ferrare, mais il n’en est pas resté trace. Plus tard, à Paris, lorsqu’il abandonna le petit Nesle, ses élèves Ascanio et Paolo furent à leur tour employés par le prélat (1).

La Salière de François P. (Voir Pi. Il et ix.)

Mentionnée à la Vita et au Trattato dell' Oreficeria. — Conservée dans le Trésor de la Maison I. R. d'Autriche, à Vienne.

Les tables princières fournirent toujours aux orfèvres 1 occasion de produire de grandes pièces d’apparat. Au Moyen Age, ce furent surtout des hanaps et d autres vases à boire de diverses sortes. L’Allemagne et les pays du Nord en ont produit les plus nombreux spécimens. Avec la Renaissance, 1 art tendant de plus en plus à se séculariser, non-seulement les Souverains et les seigneurs du plus haut rang, mais nombre de gentilshommes et de riches bourgeois rivalisèrent de faste dans leurs festins, au point qu’en France et en Italie des lois somptuaires durent à plusieurs reprises être promulguées pour opposer un frein à des abus ruineux. Les orfèvres présentaient alors leurs doléances, réclamant contre les édits qui entravaient leur industrie. On ne les écoutait guère, mais le goût du luxe était leur puissant complice ; il 1 emportait bientôt, et faisait oublier la menace des lois restrictives. Au nombre des pièces les plus importantes du service étaient les salières, et quelques-unes paraissent avoir joué le rôle dune sorte de surtout de table.

Cellini parle de deux pièces de ce genre : l’une qu’il exécuta au début de sa carrière, à Rome, sur la commande d’un cardinal, et que nous avons relevée plus haut ; 1 autre qu’il fit à Paris pour François I". Celle-ci est parvenue jusqu à nous, et le Irésor

(1) Voir plus haut, p. 68.

RECHERCHES SUR SON ŒUVRE

Impérial-Royal autrichien la possède aujourd’hui. Cette salière semble avoir été une de ses œuvres de prédilection. Après en avoir parlé plusieurs fois dans ses Mémoires, il y revient encore dans son Traité de /' Orfèvrerie , se plaisant à la décrire et à 'rapporter à son sujet diverses anecdotes.

Ce fut à Rome, au commencement de l’année 1540, qu’il en lit le premier modèle. Le cardinal de Ferrare, qui avait récemment obtenu du Pape Paul III la liberté de 1 artiste, 1 occupait à divers travaux et venait le voir chaque jour, accompagné de deux gentilshommes, messer Luigi Alamanni et messer Gabbriello Cesano de Pise.

Le cardinal et ces deux gentilshommes m’engagèrent vivement à composer aussi le modèle d une salière; mais ils voulaient qu’elle sortît tout à fait de l’ordinaire et ne ressemblât en rien à ce qu’on avait exécuté jusqu’alors en ce genre. A ce propos, messer Luigi dit d’admirables choses, et messer Gabbriello en débita de non moins belles. Le cardinal, qui avait pris plaisir à les écouter, charmé des dessins que ces deux hommes de mérite avaient esquissés en paroles, se tourna de mon côté et me dit :

« Mon cher Benvenuto, les deux projets me plaisent tant, que je ne sais vraiment pas auquel « m airêter. Je m en rapporte donc à toi, puisque tu as le soin d’exécuter l'oeuvre. »

<« Je pris alors la parole : « — Vous savez, Messieurs, quels personnages considérables sont « les fils des Rois et des Empereurs; vous savez de quelle divine majesté ils rayonnent. Et pour- « tant demanderiez- vous au plus pauvre, au plus humble berger, s’il préfère ces fils de princes “ à ses propres enfants.'- Vous pouvez être assurés que c’est bien pour les siens qu’il aurait le « plus d amour. Et c est ainsi que moi-mêrne, réservant toute ma tendresse pour les enfants de « mon art, ce sera une œuvre de mon invention que je montrerai tout d’abord à Monseigneur “ Révérendissime, mon protecteur. Beaucoup de choses en effet sont belles à dire, qui se « prêtent mal à 1 exécution. » Et m’adressant aux deux gentilshommes :

« — Messieurs, vous avez parlé; moi, j’agirai. »

Luigi Alamanni, homme d’esprit et de belle humeur, s’amusa beaucoup de la repartie ; mais Gabbriello Cesano paraît en avoir gardé rancune.

