‹ Benvenuto CelliniChapitre 19 sur 75 · LES SCEAUX · texte numérisé non relu

LES SCEAUX

N artiste de Pérouse, nommé Lautizio, s'était fait une réputation à Rome en gravant des sceaux de cardinaux, qui lui étaient payés le moins cent écus 1 un. Pour rivaliser avec lui, Benvenuto voulut s'adonner aussi à ce genre de travail. Il y rencontra de grandes difficultés, cet art différant tout à fait de celui de l’orfèvrerie, mais il ne se rebuta point, et par de patients efforts il parvint à y réussir à son tour. Nous savons que dès l’année 1525 (1) il grava des ouvrages de ce genre pour plusieurs prélats dont il n’indique pas les noms. Ces sceaux, grands à peu près comme la main d'un enfant de dix ans, et le plus souvent en argent, avaient habituellement la forme d’une amande. L’artiste y faisait figurer les armes du personnage auquel ils étaient destinés (2), avec quelque composition se rapportant au titre ou aux fonctions de celui-ci. Enfin, pour que son œuvre fût complète et en harmonie dans toutes ses parties, il se plaisait à ciseler en ronde bosse, sur le manche, quelque animal ou une figurine propre à rappeler l’emblème ou la devise du cardinal. Quant aux procédés techniques de gravure pratiqués soit par Lautizio, soit par lui-même, il les expose avec un grand soin au Traité de l’Orfèvrerie. Tous ces cachets ont sans doute disparu, et si leurs empreintes existent quelque part, on ne peut songer à les rechercher sur des renseignements aussi incomplets.

Il en est deux pourtant, exécutés quelques années plus tard, l’un pour le cardinal de Mantoue, l’autre pour le cardinal de Ferrure, dont Benvenuto a laissé une description précise, ce qui nous a permis d’en retrouver les épreuves, grâce au concours obligeant des personnes qui ont bien voulu s’intéresser à nos investigations. Nous aurons en outre à parler du sceau de la fabrique de Saint-Pierre, dont un document inédit révèle que le Florentin a fourni les gravures.

Sceaii d! Hercule de Gonzague, cardinal de Mantoue. — (Pi. x, fig. 2 et 3.)

Mentionné à la Vita et au Trattalo deiï Oreficeria. — Empreinte à la curie épiscopale, à Mantoue.

En décrivant cette pièce, exécutée à Mantoue en 1528, l’artiste rapporte qu’il y avait gravé 1 Assomption de la Vierge et les douze apôtres, et qu’elle lui fut payée deux cents écus. M. le chanoine Braghirolli, de Mantoue, ayant bien voulu s’intéresser à notre désir d’en retrouver une empreinte, rechercha dans les archives de la curie épiscopale

(1) Voir les Mémoires et le Traite de l’ Orfèvrerie. — (2) Traite de I Orfèvrerie.

de cette ville, et réussit à y trouver une bulle (i) sur parchemin datée du s des ides de juin 1534, et revêtue de la signature autographe d'Hercule de Gonzague , pièce àlaquelle est attachée , par un petit cordon de soie rouge, une boite contenant encore une partie du sceau en cire d’Espagne apposé par le signataire (fig. 3). Dans ce fragment, on distingue un chérubin ailé qui supporte la Vierge, dont la tête est effacée. Au-dessous est le sépulcre ouvert, auprès duquel on voit à gauche la tête et les mains dun apôtre ; à droite , un pan de draperie et un bras. Il n’était pas douteux que ce sceau dût être l’œuvre de Benvenuto. Encouragé par ce premier résultat, le chanoine Braghirolli poursuivit ses investigations, et eut enfin la satisfaction de nous annoncer la découverte d’une empreinte complète et admirablement conservée [fig. 2), celle-là attachée à une bulle datée de Mantoue, 12 août, année 1540, la sixième du pontificat de Paul III (2). Des clichés photographiques de ces deux cires ayant été pris pour nous, grâce a la bienveillance de la curie épiscopale, nous avons pu les reproduire toutes deux en facsimilé par l’héliogravure, et ainsi se trouve restituée une œuvre authentique de Cellmi qui sera, nous n’en doutons pas, d’un vif intérêt pour les curieux.

