‹ Benvenuto CelliniChapitre 26 sur 75 · LES ARMES, LES OUVRAGES DE FER ET D’ACIER · texte numérisé non relu

LES ARMES, LES OUVRAGES DE FER ET D’ACIER

n ne trouve dans les écrits de Benvenuto qu’un très-petit nombre d'indications relatives aux armes et aux ouvrages de fer et d’acier. Les documents ne révèlent aussi que bien peu de pièces de cette nature. Nous groupons ci-après ce que nous avons pu relever à ce sujet.

Poignards incrustés d’or.

Mentionnés à la Vita.

L’artiste a lui- même décrit le caractère de ces ouvrages, auxquels il s’adonna d’abord à Rome, dans les premières années du pontificat de Clément VII :

« En ce temps-là, dit-il, il me tomba dans les mains de petits poignards turcs, dont la lame, le manche et même la gaine étaient en fer. Sur ces poignards étaient intaillés, à l’aide d’une pointe de fer [intagliciti per virtù di ferri) , et très-finement incrustés d’or ( commcssi d’oro ), des feuillages à la turque. La vue de ces objets m’incita vivement à m’essayer dans un art aussi différent du mien, quelle qu’en fût la difficulté; et quand j’eus reconnu que j’v réussissais, j’exécutai plusieurs ouvrages de ce genre, beaucoup plus beaux et plus durables que ceux des Turcs, et cela pour plusieurs raisons : d’abord j’intaillais l’acier très-profondément et en fouillant sous les bords (1), ce que ne pratiquaient pas les Turcs. Ensuite, les feuillages turcs ne sont que des feuilles de colocasie avec quelques petites fleurs d’héliotrope, de sorte que, bien qu’ils ne manquent pas de grâce, ils ne peuvent plaire autant que les nôtres. A vrai dire, en Italie, il règne une grande diversité dans la manière de faire les feuillages; les Lombards, par exemple, en composent de très-beaux en reproduisant le lierre et la couleuvrée, avec leurs heureux enroulements si agréables à l’œil. Les Toscans et les Romains sont encore mieux inspirés dans leurs choix lorsqu’ils imitent la feuille d’acanthe, dite branche-ursine, dont les festons et les fleurs forment des dessins si variés, au milieu desquels ils placent de petits oiseaux et d’autres animaux. Et c’est là que l’artiste fait connaître son bon goût. Il peut, d’ailleurs, s’inspirer en partie de ce que lui présente la nature elle-même dans certaines fleurs sauvages, comme celles qui s’appellent gueules de lion; et il ajoute ses propres inventions, ainsi que l’ont fait tant de vaillants maîtres. »

Cellini fait remarquer que ces ornements sont appelés grotesques , parce qu’ils sont imités de ceux qui ont été découverts dans des cavernes de Rome, lesquelles ne sont autre chose que des chambres antiques, des étuves ou d’autres salles enfouies sous terre par suite de l’élévation progressive du sol. Il combat cette appellation, qu’il trouve mau-

(1) Il dit « a sottosquadi'o », c’est-à-dire, à queue d’aronde.

vaise, et voudrait lui substituer celle de monstres , parce que c’est ainsi que les anciens appelaient les productions de leur fantaisie, dans lesquelles ils empruntaient, en les réunissant, les formes de la chèvre, de la vache, de la cavale, et que les combinaisons de feuillages incrustés dans l’acier par les artistes modernes procédaient de la même idée. Malgré ces raisons, le mot grotesque, on le sait, a prévalu et est encore usité aujourd’hui.

Escopette.

Mentionnée à la Vita,

Benvenuto raconte qu’à une des époques où Rome fut ravagée par la peste, en 1524 (1), il allait souvent, pour se distraire, étudier les antiques dans la campagne et chasser avec une escopette qu’il avait fabriquée lui-même. Bien qu’il ne parle de l’excellence de cette arme qu’au point de vue du tir, il est probable qu’il dut l’enrichir de quelques ornements de sa composition travaillés à la damasquine.

Anneaux d'acier.

Mentionnés à la Vita.

Ces anneaux, d’acier très -pur, étaient ciselés et incrustés d'or. Des anneaux de fer gravés, dans chacun desquels était enchâssée une petite coquille, ayant été découverts dans des urnes cinéraires antiques, avaient alors donné le goût de ces objets. Benvenuto en exécuta un certain nombre à Rome, vers 1524. Quelques-uns lui furent, dit-il, payés plus de quarante écus pour la façon.

M. Joseph Arneth a relevé à Vienne un anneau dont le travail lui paraît pouvoir être attribué au Florentin (2).

Miroir d! acier.

Cet objet est relevé dans l’inventaire de la boutique que l’artiste occupait à Rome au moment où il fut incarcéré au fort Saint- Ange : « Uno specc/iio d’aciaro. »

Un Poignard.

Ce poignard, mentionné aussi dans l’inventaire de la boutique dressé à Rome en 1538 par le notaire fiscal, était surtout un objet d’orfèvrerie. Sa poignée était de lapis monté en or : « Uno pogncile con manicha di lapis et d'oro. »

Une Dague et une Masse de chevau-léger.

Nous n’avons d’autre indication sur ces deux armes que la mention qui en fut faite,

(1) Voir sur la peste de Rome, la note de Francesco Tassi, t. Ier, p. 109.

(2) Voir au Catalogue des Pièces attribuées.

RECHERCHES SUR SON ŒUVRE

au temps du séjour de Benvenuto en France, sur le registre des dépenses du cardinal de Ferrare, dont nous avons parlé plusieurs fois. Il y est noté que le io octobre 1540, Sa Seigneurie, étant en barque, remit une petite somme à l’artiste en échange du présent qu il avait reçu de lui : « A M° Benvenuto aurifice per mano propria di Sua SrU B , essendo in barca, per una daga et una mazza da caval leziero lui donete a quetta. » Nous sommes assez porté à considérer ces deux pièces comme des ouvrages de 1 orfèvre, tout en reconnaissant que le document ne précise rien à cet égard.

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