« Messer Luigi avait proposé que je fisse « Vénus et l'Amour », accompagnés de tout ce le sujet comporte de gracieux; messer Gabbriello, « Amphitrite , épouse de Nept de tritons et d une foule d attributs », plus faciles à décrire qu’à exécuter. Pour

base de forme ovale de plus d’une demi-brasse, presque de deux tiers de brasse, , t

« / Union de la Terre et de l’Océan », personnifiée par deux figures grandes de plus d’une palme, assises les jambes entrelacées, allusion à ces bras de mer que l’on voit pénétrer dans 1 intérieur des terres. L Océan , caractérisé par une figure d’homme, tenait dans la main une nef d un riche travail, pouvant contenir le sel; de la main droite il portait son trident, et au-dessous de lui étaient placés quatre chevaux marins. La Terre , figurée par une femme aussi belle et aussi gracieuse que j avais pu l’exécuter, avait la main appuyée sur un temple richement décoré, posé sur le sol et destiné à recevoir le poivre; de l’autre main elle tenait une corne d’abondance, remplie de tous les plus beaux produits de la nature; autour d’elle j’avais encore groupé les animaux les plus agréables à voir, tandis que du côté de l 'Océan j’avais placé autant de jolis poissons et de coquillages qu’un espace aussi restreint me le permettait. Enfin, je décorai l’épaisseur de l’ovale de nombreux ornements.

«Je n’eus pas à attendre longtemps le retour du cardinal et de ses deux savants gentilshommes. Quand je leur montrai mon modèle de cire, messer Gabbriello Cesano fut le premier à s’écrier :

« Voilà un ouvrage auquel ne suffirait pas la vie de dix hommes. Et vous, Monseigneur, qui « désirez cet objet, jamais de votre vie vous ne le posséderez. Sans doute Benvenuto a voulu « montrer ses enfants, mais non les donner; car tandis que nous avions proposé des sujets « possibles à exécuter, il nous en montre un qui ne l’est pas. »

que

une, entourée moi , sur une asse, je représentai

« Messer Luigi Alamanni prit alors ma défense. Quant au cardinal, il déclara qu’il ne voulait pas s'engager dans une telle entreprise. Je répondis : « Monseigneur Révérendissime, et vous, « savants gentilshommes, je vous dis, moi, que cet ouvrage, je l’exécuterai, ainsi que je l’espère, « pour celui à qui il est destiné; et chacun de vous le verra achevé et plus riche cent fois que le « modèle; et je compte avoir encore assez de temps pour mener jusqu’au bout bien d’autres « œuvres et de plus d’importance. »

« Le cardinal me dit avec humeur : « — Si tu ne le fais pas pour le Roi, chez qui je vais te « conduire, je ne crois pas que tu puisses le faire pour aucun autre. » Puis il me montra une lettre par laquelle Sa Majesté lui mandait de venir sans retard, en amenant avec lui Benvenuto. Je levai les mains au ciel en m’écriant : » Quand donc viendra cette heure du départ! » Le cardinal me répondit de mettre ordre à mes affaires à Rome, et de me tenir prêt à partir dans dix jours. «

Ce fut en effet en France et pour le Roi François Ie que Cellini put exécuter cette salière. Voici encore un passage des Mémoires qui fait connaître dans quelles circonstances. Le Roi avait visité l’atelier du petit Nesle et s’était montré très-satisfait des travaux de l’artiste, qu’il fit appeler dès le lendemain :

» Quand j’arrivai, écrit Cellini, on était au second service. Le cardinal de Ferrare était à table avec le Roi. Dès que j’approchai, Sa Majesté s’adressa tout de suite à moi et me dit que puisqu’EUe avait déjà de ma main un bassin et un vase d’un si beau travail, il lui fallait encore, pour les accompagner, une belle salière; qu’Elle voulait que je lui en fisse un dessin, et surtout qu’Elle désirait l’avoir très-promptement.