Au sommet de la composition, qui devait, selon l’expression de Cellini, rappeler le titre du prélat, la Vierge, supportée par un chérubin ailé, est enlevée sur un nuage. Deux petits anges, dans l’attitude de l’adoration, volent près d’elle. De chaque côté du tombeau, les apôtres se pressent : les uns contemplent avec ravissement la Mère de Dieu dans sa gloire; les autres regardent le sépulcre vide, au fond duquel l’un d'eux, avançant le bras, montre à ses compagnons les fleurs dont il est jonche. Au bas de l’empreinte est placé le blason des Gonzague , surmonté du chapeau de cardinal.

La pièce, conformément aux indications de Cellini, a bien la forme oblongue dune amande et la grandeur de la main d’un enfant. Elle porte, en outre, l’inscription suivante : « HER. GONZAGA. S. MARIAE NOVAE DIAC. CAR. MAN T VAN. », — c’est-à-dire, « Hercules Gonzaga Sanctæ Mariæ Novœ diaconus cardinalis Mantuanus ». Hercule de Gonzague était cardinal- diacre du titre de Sainte -Marie Nouvelle.

L’heureuse conservation de cette œuvre authentique fournira un nouvel élément de comparaison pour étudier les pièces attribuées au maître. Non-seulement le caractère des figures, la tête du chérubin ailé, le jet des draperies, les mains et les autres détails, mais les lettres elles -mêmes sont à observer. Au Traité de l'Orfèvrerie, 1 artiste, au sujet de ces sceaux cardinalices, a donné les préceptes suivants :

« Écoute bien ceci : les têtes des figures, les mains et les pieds, nous avons toujours eu l’usage de les graver sur de petits poinçons d’acier, car de cette manière tout cela vient plus vrai et avec plus d’honneur pour celui qui l’exécute. Quand tu auras gravé et bien conduit tes petites tetes, ainsi que les pieds et les mains, alors, par des coups de martelet donnes avec dextente, tu les graveras dans ton sceau ainsi que beaucoup d’autres détails que la belle expenence t enseignera.

(1) Par cette bulle, le cardinal conférait au clerc « Battista Gemimam di Regio di Correggio » le bene

simple, sous le titre de Saint-Antoine, érigé dans l’église de Santa Maria. ., ... .

(j) Cette bulle en parchemin contient la collation de la chapellenie de Saint-Jerome, dans 1 église Saint-Gervais, placée sous le patronat de la famille des Arcari. La collation est faite a un pretre mantouan, Guglielmo degli Oldani.

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De plus, il est nécessaire que tu composes un alphabet de lettres en acier, gravées avec tout le soin que tu as donné aux petites têtes et aux autres choses. Lorsque, à Rome ou en quelque autre lieu, j’ai exécuté de telles œuvres, volontiers je me suis toujours refait un nouvel alphabet, et ainsi j’en ai tiré de l’honneur, parce qu’autrement les lettres s’usent. Elles doivent être belles, exécutées avec ces heureuses proportions que donne une plume taillée, un peu grosse et large. Les formes que produit une telle plume en la tournant dans la main, t’indiquent le vrai caractère qu’elles doivent avoir. Et je t’avertis qu’il ne faut pas qu’elles soient trop grosses ou ramassées, ce qui les rendrait déplaisantes à voir, ni trop longues et maigres. Bien que l’un et l’autre excès soient une faute, cependant il vaudrait encore mieux incliner vers la forme svelte, qui est plus agréable à l’œil. »

M. Attilio Portioli, qui avait eu connaissance de la première découverte du chanoine Braghirolli (le fragment du sceau), en fit mention dans un article publié par XArchivio storico Lombardo (1), en même temps qu’il produisit sur ce sujet une notice intéressante : c’est un compte de dépenses du cardinal (pièce d’ailleurs sans date, écrite sur une feuille volante), dans lequel sont relevées les sommes employées à acheter le métal et à payer Cellini pour sa main-d’œuvre. Voici ce document :

