CHAPITRE PREMIER
LES BIJOUX ET JOYAUX
ous avons donné plus haut la liste relativement restreinte de ceux des bijoux de Cellini sur lesquels l’artiste a lui -même fourni quelques renseignements, et nous y avons ajouté les pièces qui nous ont été révélées par divers documents. Nous avons vu que le plus important de tous ses ouvrages en ce genre, le fermoir de pluvial du Pape Clément VII, avait été détruit au commencement de ce siècle.
Qu’est devenu l’anneau de Paul III, dans lequel était monté le diamant de douze mille écus, présent de Charles-Quint? Où se trouve aujourd’hui la bague élégante offerte à Philippe II par la duchesse Eléonore? En admettant que les pierreries subsistent, on peut bien être persuadé que les montures ont été changées. De même pour le beau lys de donna Porzia Chigi , et aussi pour les parures de Francesca Sforza. Quant au pendant de la duchesse de Toscane, d'après ce que l'orfévre en a dit luimême, cet objet ne paraît pas avoir attendu longtemps sa transformation.
La mode change, le goût se modifie. Une femme hérite de parures de prix ; elle n’a rien de plus pressé que de démonter les pierreries et les diamants pour les faire disposer selon les idées du jour ou d’après son caprice personnel. Quant à la vieille monture, l’or passe au creuset, et avec les émaux disparaissent aussi les élégantes compositions où s'était complu l’imagination de l’artiste. Les accidents, la cupidité des voleurs ne sont que de faibles causes de destruction en comparaison de celle-là.
Il est donc raisonnable de croire que les bijoux de Cellini ont, pour la plupart au moins, subi le sort commun. Cependant, d’heureuses circonstances ayant fait parvenir jusqu’à nous un certain nombre de joyaux du seizième siècle, conservés dans les collections publiques ou privées, nous n’avions pas le droit d’affirmer à priori que, parmi ces œuvres dues à des contemporains de Benvenuto, il fût impossible en soi d’en
rencontrer quelqu’une de la main du maître. Nous avons donc relevé les attributions qui ont eu le plus de notoriété. On verra bien vite que celles qui peuvent être raison • nablement acceptées forment le plus petit nombre ; néanmoins, nous ne saurions avoir la prétention de formuler à ce sujet aucun avis absolu, car pour les bijoux, ceux du
seizième siècle surtout, les connaisseurs les plus expérimentés sont les premiers à
reconnaître qu’il est souvent très-difficile, pour ne pas dire impossible, de discerner avec certitude l’origine des pièces. Nous nous bornerons par conséquent à indiquer les probabilités, ou nous signalerons les rapprochements qui peuvent être faits avec des ouvrages similaires dont les auteurs sont connus.
Bague en acier et or.
Cabinet de Vienne.
Cette pièce a déjà été relevée par M. Joseph Arneth, qui en a donné une chromo¬
lithographie. Le chaton se compose d’une tête gravée sur
agate; il est serti d’or, avec deux mufles de lion sur le côté. L’anneau est en acier doublé d or à 1 intérieur. Extérieurement, il est enrichi de deux masques barbus, de deux mufles de lion et de deux fleurs, avec quelques autres ornements gravés.
L’attribution de M. Arneth nous paraît soutenable, le travail de cet anneau, avec ses incrustations d’or dans
Bague du Cabinet de Vienne.
l’acier, répondant assez exactement aux indications que Benvenuto a données sur ses travaux en ce genre (1). Selon sa fantaisie, l’artiste pouvait araser l’or incrusté ou lui donner du relief, comme on le voit dans la pièce reproduite ci-contre.
Léda et le Cygne. — (Pi. XXI, fig. 3.)
Cabinet de Vienne.
Camée sur champ d’or, enrichi d’émaux, de diamants et de rubis. Nous avons décrit cette enseigne à propos d’une médaille dont Benvenuto a fait mention et avec laquelle on a cru pouvoir l’identifier, non sans des présomptions qui paraissent sérieuses (2).
Monture d'un camée antique. — (Pi. xxi, fig. 1.)
Cabinet de France.