« Je répondis : « Votre Majesté verra ce dessin bien plus tôt qu’Elle ne pense, çar lorsque j’ai « lait le bassin, j'ai pensé qu’une salière devrait nécessairement l’accompagner. Je puis donc lui « montrer à l’instant mon projet, si tel est son bon plaisir. » Le Roi se tournant avec vivacité vers le Roi de Navarre et les cardinaux de Lorraine et de Ferrare : -< En vérité, dit- il, voilà un « homme qui sait se faire aimer et inspirer le désir de le connaître. » Et il ajouta qu’il verrait volontiers mon dessin. J’eus bientôt fait d’aller et de revenir; je n’avais que la Seine à traverser. J’apportai le modèle de cire que j'avais imaginé à Rome pour le cardinal de Ferrare; dès que le Roi le vit, il en parut émerveillé : « — Cela est cent fois plus admirable que je ne l’aurais « supposé, dit-il. Quel homme étonnant! Il ne doit jamais se reposer. » Le visage tout joyeux, il ajouta que cet ouvrage lui plaisait beaucoup, et qu’il désirait l’avoir en or. Le cardinal de Ferrare me fit comprendre du regard qu’il reconnaissait ce modèle comme étant celui-là même que j’avais composé pour lui à Rome. Je lui avais prédit alors que cet objet serait exécuté pour celui à qui le destin le réservait. Je lui rappelai mes paroles; il s’en souvint, et s’imaginant que je voulais ainsi me venger de lui, il en fut irrité au point de dire au Roi : « Sire, ceci est un « énorme travail, et je serais porté à craindre qu’il ne fût jamais terminé. Ces valeureux artistes « ont de vastes conceptions, et ils sont enclins à s’engager dans une entreprise sans en considérer ■< la fin. Si j’avais à commander une œuvre aussi considérable, je voudrais d’abord savoir quand ■< je pourrais l’avoir. » Le Roi répliqua que si l’on devait s’enquérir avec tant de minutie de la lin de toute chose, on n’entreprendrait jamais rien; et par le ton qu’il mit à ses paroles, il fit comprendre que de telles œuvres n’étaient pas l’affaire d'hommes de peu de valeur. Je repris alors : « Les princes qui encouragent leurs serviteurs ainsi que le fait Sa Majesté, rendent faciles •< les plus grandes entreprises; et puisque Dieu m’a donné un si admirable patron, j’espère à " mon tour accomplir pour lui de grands et d’admirables travaux. » — « Je le crois », dit le Roi. Puis il se leva de table, me conduisit dans sa chambre, et me demanda quelle quantité d'or il me fallait pour cette salière. « Mille écus », répondis-je. Aussitôt il appela son trésorier, le vicomte d'Orbec, et lui ordonna de me remettre sur l’heure mille écus de vieil or et d’un bon poids. »

Nous avons reproduit plus haut la description que Cellini a donnée dans ses Mémoires

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eu modèle en cire; celle qu'il fait ensuite de l'exécution définitive n’en diffère presque pas. ajoute seulement que sur la base il disposa, dans des compartiments, quatre figures un peu plus qu'en demi-relief, la Nuit, le Jour, le Crépuscule et X Aurore ainsi que celles des quatre vents principaux. Cependant l'artiste, en terminant son ouvrage ajouta encore à la richesse des détails. Dans un des chapitres de son Traité de VOrfi