« Notre Révérend Seigneur Cardinal de Mantoue doit donner à maître Benvenuto, orfèvre, deux lires et douze sols, pour valeur de quatorze deniers d’argent fin employé dans un petit

sceau avec le chapeau et des lettres . L. 2,12

« Item, pour l’exécution dudit sceau, dix lires et quatorze sols . L. 10,14

« Item, pour douze onces et deux deniers d’argent fin, employés dans un grand sceau à bulles, avec l’Ascension de Notre-Dame. L’argent vaut cinquante -quatre lires et sept

sols . L. 54,7

« Item, pour l’exécution dudit sceau, deux cent quatorze lires . L. 214

« Item, pour la valeur de cinq écus et trois veronesi et demi d’or, écus au soleil, employés dans un sceau où sont gravées les armes du Rév. Monseigneur, et pour le manche dudit et un

Hercule en ronde bosse . L. 28,5

« Item, pour l’exécution dudit sceau, trente-sept lires et neuf sols . L. 37,9 »

Ce document (2), dont M. A. Portioli n’indique malheureusement pas la provenance, suggère plusieurs observations. Tout d’abord, il établirait que, outre le sceau que nous reproduisons et où se trouve gravée l’Assomption de la Vierge, sceau de grandes dimensions, destiné à être apposé sur les bulles, le prélat en aurait fait graver un autre où aurait figuré seulement le chapeau de cardinal avec une inscription. Celui-là serait alors le cachet dont il se servait couramment pour sa correspondance et qu’on rencontre assez fréquemment sur ses lettres. Le métal employé pour l’un et l’autre aurait été l’argent.

(1) Anno VIII, fasc. 1, 31 mars 1881. Milan, Dumolard.

(2) En voici le texte italien, tel que l’a donné M. A. Portioli :

« Rev. nostro Sig. Car. di Mantova, de’ dare a M. Benvenuto, orefice, lire due e soldi dodici per valuta

de danari quatordici de argento fino posto in uno sigilo picholo cum chapelo e littere . L. 2,12

« Item per la manifattura di detto sigilo L. dieci et soldi quatordici . L. 10,14

« Item per oncie dodici e denari due d’argento fino posto in uno sigilo grande da Bolle, con la Ascensione

de Nostra Donna, largento vale L. cinquantaquatro sol. sette . L. 54,7

« Item per la manifattura di detto sigilo L. dugento quatordici . L. 2 14

« Item per valuta di schudi cinque e veronesi tre et mezzo di oro , di schudo del sole , posto in uno sigileto

il quale è intagliato larma del Rev. Mons. e per manicho di detto è uno Erchule tondo . L. 28,5

« Item per fattura di detto sigilo, lire trentasette e nove soldi . L. 37,9. »

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Du dernier article de la pièce de comptabilité, M. Attilio Portioli tire la conclusion naturelle qu’un troisième sceau avait été gravé pour le prélat, celui-là en or et avant pour manche une figurine d 'Hercule. En effet, le texte de l’édition princeps des Traita ti et de celles qui l’ont reproduite porte :

« Ensuite j’avais coutume de faire, en guise de manche, quelque bel animal ou une petite figure, me servant en cela de l’emblème du seigneur pour lequel je travaillais. Et c’est ainsi que j'en usai pour un sceau d’or de moindre grandeur que je fis pour Hercule de Gonzague, cardinal de Mantoue. Je composai pour le manche un Hercule assis sur la peau du lion et tenant à la main la massue. Cette figure, exécutée avec un grand soin, fut beaucoup louée par Jules Romain, et mérita d’ètre copiée par plusieurs peintres et sculpteurs de ces temps (i). »

Mais nous savons que le texte de cette édition princeps de 1568 a été remanié complètement par un ami de Cellini. Nous avons même indiqué, d’accord avec Carlo Milanesi, que ce grammairien malheureux devait être Gherardo Spini, secrétaire du cardinal Ferdinand de Médicis (2).

