L’ARCHITECTURE
lusieurs des artistes contemporains de Cellini, orfèvres, peintres, sculpteurs et sculpteurs sur bois ( legnaiuoli) , devinrent aussi architectes et ingénieurs. Nous en avons rencontré quelques-uns dans le cours de cette étude : Nanni Unghero, le San Marino, Niccolô de’ Pericoli, dit le Tribolo, le Sansovino, Giovan Battista del Tasso.
Quant à Benvenuto, il paraît n’avoir été occupé que rarement à des travaux d’architecture. Sans doute on pourrait donner comme tels quelques-uns des ouvrages que nous avons relevés au chapitre de la Sculpture, par exemple : le modèle d’une fontaine colossale destinée au parc de Fontainebleau; le modèle d’un monument funèbre exécuté sur la commande du cardinal de Ravenne; le modèle de la sépulture d'un Pape, mentionné dans l’inventaire après décès. Mais ces projets ne furent pas mis à exécution, au moins par Cellini.
En France, si l’on en croit le récit de la Vita , il aurait été consulté par François I r lorsque ce prince dut se préoccuper de mettre la capitale à l’abri d’un coup de main des Impériaux, qui s’étaient avancés jusqu’à Epernay et Château-Thierry. Le Dauphin, pour couvrir Paris, avait amené ses troupes à Meaux; et le Roi fit en effet fortifier davantage les murailles du côté des faubourgs de Montmartre, du Temple, de Saint- Antoine, de Saint-Jacques et de Saint-Michel. Mais l’amiral d’Annebaut écarta Cellini, et, d’accord avec madame d’Etampes, il fit appeler le grand ingénieur Girolamo Bellarmati, autrefois professeur de mathématiques et d’architecture militaire à Sienne, et à qui l’on doit les travaux de défense exécutés dans ce temps pour la ville et le port du Havre.
Plus tard, lorsque Cosme, pour complaire à l’Empereur, dut attaquer Sienne qui avait chassé les Impériaux, et envoyer des troupes, sous le commandement du marquis de Marignan, pour assiéger la ville ennemie, il vit à son tour son territoire plusieurs fois dévasté par l’armée de Henri II, placée sous les ordres de Piero Strozzi. La guerre, qui dura plusieurs mois (1554-1555), fut indécise et meurtrière, et il y eut lieu de mettre Florence en meilleur état de défense.
« Le duc, dit Benvenuto, répartit les travaux des portes entre ses sculpteurs et ses architectes; et c’est ainsi qu’on me confia la porte al Prato et la petite porte d’Arno, qui est sur le Prato, par où l’on va alla Mulina. Le chevalier Bandinelli eut la porte à San Friano; Pasqualino d’Ancône, la porte à San Pier Gattolini; Giuliano di Baccio d’Agnolo, sculpteur en bois, la porte à San Giorgio; Particino, sculpteur en bois, la porte à San Niccolô. Au sculpteur Francesco da San Gallo, dit le Margolla, fut donnée la porte alla Croce; à Giovanbattista, appelé le Tasso, la porte
à Pinti. Et de même d’autres portes et bastions à divers ingénieurs dont je ne me souviens pas; mais cela n'importe pas à ce que j’ai à dire. »
Naturellement, Cellini devait soulever quelques difficultés, selon sa coutume, d’autant plus que les plans lui furent fournis comme aux autres, et qu’il lui était toujours insupportable de travailler sur les dessins d’autrui. A ses observations Cosme répondit avec colère : « Que tu fasses bien les figures, je te l’accorderai; mais pour les choses de cette profession, j’entends que tu me le cèdes. Ainsi, observe le dessin que je t’ai donné. » Cependant, le sculpteur finit par persuader le prince d’accepter des plans de sa composition, qu’il exécuta non sans d’autres tracas, car il se prit de querelle avec un des capitaines de garde et dut mettre l’épée à la main.
Benvenuto a écrit un Discours sur l Architecture , imprimé pour la première fois par l’abbé Jacopo Morelli, dans un ouvrage intitulé : I Codici manoscritti volgari délia Libreria Naniana (Venise, 1776). L’artiste y manifeste l’intention de consacrer à ce beau sujet un livre spécial, pour mettre en lumière les excellents préceptes d’un Traité de la Perspective composé par Léonard de Vinci, et dont il possédait un manuscrit. Ce projet ne fut sans doute pas mis à exécution, et personne ne connaît le traité du Vinci sur la perspective.
RECHERCHES SUR SON ŒUVRE