T™’1} “ 13 SaHère en ortelIe q-1 "^ssit à l'achever, malgré les pronostics contraires du cardinal de Ferrare et de messer Gabbriello Cesano :

« La figure de Neptune, haute de plus d'une demi-brasse, était sculptée en ronde bosse dans une plaque d or repoussée au marteau et au oiselet (,). Le dieu, au milieu des flots de la mer

“ l" SUr Une C°qU'lle tra'née Par SeS qUatre Chevaux marins , ayant la tète

va, rhP T d“ CTa Ct SC terminant en Poissons. La main droite tient le trident; le bras favais fi appuye sur un esquif très- richement orné, destiné à contenir le sel. Tout autour ] avais figure des ebats de monstres marins.

« En face de Neptune, la Terre était représentée sous la figure d’une femme de même dimension, et travaillée aussi en ronde bosse. Ses jambes étaient entre-croisées d’une façon trèsgracieuse avec celles de Neptune; l’une était étendue, l’autre repliée, pour rappeler les plaines montagnes. Dans une de ses mains se trouvait un petit temple ionique richement décoré servant de poivrière; et dans la main droite j’avais placé une corne d'abondancé remplie d^

« dl côté dfroLl d h FS' DUCÔtéde CettefiSure se mouvaient de jolis animaux terrestres, t du cote de \ Océan de beaux poissons apparaissaient au milieu des ondes. Dans l’épaisseur du

petl“h-,occu pées par des figures personnifiant, les unes t I 1 intemps, 1 Eté 1 Automne et 1 Hiver; les autres, Y Aurore, le Jour, le Crépuscule et la Nuit

mi nre fiierCreT ^ comPlétement remplie d'ébène, dont on ne voyait qu’un trcsl

mince filet en dessous, lequel, par sa couleur noire, faisait valoir la pièce. EnfiJ je k posai sur quatre petites boules d’ivoire d’une grandeur convenable, dissimulées plus d'à moitié' dans

surTae;IlearranSeeSP“UrpiV°terdanSleS e“ailleS du b°is’ da manière que la salkr placé sur la table, pouvait etre tournée dans tous les sens. De cette œuvre, une bonne partie était

emaillee, notamment les feuillages, les fruits, les fleurs, quelques troncs d'arbres fief vagues de la mer et plusieurs autres endroits, selon que l’art le voulait. 1 g

On remarquera que d’après la description de la Vita et du Traité de l'Orfèvrerie ccan c en ait tenir la nef dans sa main, ou y appuyer le bras gauche, tandis que tout au contraire le vaisseau destiné à recevoir le sel est posé à sa droite. De même la me devrait appuyer la main sur le petit temple réservé au poivre, tandis que dans la fameuse sal.ere aujourd’hui conservée à Vienne et dont nous donnons la reproduction, ce te figure porte la main gauche au sein, par un mouvement naturel à Cybèle nourrice du monde, et tient de la droite, non pas une corne d’abondance, mais simplement des fleurs et des fruits. Il ne faut pas oublier que l’artiste décrivait cette pièce de longues années apres lavoir perdue de vue, et que par conséquent d’aussi légères confusions dans ses souvenirs n ont rien que de bien explicable.

D’après la description donnée dans les Mémoires, les figures du socle seraient Au, 0,e, le Jour, le Crépuscule et la Nuit, séparées entre elles par les quatre autres a egories qui représentaient les quatre vents principaux, et non pas les quatre saisons comme il est dit au Traité de V Orfèvrerie. Il n’y a d’ailleurs pas là contradiction, la

(i) Voir plus haut, page 156, les procédés de travail employés par l’orfèvre.

figure qui représente Zcphirc pouvant personnifier en même temps le Printemps, et ainsi des autres vents et des autres saisons.

Au Traite de V Orfèvrerie , nous emprunterons encore une anecdote assez caractéristique des mœurs de cour et de l'esprit de François I" :

„ Lorsque mon travail fut achevé et que je fus en mesure de le présenter au Roi, il m’advint certaine aventure qui terminera ce chapitre et prouvera que les gens de talent n ont rien à craindre des machinations de la méchanceté et de l’envie.