Or, bien que l’édition princeps ait paru du vivant de Cellini, l’artiste n’a pas dû s’occuper du soin de l’impression, et nous le croyons d’autant plus que, par divers documents, on a la preuve qu’il était en difficultés constantes avec les imprimeurs, lesquels étaient ses locataires et avaient nom Marco Péri et Valente Panizzi (3). Le secrétaire Spini dut donc, en dehors de l’auteur, se charger de la révision des épreuves du texte châtié. Nous insistons sur ce point, parce que le texte du Codice Marciano , relu par Benvenuto, portant des corrections de sa main et préféré judicieusement par Carlo Milanesi, contient une leçon toute différente et très -précise sur ce point. Il dit :

« Ensuite j’avais l’usage de faire pour le manche par lequel on prend le sceau quelque bel animal, ou une figurine, suivant l’emblème des seigneurs qui m’employaient. Ces soins minutieux et délicats ne doivent pas être négligés, parce qu’ils font honneur au maître, et donnent plus de satisfaction au seigneur que l’on sert. J’en ai exécuté un d’or de moindre dimension pour le duc de Mantoue , après avoir terminé le sien au cardinal son frère; et, outre tous les soins que j’y donnai, selon ce que j’ai dit, je lui fis un manche qui était un Hercule assis, ayant sous lui la peau du lion et à la main la massue. Cette figurine, je l’étudiai beaucoup, et parmi les sculpteurs et les peintres (au nombre desquels était maître Jules Romain), elle me fit très-grand honneur. Plusieurs de ces peintres et sculpteurs la reproduisirent, et j’en fus bien payé (4). >.

(1) « Di poi ho usato di fare invece di manico del suggello qualche vago animale o figuretta, servendomi in cio dell’ impresa del signore, che faceva fare il suggello, siccome fu in un suggello d’oro mezzanetto che io feci a Ercole Gonzaga, cardinale di Mantova, nel quale feci per manico Ercole a sedere sopra la pelle del leone e colla sua clava in mano, la quai figura fatta da me con grande studio fu lodata assai da Giulio Romano... » — Trattato dell ’ Oreficeria, texte de l’édition de 1568.

(2) Voir plus haut, p. 117.

(3) Carlo Milanesi, qui avait compulsé soigneusement à ce sujet les Codici Celliniani existant à la Miccardiana , avait trouvé beaucoup de documents où sont mentionnés ces imprimeurs; mais ces pièces ont toujours trait au loyer de leur boutique, et aucune d’elles ne se rapporte aux Trattati ; ce ne sont pour la plupart que sommations de payer, saisies, séquestres, etc. — Voir Trattati, etc., p. xliv. Florence, 1857.

(4) « . poi ho usato per il manico, con che si piglia il suggello, far qualche bello animale, o si vera-

mente figure, secondo la impresa che hanno auto e signori che io ho serviti. E queste piacevoli diligenzie di fine non si debbono mancare, perche le fanno maggiore onore al mastro, e gratissimo piacere al signore che

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De cette leçon du texte Marciano, il paraît résulter clairement que tandis que le petit cachet au chapeau et le grand sceau à l'Assomption, tous deux d’argent, étaient destinés au cardinal, au contraire le sceau d’or, de moindre dimension, ayant pour manche la figurine de Y Hercule, avait été fait pour le duc. Mais alors comment expliquer que cette pièce figure sur le compte du cardinal et qu’elle soit indiquée comme portant ses armes? Nous ne voyons pas là une objection sérieuse. Ces armes étaient celles de la maison de Gonzague, et appartenaient aussi bien au duc qu’à son frère. Le comptable n’indique pas que le chapeau y fût gravé, comme il a soin de le relever pour le petit cachet. Dans la Vita , Benvenuto raconte que lorsqu’il vint à Mantoue, après avoir quitté Florence pour obéir à son père, il trouva du travail chez Niccolô, orfèvre de Frédéric de Gonzague; que Jules Romain l’ayant recommandé à ce prince, il fut chargé de composer le modèle d'un reliquaire ; qu’il travailla aussi pour le cardinal Hercule et fit quelques autres petits ouvrages pour le duc son frère, mais sous le nom du prélat; « cou parechie altre opérette fatte al Duca sotto nome del Cardinale »/ cela évidemment pour ne pas donner trop d’ombrage à Niccolb, « qui commençait à voir très-bien, dit Cellini, que le duc voulait m’employer (i) ». Tout naturellement alors le sceau de Frédéric devait être porté sur les comptes de son frère le cardinal.