« Di qucste opère io ne feci assai » , — « De ces ouvrages, j’en ai exécuté beaucoup », dit Cellini en parlant des médailles de béret, ou plus exactement de bonnet. On peut donc, en dehors de celles dont il a lui-même donné la description, étudier les pièces analogues qui lui ont été attribuées. Le camée du Cabinet de France dont nous avons à parler ici est une antique, les bustes de Jules César et d’Auguste, de Tibère et de
(1) Voir plus haut, page 139, et ci-après, au chapitre des Pièces en acier. — (2) Voir page 140.
RECHERCHES SUR LES ATTRIBUTIONS
Germanicus, se faisant vis-à-vis deux à deux, y sont gravés en demi-relief. Les noms de chacun des personnages ont été ajoutés, en abrégé, au-dessus de chacun des bustes, à une époque postérieure. Le champ est en sardonyx ; sa forme est ovale, et il mesure trente-cinq millimètres de haut sur cinquante-quatre millimètres de large.
M. Chabouillet a fait remarquer avec raison (1) que le cadre vaut ici mieux que le tableau. Les bustes antiques sont d’un dessin défectueux, d'une facture sèche et dépourvue de grâce; tandis que dans son élégante monture en or émaillé, travail de la Renaissance italienne, on peut reconnaître avec assez de vraisemblance la main de Benvenuto.
L’encadrement, composé de trophées et de lions en bas-relief, est couronné par une composition allégorique : la Renommée entre deux captifs enchaînés. Ces figures, qui par leur attitude rappellent bien l’école de Michel-Ange, sont détachées en ronde bosse, et paraissent avoir été exécutées par les procédés que décrit Cellini en parlant, au Traité de /' Orfèvrerie , de ses médailles d'Atlas et dé Hercule.
Monture d’un camce antique. — (Pl. xxi, %. 4.)
Cabinet des Gemmes, à Florence.
Le camée, en onyx monté sur cristal, représente Bacchus au moment où il découvre Ariane abandonnée par Thésée. Silène soutient le dieu du vin; Ariane est endormie sur un rocher; près d’elle, l’Amour soulève le couvercle d’une ciste. Ce travail antique est assez médiocre.
M. Labarte a signalé comme ouvrage de Benvenuto la monture de cette pièce, qui provient de la Casa Mcdici. On y remarque un encadrement d’or émaillé, qui indique la main d’un orfèvre du seizième siècle. Au-dessous pend une perle en forme de poire. Bien dans le dessin de cette monture ne nous paraît désigner Cellini; c’est même un travail trop peu caractérisé pour qu’on puisse s’aventurer dans aucune hypothèse. Ducerceau a gravé quelques modèles de cartouches d’un dessin analogue (2).
Le Char d’Apollon. — (Pi. xxi, fig. 2.)
Collection de Mgr le duc d'Aumale, au château de Chantilly.
Sur un champ d’émail bleu très-clair, de forme ronde, et bordé de perles, est fixé un superbe groupe en ronde bosse représentant Apollon conduisant son quadrige au-dessus d’un nuage d’or émaillé d’un ton rougeâtre. L’Apollon et les quatre chevaux sont émaillés en blanc, mais l’or a été réservé pour la chevelure du dieu et pour la crinière des coursiers. Le char et les roues sont en émail bleu bordé d’or (3).
La composition est tellement heureuse, la figure d’Apollon est si élégante, les quatre chevaux ont à la fois tant de grâce et tant de fougue dans l’allure, que l’on doit classer
(1) Catalogue des camées et pierres gravées de la Bibliothèque impériale.
(2) Voir à la Bibliothèque nationale (Estampes) le volume marqué E d 2 f.
(3) U Inventaire desvaisselles et joyaux du Cabinet du Roy, dressé à Fontainebleau en 1560, sous Charles IX, relève la pièce suivante : « N° 474. Une grisolitte (chrysolithe) d’or, où il y a ung Phaeton estimée X. »
ce bijou parmi les plus charmantes pièces que Von puisse rencontrer de la première moitié du seizième siècle italien. Aucun document n’établit qu’il soit l’œuvre de Cellini, mais il ferait honneur au maître. Le groupe, entièrement en ronde bosse, est fixé au champ d’après les procédés décrits par l’orfévre; l’émail est appliqué sur les petites figures avec cette adresse minutieuse que tout le monde a reconnue au Florentin. Et cette préciosité du travail n’exclut ni la facilité, ni la vigueur, ni la souplesse. On doit regarder à la loupe la tète de X Apollon, qui est d'une divine beauté et appartient à ce même art auquel on doit la tête du Ganym'cde restauré, et celle de la Lcda du camée de Vienne.