„ Un certain personnage auquel ma réputation et mes succès portaient sans doute ombrage, mais dont je tairai le nom, tenta lâchement de détourner de mon œuvre les yeux du Roi pour m’empêcher de recueillir la récompense de ma peine. Telle est la perversité des âmes viles! Instruit du jour où je devais remettre ma salière, cet astucieux vieillard me fit voir plusieurs petits bronzes antiques d’une réelle beauté. Comme il me demandait mon sentiment, j en fis hautement l’éloge qu’ils méritaient. J’ajoutai même que je les payerais volontiers je ne sais plus quelle somme d’argent; sur quoi mon homme partit l’air satisfait. Le lendemain, il feignit de se trouver là par hasard, et, mettant son dessein à exécution, il choisit juste le moment où je présentais ma salière pour offrir ses statuettes au Roi, en disant à Sa Majesté combien j en avais apprécié le mérite. Le bon Roi parut les regarder avec quelque admiration, puis il s’écria :

„ Quelle reconnaissance ne devons-nous pas aux artistes de nos jours, eux qui nous montrent „ aussi des œuvres qui ne le cèdent pas en beauté à celles de l’antiquité! » En me congédiant, il me fit encore beaucoup de compliments et me récompensa au delà de mon mérite. Et c est ainsi que ce méchant vieillard échoua dans son complot. Il vint ensuite me présenter quelques explications en forme d’excuses sur l’ennui qu’avaient pu me causer ces figurines que depuis longtemps il projetait d’offrir au Roi. Je feignis de ne pas avoir compris son mauvais dessein, bien qu’il eût été certainement d’établir entre les bronzes et ma salière une comparaison au préjudice de celle-ci (i). »

Les amis de Benvenuto furent les premiers à se servir de la salière royale, dont l’artiste leur fit honneur à la table de son château de Nesle. Voici comment il le rapporte dans la Vita :

« Quand je plaçai cet ouvrage sous les yeux du Roi, il poussa un cri de surprise et ne put se lasser de le regarder. Il me dit ensuite de le reporter a ma maison, et que je serais avisé en temps utile de ce que j’en devrais faire. Je le rapportai donc chez moi; tout de suite j’invitai mes quelques chers amis, et avec eux je dînai dans la plus grande joie, apres avoir mis la saliere au milieu de la table; c’est ainsi que nous fûmes les premiers à en faire usage. »

Une trentaine d’années plus tard, lorsque le Roi Charles IX épousa Élisabeth, fille de l'Empereur Maximilien II, il fit présent à l’archiduc Ferdinand d’Autriche de la salière de Cellini. Cet objet fut conservé au château d’Ambras jusqu'au jour où les collections de ce château furent transportées à Vienne.

L’historique de la pièce peut d'ailleurs être reconstitué en entier. Ce fut en 1570 qu’eut lieu le mariage de Charles IX, dont Voisin de la Popelinière a raconté les diverses circonstances (2). L’alliance du Roi de France avec la fille de l’Empereur était

1) La même anecdote est rapportée dans une collection de Récits de Cellini, publiée à Venise par Bar- ,meo Gamba en 1828. Le propriétaire des figurines y est nommé; c’était un des trésoriers du K01, le rneur de Marmagne.