En entendant les choses de cette manière , le récit de la Vita, le véritable texte des Trattati et le document produit par -M. Portioli sont parfaitement d’accord. Il resterait seulement établi que Benvenuto aurait singulièrement exagéré le prix que lui furent payés ces travaux. A l’époque où il écrivait ses Mémoires et ses Traités, l'artiste avait à se plaindre de la manière dont ses comptes étaient réglés par Cosme. C’est sans doute pour se venger à sa manière qu’il se vantait d’avoir été généreusement récompensé par les princes qu’il avait antérieurement servis.

Hercule de Gonzague avait été créé cardinal en 1527, c’est-à-dire peu de temps avant le séjour de Benvenuto à Mantoue. Lorsque Frédéric II mourut, en 1540, le prélat fut régent du duché pendant la longue minorité de son neveu, et l’administra en véritable homme dËtat. Par ses éminentes qualités, Hercule de Gonzague fut une des gloires de 1 épiscopat. C’est lui qui présida la séance d'inauguration du Concile de Trente et y prononça le discours d’ouverture.

Autre Sceau du cardinal de Gonzague.

Mentionné dans un document de comptabilité.

Cette pièce, de moindre dimension, était en argent, et l’artiste y avait gravé le chapeau du cardinal avec une inscription. Nous en avons parlé dans la notice précédente.

si serve. Io ne feci un d’oro, mezzanotto, al duca di Mantova, fatto ch’ io ebbi il suo al cardinale suo fratello, et oltra tutte le diligenzie che io usai, corne ho detto, io gli feci un manico, il quale era un Ercoletto a sedere con la sua pelle del leone sotto, et con la sua clava in mano. Questa figurina io la studiai «randemente; e fra gli scultori e pittori (che in fra quelli vi era messer Giulio Roraano) la mi fece grandissimo

onore, e di quei pittori e scultori se ne servirono a metterla in opéra; et io ne fui ben pagato. » Trattato

deir Oreficeria , texte de l’édition Carlo Milanesi, suivant la leçon du Codice Marciano.

I* 1) « . quel suo orefice milanese detto, il quale benissimo vedeva che il Duca si voleva servire di me. »

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Sceau de Frédéric de Gonzague, marquis et premier duc de Mantoue (i).

Mentionné au Trattato delt Oreficeria.

Ce cachet, aux armes de Gonzague, était en or; pour le manche, Benvenuto avait sculpté en ronde bosse un Hercule assis sur la peau du lion et tenant sa massue. Nous avons donné, dans l'article consacré au sceau du cardinal Hercule, frère de Frédéric, les indications que nous avons pu réunir sur cette pièce.

La série de ces cachets fut exécutée à Mantoue en l’année 1528- Jules Romain donnait alors, dans ses superbes travaux du palais du Té, la mesure de son admirable talent comme peintre et comme architecte. Cellini affirme que ce maître fit un grand éloge de la figurine d 'Hercule.

Sceau d' Hippolyte II d’Este, cardinal de Ferrarc. — (Pi. x,%. 1.)

Mentionné à la Vita et au Trattato de/l' Oreficeria. — Empreinte au Musée de Lyon.

L'artiste a donné de cette pièce, au Traité de /’ Orfèvrerie , la description suivante :

« Je fis un autre sceau beaucoup plus riche en figures pour le cardinal Hippolyte de Ferrarc, frère du duc Hercule. Dans ce sceau était gravé saint Ambroise à cheval, avec un fouet à la main, chassant les ariens. Comme dans cet espace je devais placer deux sujets correspondant aux deux titres dudit cardinal, j’avais fait une division dans la longueur : d’un côté était cette composition de saint Ambroise; de l’autre côté était gravé saint Jean prêchant dans le désert. Les deux compositions renfermaient un grand nombre de figures. Pour le sceau du cardinal de Mantoue, je reçus deux cents écus, et pour celui du cardinal de Ferrare, trois cents. »

Dans la Vita , Benvenuto raconte que ce fut à Rome, à sa sortie du château Saint- Ange et avant de se rendre en France, en 1539 par conséquent, qu’il exécuta ce travail.