Cartouche ou petit cadre de portrait.
Ce petit cartouche, de forme ovale, qui mesure cinquante millimètres de haut sur trente de large, semble avoir été destiné à encadrer un camée ou un portrait; l’inscription : « extincta vivet » indique même que ce devait être un portrait de femme. La pièce est en or : au sommet, un masque émaillé au naturel ; de chaque côté, deux serpents montant sur le cadre et mordant les rinceaux découpés à jour de la partie supérieure; en bas, un mufle de lion, et au-dessous, une émeraude en pendeloque.
M. Labarte (i) a reproduit cet objet, qui avait fait partie de la Collection Debruge-Dumesnil, où il était attribué à Benvenuto Cellini. A la vente de cette collection, il a été acquis au prix de 610 francs par
de l’ancienne Collection . . .
Debruge-Dumesnil. M. Fabre. La pièce paraît être italienne et du milieu du seizième siècle.
Médaillon ou Enseigne représentant Adam et Eve. — (Pi. xxi, fig. 5.)
Cette pièce fit autrefois partie, comme la précédente, de la Collection Debruge- Dumesnil, et M. Labarte, qui l’a reproduite en chromolithographie, en a donné la description suivante :
« Enseigne de forme ovale. Adam et Ève nus et debout. Ces figures, en or et émaillées en couleur, sont appliquées sur un champ de prime d émeraude, duquel elles se détachent presque entièrement. La pierre est encadrée dans une bordure d’or émaillé, ornée d’une émeraude en pendeloque. Ce bijou est attribué à Benvenuto Cellini. — H. oD,,o4o. — L. oD,,o3o. »
Ce médaillon a été acquis, à la vente de la Collection, par M. Fabre, qui l’a payé 1,000 francs. Le caractère de la pièce indique un ouvrage italien; la nature du travail ne contredit pas l’attribution ; mais, d’autre part, rien ne 1 établit.
Fermoir de pluvial. — (Pi. XXII, fig. 4 et 5.)
kglise de Santa Barbara, à Mantoue.
Ce fermoir, de forme presque ronde, en or ciselé, est enrichi de pierreries. Il mesure (1) Histoire des arts industriels au Moyen Age et à l’ époque de la Renaissance , t. II, 1873.
Cartouche
RECHERCHES SUR LES ATTRIBUTIONS
huit centimètres de diamètre. Sur la partie antérieure, il porte le nom de Jésus en brillants, entouré d’ornements d’or ciselé et de pierres précieuses, au milieu desquelles on remarque deux figures ciselées en bas-relief, un guerrier et une femme, tous deux assis et formant en quelque sorte support à la couronne ; ils tiennent des fleurs et des fruits, et personnifient sans doute les vertus et la paix. Au-dessous, deux figures d’hommes à l’air farouche caractérisent probablement les vices. Tout au bas se trouve un masque au milieu de rinceaux dans lesquels s’élancent deux petits chevaux. De l’autre côté du bijou est représentée Y Adoration du veau d'or. Une multitude de petites figures ciselées, et portant quelques traces d’émaux, font partie de cette composition, au-dessous de laquelle on lit : « EXODI • XXXII • 1562 ». La pièce est donc en tout cas contemporaine de Benvenuto, dont on a cru reconnaître le travail dans l’exécution minutieuse et raffinée des détails.
Cet intéressant spécimen de l’art italien au seizième siècle appartient au chapitre de l’église de Santa Barbara.
Grenade de Notre-Dame del Pilar. — (Pi. xxn, fig. 2.)
Collection de M. le baron Gustave de Rothschild, à Paris.