2) Voir Voisin de la Popelinière, L' Histoire de France , enrichie de plusieurs notables occut-

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considérée comme le gage d’une paix durable pour la chrétienté : « Le Roy mesme, pour davantage imprimer ceste opinion au cœur des siens, induit par la Royne sa mère, qui ne cherchoit que dignes alliances à ses enfants ; poussé d’ailleurs par un instinct naturel qui le mouvoit à se moyenner une femme pour en tirer un successeur à la fleur de lys, se résolut à mestre une prompte fin au propos encommencé de son mariage avec Ysabeau, seconde fille de l’Empereur Maximilien. » Le conseiller et secrétaire d Etat de Villeroy fut donc envoyé « pour résoudre les particularitez qui se pourroient présenter ». La première fille de l’Empereur, la princesse Anne, « estoit ja promise au Roy d’Espagne (i), demeuré veuf depuis deux ans par la mort de Madame Elisabeth, sœur du Roy Charles ». Le Roi de France, en épousant la seconde fille de Maximilien II, allait par conséquent devenir pour la seconde fois beau-frère de Philippe IL

Charles IX faisait à cette époque un voyage en basse Bretagne, et il en revenait lorsque Villeroy se porta au-devant de lui à Angers pour lui rendre compte du succès de sa mission. « Ayant les choses pris tel avancement, le comte de Retz, premier gentilhomme de la chambre, aujourd’hui mareschal de Gondy, fut envoyé vers l’Empereur avec ample pouvoir d'exécuter le surplus; et spécialle procuration à Ferdinand, frère de l’Empereur, pour espouser par parolle de présent au nom et comme procureur du Roy, Ysabeau, sa niepce. Ce qui se fit à Spire, où les Estats d’Allemagne étoient assemblez pour adviser et donner ordre aux affaires de l’Empire. » L’Empereur y vint avec l’Impératrice, « pour y parachever le mariage encommencé ». Et cette cérémonie du mariage simulé eut lieu le 22 octobre 1570 (1 2 3)-

Ferdinand d’Autriche, frère de l’Empereur, qui y remplit le rôle de procureur du Roi de France, fut un prince d’une remarquable valeur. Il était né à Linz en 1 529 > Pr®cisément à l’époque où la ville de Vienne était assiégée par les Turcs. Dès l’âge de dix-huit ans, il se signala par sa bravoure au combat de Mühlberg. Quand Charles-Quint abdiqua, il fut chargé du gouvernement de la Bohême, combattit victorieusement les Turcs, et fit son entrée comme seigneur à Inspruck, en 1567.

Après la cérémonie du mariage simulé, l’Electeur de Trêves eut mission, avec quelques hauts personnages de la cour impériale, de conduire en France la princesse, à peine âgée de seize ans. Charles IX, qui n’en avait que vingt, impatient de voir sa jeune femme, se porta mystérieusement au-devant d’elle :

« Le Roy se treuva à la rencontre qui estoit allé en poste de deux lieues par delà Mézières, passé par une casemate, en habit déguisé et le visage couvert de son manteau pour voir sa destinée. Dont averti Son Excellence print occasion de luy monstrer le costé du château pour la faire tourner celle part, aiant le visage nu et la teste couverte d’un scoffion, le chapeau par-dessus. » Le jeune époux, charmé de la grâce de la princesse, courut dire son contentement à la Reine sa mère. Brantôme (3) est d accord

(1) Philippe II épousa successivement Marie de Portugal, Mari; Tudor, Élisabeth de France, fille de Henri II et de Catherine de Médicis, et Anne d’Autriche, fille de Maximilien.

(2) « Caesar Elisabethae alterius filiae sponsalia cum Carolo Rege X kal. IX br. célébrât Ferdinando Caesaris fratre ad id a Rege cum mandato amplissimo constituto, qui Regem representaret. » — Ihuanus, II, lxvii, p. 638.

(3) « Laquelle nous pouvons dire partout avoir esté l’une des meilleures , des plus douces, des plus sages

avec La Popelinière pour faire l’éloge des vertus de cette charmante et douce Ysabeau, à qui était réservé le lugubre réveil de la Saint-Barthélemy, et qui, malgré l'horreur que lui inspirèrent de tels massacres, n en demeura pas moins fidèlement attachée au souvenir de ce triste mari, au point de ne pas vouloir quitter son deuil et de repousser la main du Roi d’Espagne, devenu veuf pour la quatrième fois par la mort de la Reine Anne.