Hippolyte d’Este, fils d’Alphonse d’Este, duc de Ferrare, et de la célèbre Lucrèce Borgia, et frère d’Hercule II d'Este, avait été créé cardinal en 1538 (2). Il prit une part active aux négociations politiques et religieuses de la France et de 1 Italie au seizième siècle. Archevêque de Milan, gouverneur du Patrimoine de Saint-Pierre, archevêque de Lyon, protecteur des affaires de France à Rome, membre du conseil privé du Roi de France, évêque d’Autun, archevêque de Narbonne, il fut aussi en possession des abbayes de Saint-Médard de Soissons, de Pontivy et de Boulbonne. Jamais prélat peut-être ne fut pourvu de tant et de si riches bénéfices ecclésiastiques. Il tint un grand état de maison, se montra protecteur éclairé des arts et des lettres, et fut presque toujours mêlé aux plus importantes affaires d’Etat.

Les deux sujets représentés sur son cachet se rapportaient à ses titres : « Due istone, che cosï erano e titoli del cardinale detto. » L’un faisait allusion à la tradition populaire par laquelle saint Ambroise aurait apparu pour secourir les Milanais pendant la bataille qu'ils gagnèrent en 1339 à Parabiago. La composition indiquait le titre d archevêque de Milan. Quant au saint Jean prêchant dans le désert, il devait avoir un rapport analogue

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avec quelque autre de ses dignités ecclésiastiques. Le Musée de Lyon possède de ce sceau une empreinte en plomb, d’après laquelle nous donnons une héliogravure ; elle est parfaitement conforme à la description de Benvenuto. On y voit les armes du cardinal, c’est-à-dire celles de la maison d’Este-Ferrare, surmontées du chapeau.

Hercule II, duc de Ferrare et frère du cardinal, avait épousé Renée de France, fille de Louis XII et sœur de Claude, première femme de François I'r. Le blason d’Este-Ferrare était alors : « Ecartelé d'azur à l'aigle d'argent armée et couronnée d'azur (qui est d’Este) ; et d’azur aux trois fleurs de lys d’or posées deux et un (qui est de France), à bordure endentèe d’argent sur gueules. »

Le cardinal, qui vivait à la cour de François Ier sur le pied d’un prince français, avait, par courtoisie sans doute, comme on en trouve d’autres exemples, donné le pas aux armes de France (i), car on constate que, dans le blason gravé au bas de son sceau, les fleurs de lys sont placées aux quartiers un et quatre.

Le sceau du cardinal de Ferrare est de forme ovale ; sur la bordure on lit cette légende : « HIPPOLYTVS ESTEN. S. MARIAE IN AQVIRO DIACONVS CAR. FERRARIEN. » — Hippolyte d’Este était cardinal-diacre du titre de Sainte- Marie in Aquiro (2).

Sceaux de la fabrique de Saint-Pierre.

En 1531, Benvenuto grava deux sceaux pour la fabrique de Saint-Pierre. M. Eugène Muntz nous a communiqué à ce sujet deux notices inédites qui établissent le fait, et qu’il a bien voulu nous autoriser à publier avant lui ; il les a relevées lui-même sur le registre des dépenses effectuées, pour le compte de la fabrique de Saint-Pierre, par la banque de Bindo Altoviti. En voici le texte :

1 53 1 2 - 21 mars. Ducati 10 a Benvenuto orefice per uno sigillo.

13 mai. Ducati 6 a Benvenuto orefice per dua sigilli, porto cont( anti).

(1) Charles de Lorraine-Mayenne faisait de même, à cause de sa mère Anne d’Este, cette nièce du cardinal Hippolyte qui avait épousé en premières noces François de Lorraine, duc de Guise.

(2) Sainte -Marie in Aquiro est une église de Rome construite vers l’an 400 par le Pape Anastase, près du temple de Juturne, au Champ de Mars. Suivant les uns, son nom lui vient de l'aqueduc qui amenait 1 eau dans le voisinage. Suivant d’autres, aquiro serait une corruption du mot equiria , et on devrait le considérer comme un souvenir des jeux équestres qui avaient lieu au Champ de Mars.

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