‹ Benvenuto CelliniChapitre 20 sur 75 · LES MÉDAILLES ET LES MONNAIES · texte numérisé non relu

LES MÉDAILLES ET LES MONNAIES

u temps où Cellini s’était efforcé de rivaliser avec Lautizio pour les cachets, avec Luca Agnolo pour les aiguières, avec Caradosso pour d’autres objets d’orfèvrerie, notamment pour les enseignes ciselées, il avait remarqué les travaux excellents d'artistes qui gravaient dans l’acier les coins des médailles, et il s’était appliqué à étudier leurs procédés avec le soin le plus attentif. Aussi, lorsque Clément VII, satisfait de l’ébauche de son bouton de chape, songe à lui pour graver les coins de ses monnaies et lui demande s’il se sent capable d’entreprendre un tel travail, Benvenuto peut répondre avec quelque assurance qu’il n’a jamais exécuté lui -même d’ouvrages de ce genre, mais qu’ayant suivi à l’œuvre d’habiles praticiens, il croit devoir y réussir à son tour.

D’après la date que le récit des Mémoires semble donner à l’exécution du bouton de chape, on pourrait conclure que c'est en l'année 1530 que Cellini fut pour la première fois chargé de graver des monnaies. Cependant, un document des archives du couvent de Santa Maria Novella de Florence, extrait d’un livre des dépenses de Clément VII, établit que c’est un an plus tôt qu'il avait été chargé de ces travaux. En effet, à la date du 12 juin 1529, il lui est remis, en sa qualité de nouveau maître des coins, et suivant l’usage, la somme de vingt ducats comptants, de la valeur de dix jules le ducat, pour avoir fait ses premiers coins. Son service régulier commença le 17 du même mois (1).

Cellini n’ayant écrit les premières pages de ses Mémoires que vingt-deux ans plus tard, il n’y a pas lieu de s’étonner si les dates qu’on serait amené à fixer d’après les cir-

(1) « Archivio del convcnto di S. AJ. Novella di Firenzc : libri Spe. di Papa Clemente VII, segnato 329, a MDXXViij (?) sotto il titolo di Donativi. Eddi 12 giugno Ducati venti ajuli X per ducato porto contanti Benvenuto orefice nuovo maestro delle stampe, quali le li sonodonati per avéré facto le prime stampe, corne è di consuetudine. » — « Cet important document, dit l’abbé Ciabatti, prouve que les premiers travaux de Cellini pour la monnaie de Rome ne sont pas de 1530, comme l’a pensé Friedlaender, mais d’une époque bien antérieure. » M. Muntz, qui de son côté a relevé le même document et a bien voulu l’extraire pour nous de ses notes manuscrites, lui assigne la date du 12 juin 1529 et non 1528. L’exactitude de sa lecture, à laquelle nous croyons devoir nous rapporter, nous paraît d'ailleurs confirmée par le texte d’une autre pièce de comptabilité publiée par M. Bertolotti, dans son Mémoire sur Cellini. Nous en transcrivons les dernières

lignes : « . et numerari faciatis Benuenuto Johannis Cellini stamparum Zecchae almae urbis magistro duc.

sex auri de caméra de juliis X pro quolibet ducato pro sua prouisione unius mensis, xvij praesentis mensis finiendi ; quos sic solutos in uestris et illorum computis admitti faciemus. Dat. Romæ in Caméra apostolica die viij iulii 1529. Pont. S'"‘ Dni N" D. Clementis Papae VII anno sexto. » Ceci est, selon M. Bertolotti, le mandat de payement du traitement du premier mois ; le dernier payement publié par le même auteur porte la date : « Die ij mensis januarii MDXXXIIij, » pour un mois ayant commencé le 17 décembre 1533 et devant finir le 17 janvier 1534. (Voir page 20, et page 26, note 2.)

RECHERCHES SUR SON ŒUVRE

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constances de ses récits ne sont pas toujours d’une rigoureuse exactitude. L'artiste fut donc employé à la Monnaie pontificale du 17 juin 1529 au 17 janvier 1534. Et, bien que Paul III, peu de temps après son avènement, lui ait fait exécuter un écu d’or, il ne lui rendit jamais l’office de la Monnaie que lui avait enlevé son prédécesseur. Alexandre de Médicis, en 1535, le chargea aussi d’exécuter les coins de ses monnaies, et au moment où Cellini quitta ce service temporaire, il se plaignit amèrement du tort qu’on lui faisait en souffrant qu’on mêlât à son travail celui de Bastiano Cennini, qu’il traite d’homme de la vieille routine.

Si Benvenuto avait bonne opinion de son propre talent comme graveur de coins, Vasari en jugeait de même, car voici ce qu’il en dit :

“ Benvenuto fut chargé de faire les coins de la monnaie de Rome, et l’on n’a jamais vu de plus belles monnaies que celles qui furent alors frappées dans cette ville. Revenu à Florence après la mort de Clément, il fit aussi pour la Monnaie de cette ville des coins à l’effigie du duc Alexandre; ces pièces sont si belles, elles sont exécutées avec un tel soin, que quelques-unes sont aujourd’hui conservées, et à bon droit, comme on conserve de très-belles médailles antiques, car en cela il s’est surpassé lui-même. »

Tous les curieux ont lu au Traité de V Orfèvrerie les renseignements donnés par Cellini sur les procédés employés de son temps pour la gravure des médailles et pour celle des monnaies, ainsi que sur la frappe a conio et la frappe à vis.