Le mariage réel de Charles IX et de la fille de Maximilien II eut lieu à Mézières le 26 novembre. « Bien que la place sbit petite et serrée, le tout néanmoins fut préparé de sorte que d’une place de guerre on en fit une ville de pompe et de magnificence », dit encore La Popelinière, qui n’oublie pas de mentionner quelques-uns des cadeaux faits par le Roi en cettejiccasion : « Le vint heutième, de Marülac et de Saint-Bonnet, les Surintendans des finaces, firent présens aux Seigneurs Germains. A l’Électeur, d’un buffet de vaisselle d'argent doré de grande valeur, et aux trois autres, chacun lé sien de douze cents escus ; bien quarante autres eurent chaines d’or. »

Si Charles IX fit de riches présents à l'Électeur de Trêves et aux « Seigneurs Germains », à plus forte raison avait-il dû se préoccuper d’offrir quelques objets d’un prix exceptionnel à Ferdinand d’Autriche, qui l’avait représenté à Spire et qui par cette alliance devenait son oncle. Il ne pouvait ignorer combien ce prince aimait passionnément les arts et se plaisait à réunir dans son château d'Ambras, en Tvrol, des collections de tableaux, de médailles, d'armures et de pièces d’orfèvrerie. Or, précisément dans 1 inventaire de la collection d’Ambras , dressé en 1 596 après la mort de Ferdinand , arrivée en 1595, on trouve une série d’objets de grande valeur artistique, notés comme ayant été donnés en présent par le Roi de France Charles. M. Joseph Arneth en a produit le texte en vieil allemand, avec le fac-similé des signatures (1). Nous traduisons l’article relatif à la salière :

“ Sw' ""e base en ébène • un mse garni partout d'or fin, et portant deux figures en or massif, pu se font face et pu figurent Neptune et une femme, lequel rase a clé donné en présent par le Roi de France Charles à Son Altesse.

« Poids : 26 marcs et deux seizièmes. »

En regard de cette notice, tirée de l’inventaire de la collection d’Ambras, il est intéressant de placer un document analogue, celui-ci extrait d’un Inventaire des vais-

et des plus vertueuses Reynes qui régnas! depuis le règne de tous les Roys et Reynes qui aient jamais régné. » Brantôme, édition de la Société de l'Histoire de France , t. IX, p. 594.

(!) J oici le protocole de cet acte : « Inventaire des objets mobiliers ayant appartenu à feu Son Altesse 1 archiduc F erdinand d’Autriche, de glorieuse mémoire , tels que, sur l’ordre de Sa Majesté l’Empereur notre tres-gracieux maître, les commissaires délégués à cet effet par Sa Majesté Impériale, savoir les nobles seigneurs dont les noms suivent : M. le baron Charles de Wolckenstein de Rodenegg, président du gouvernement de l’Autriche supérieure ; M. Charles Schurffen de Schœnwœrt de St-Mariastein de Niederpreittenbach, grand maréchal de la cour et prévôt de Kuefstein (qui était en même temps le mandataire de Son Altesse 1 archiduchesse Marie d’Autriche, née duchesse de Bavière, veuve, et de l’archiduc Mathias d’Autriche) • A1. Cynaque Heidenreich de Pidenegg de Matrai, président de la Chambre des finances de l’Autriche supérieure, et M. Christophe Vintler de Platsch, ont constaté l'existence desdits objets dans le château de u eust, jadis habité par Son Altesse 1 archiduc susnommé, de bienheureuse mémoire, dans l’ancien chateau et dans ses dépendances, ainsi que dans le château princier d'Ambras, et que MM. les (

> commissaires

RECHERCHES SUR SON ŒUVRE

selles et joyaux d’or et argent doré, pierres, bagues et autres choses précieuses trouvées au Cabinet du Roy à Fontainebleau, etc., dressé sur l’ordre du Roi Charles IX, en 1560.

Cet inventaire fut fait par le sieur de la Bourdaizière, le sieur de Brou, tous deux gentilshommes ordinaires de la chambre du Roi ; maître Florimond Robertet et le sieur de Villeroy, ses conseillers et secrétaires d’Etat aux finances. Trois orfèvres furent chargés des prisées : François du Jardin, orfèvre du Roi; Pierre Redon et Henry de Boux, tous deux orfèvres du Roi de Navarre. Ils furent en outre assistés par deux autres conseillers du Roi, les sieurs de Lézigny et de Grantville, « depputez pour cest effect par le Roy et ladite Royne sa mère (1) ».

Sous le n° 107, les mandataires du Roi et de la Reine mère enregistrent : « Ung triton d’or , avec une Tétis servant de sallicre, le pied d'ébene, pesant XXX marcz (2), dont y en peult avoir seize d'or , estimé IXe XXIII. » Et en marge de cet article a été ajoutée, à une date postérieure, l’annotation suivante : « Ledit triton a este prins pour en faire présent à Monssr V archiduc Ferdinand , qui fiança la princesse Elisabeth au nom de Sa Maté. Faict à Paris, le XXIIIe jour de septembre 1570. »

Cette salière sur pied d’ébène ayant « ung Triton avec une Tétis » avait passé inaperçue, ou du moins n’avait pas éveillé jusqu’à présent l’attention comme ouvrage de Cellini ; mais le rapprochement avec le document d’ Ambras révèle que c’est à n’en pas douter l’œuvre de prédilection de l’orfévre florentin. D’ailleurs, ce même inventaire français contient la description de deux autres ouvrages : Une grande coupe d’or, enrichie de pierreries, avec un saint Michel sur le couvercle, et une grande coupe de cristal en forme de gobelet garnie d’or, à propos desquels il est pareillement noté en marge que ces deux objets ont été offerts à la même date et à la même occasion à l'archiduc Ferdinand. Or ces deux pièces se trouvent également portées sur l’inventaire d’ Ambras comme offertes par Charles IX; elles figurent aujourd’hui avec la salière au Trésor Impérial et Royal, et M. Arneth les a aussi décrites et reproduites en même temps.

Le présent des trois objets retirés le 23 septembre 1570 du Cabinet du Roi fut donc

susdits les ont vérifiés et décrits en détail, depuis le 28"" jour du mois de janvier jusqu’à la clôture du présent inventaire.

« Son Altesse l’archiduchesse Anne-Catherine d’Autriche, née duchesse de Mantoue, veuve de Son Altesse l’archiduc Ferdinand d’Autriche, etc., susnommé, a délégué comme ses mandataires à l’effet de décrire et d’inventorier lesdits objets, MM. Dario de Nomi (?), grand maître de la cour, et André Untersperger (pour ce qui concerne les objets se trouvant à Inspruck). D’autre part, Son Altesse le prince André, révérendissime cardinal d’Autriche, évêque de Constance et de Brixen, et Mgr Charles, margrave de Burgau et landgrave de Nellenburg, ont délégué à cet effet les honorables MM. André de Velss de Pirsthaimb, Jean Reichart, Frédéric Schrenncken de Nozingen et Vit Schensperger , pour les objets se trouvant à Inspruck et dans le château d’ Ambras. »

A la fin, on lit : « En foi de quoi MM. les commissaires ont apposé leur signature. — - Fait à Inspruck, le 30me jour de mai 1596. — Charles, baron de Wolckenstein; Charles Schurffen, prévôt de Kuefstein, Heidenreich; Christophe Vintler de Platsch. »

(1) Nous reparlerons de cet inventaire aux Appendices.

(2) L’inventaire d'Ambras note vingt-six marcs et deux seizièmes, au lieu de trente. Cette différence peut provenir d’un léger écart entre le poids du marc allemand et celui du marc français.

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