Les médailleurs italiens du quinzième siècle, sculpteurs pour la plupart, s’étaient servis plus volontiers des procédés d’exécution qui leur étaient familiers, le modelage et la fonte :

" Ces procédés, qui ont, dit M. Armand (1), le mérite de s’appliquer aussi bien aux grandes médailles qu aux petites, aux forts reliefs qu’aux faibles, comportent une liberté et une promptitude d’exécution dont l’influence sur la réussite du travail de l’artiste est manifeste.

« On ne songeait pas encore à employer pour les médailles l’art de graver les coins, restreint jusque-là à la fabrication des monnaies, et d’ailleurs inapplicable à la reproduction des compositions des artistes du quinzième siècle, dans les conditions de distinguent.

la reproduction des compograndeur et de relief qui les

« Ce changement dans le mode d’exécution des mémoires ne se produisit que vers le commencement du seizième siècle. La faveur dont les pierres gravées et les médailles antiques étaient l’objet à cette époque, amena le développement des arts de la gravure en pierres fines et de la gravure en médailles. Ces arts, d une pratique lente et difficile, servirent surtout à la contrefaçon des objets antiques; mais ils furent aussi employés pour les productions modernes de la glyptique et de la numismatique.

« L application du nouveau procédé à l’exécution des médailles se recommandait par l’avantage qu’il avait de fournir des empreintes plus nettes, plus durables et en plus grand nombre que celles obtenues par la fonte, mais à la condition pour les artistes de réduire à de moindres proportions la grandeur et le relief de leurs compositions.

« Néanmoins, 1 ancienne méthode, celle du quinzième siècle, ne fut pas abandonnée, et les deux procédés de la fonte et de la gravure continuèrent pendant le seizième siècle à être employés parallèlement et souvent par les mêmes mains. »

(1) Les Mcdaillcurs italiens des quinzième et seizième siècles ; Paris, 1879 (l” édition). M. Armand vient de donner (1882) de ce bel ouvrage une seconde édition, dans laquelle le nombre des médailles décrites est plus que doublé.

Dans aucun de ses écrits, Cellini ne parle de la fonte des médailles. Il s'applique au contraire, au Traité de i Orfèvrerie , à décrire les procédés de la gravure des coins et de la frappe, non-seulement pour les monnaies, mais aussi pour les médailles. A ce sujet, il cite comme exemple ses deux médailles de Clément VII ; il est à remarquer que celles-ci n'ont que trente-neuf millimètres de diamètre.

Pour les œuvres de plus grande dimension, nous verrons qu’il employait aussi la fonte, de même que beaucoup d'autres graveurs et médailleurs ses contemporains, parmi lesquels on rencontre, comme au siècle précédent, un assez grand nombre d orfèvres ^ de sculpteurs et même de peintres. La fonte étant un procédé facilement pratiqué par tous, c’est peut-être pour ce motif que Benvenuto a négligé den parler; car, ainsi quil le dit souvent, il n’écrit que pour ceux qui ont déjà les notions et quelque pratique des arts. La gravure des coins et la frappe, procédés nouveaux en ce qui touche les médailles, offraient au contraire d’assez sérieuses difficultés pour mériter dêtre alors expliquées même aux artistes.

Cellini, qui ne décrit, nous l’avons vu au chapitre précédent, que deux de ses cachets de cardinaux, quoiqu'il en ait exécute plusieurs autres, donne sur ses médailles et ses monnaies des indications beaucoup plus nombreuses, bien que très-incomplètes encore. On est même étonné qu’il n’ait parlé nulle part de la belle médaille de François I , œuvre d’une authenticité pourtant incontestable, puisqu’elle est signée de son nom, comme l’une des médailles de Clément VII. Afin de compléter les renseignements laissés par l’artiste, nous n’avons négligé aucune publication de numismatique renfermant quelque indication nouvelle à ce sujet, et nous nous sommes notamment sert i des travaux de M. J. Friedlaender : Miinzen und Médaillon des Benvenuto Cellini (i); de l’ouvrage de M. Joseph Arneth : The Cinque-Cento-Camecn und Arbeitcn des Benvenuto Cellini und seiner Zeitgenosscn , im A'. A". Mi'tnz und Antiken Cabmette (2) ; de l’étude de l'abbé Guido Ciabatti, publiée dans la Revue italienne intitulée Periodico di numismatica e sfragistica fer la storia d'Italia (3) ; et aussi de 1 excellent Catalogue de M. Alfred Armand : les Médailleurs italiens des quinziéme et seizième siècles, mine précieuse pour quiconque étudie cette période de 1 histoire de 1 art.

Afin de les classer plus facilement par ordre de date et de sujets, nous avons groupé ensemble les médailles et les monnaies.

Doublon d’or du Pape Clément VII. — (Pixi,fig. 1.)

Mentionné à la Vita et au Trattato delV Oreficeria.

Au droit, le buste du Pape tourné à gauche, avec la légende : « CLEMENS . VII . PONT .

MAX. » Au revers, le Christ nu, debout, les mains liées, et l’inscription : « ECCE . HOMO.

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