L’église métropolitaine de Notre-Dame del Pilar, à Saragosse, possédait naguère ce beau bijou. On sait la vénération de l’Espagne, et l’on peut dire du monde catholique, pour cet antique sanctuaire, qui remonte au quatrième siècle de notre ère. Reconstruit dans de vastes proportions à la fin du dix-septième, enrichi encore au siècle suivant par la libéralité des princes, il ne cessait de voir son trésor s’accroître par de nombreux cx-voto. Cependant, les travaux de construction n'étant pas encore terminés de nos jours, le chapitre métropolitain, avec l'assentiment de l’archevêque, décida, pour aider la société qui avait pris à sa charge l'achèvement du monument, d’aliéner une précieuse collection qui se trouvait dans la sainte chapelle, et en avril 1870 fut imprimé à Madrid le « Catalogue des bijoux de la Tris -Sainte Vierge del Pilar de Saragosse , lesquels , avec l’autorisation compétente , seront mis en adjudication publique pour la continuation des travaux de ce temple métropolitain. »
La liste des objets témoigne de la piété de toutes les générations, de toutes les catégories sociales. Des rois, des ministres, des officiers généraux, avaient offert à la Madone les plaques de leurs ordres ou leurs bagues les plus riches; les reines et les infantes, des colliers ou des diadèmes de perles, d’émeraudes et de diamants. Un taureau en argent ciselé était le témoignage de la foi naïve du torero Cuchares ; un autre, en cuivre doré, avait été présenté parle torero Pepe Hillo. Des malades guéris et reconnaissants avaient, par un touchant empressement, donné à la bonne Vierge, qui un œil en argent, qui un doigt, celui-là un pied, cet autre une jambe tout entière.
La grenade était sans contredit un des plus beaux présents des âges passés. Le Catalogue de la vente en offre une description que nous croyons intéressant de transcrire. Ce Catalogue a été publié en espagnol et en français. Voici la reproduction textuelle de la notice d’après son édition française :
« N"433. Joyau en or, représentant une grenade suspendue à une branche par trois chaînettes.
Ji
Ce bijou est admirablement et finement travaillé; les couleurs vives de son émail font ressortir les dessins précieux, tous ciselés et gravés. Les grains du fruit, qui se voient par une outerture
naturelle, sont de rubis orientaux taillés exprès. En ôtant une petite vis cachée dans la couronne de la grenade, celle-ci s'ouvre en deux parties, découvrant dans chacune d'elles une excavation avec portail de style Renaissance, avec quelques figures représentant le mystère de la Visitation de la Sainte Vierge à sainte Isabelle d'un côté, et de l’autre, l'Annonciation, parfaitement émaillés.
« Par la délicate exécution de ce joyau classique en son genre, par l’époque et le style où il fut travaillé, par ce qui a été écrit des travaux célèbres de l’immortel Benvenuto Cellini, cette grenade doit être attribuée à cet éminent artiste; ainsi le croient les hommes compétents qui l’ont examinée; et si l’auteur qui publia, en i85o, les œuvres de Cellini, y relatant la description et le dessin de ce joyau, l’avait vu avant de faire paraître son ouvrage, il n’aurait toutefois pas dit qu'il le croyait perdu, sinon qu il existait dans le sanctuaire de Notre-Dame dcl 1 ilar de Saragosse. »
Nous ne savons pas à quelle publication fait ici allusion le rédacteur du Catalogue. Nous pouvons seulement dire que sa description de la pièce est exacte, et que nous n’avons rien à y ajouter.
Quant à l’attribution à Cellini, on ne doit pas lui reprocher d’en être l’auteur, puisqu’elle remonte au dix-septième siècle. M. le baron Ch. Davillier, qui fut le second acquéreur de ce bijou quelques années après la vente dont nous venons de pailer, reçut en même temps un document constatant l’authenticité de cette attribution, document certifié par le chapitre métropolitain, et que nous transcrivons :
« En un legajo de borradores y notas de diferentes secretarios predecesores del infrascrito, existe una nota antigua que expresa claramente la procedencia del referido joyel, y copiada lite-
ralmente, dice asi : .
.. Granata qux gemmario hujus sancti t empli Beatæ Manæ l irginis de Continua i est , et singularis hujus generis, constructa fuit ab artifice Florentino Benvenutus (sic) Cellini, ni honorent amicissimi hujus art ificis D. D. Francisais (sic) Cabrera et Bobadilla episcopus (sic) Salmaticensis (2) cui eam consecravit et douant. »
■ No puede venirse en conocimiento por ahora dcl sugeto que la donô a este santo I emplo, xi lo fué cl mismo llmo. Sr. obispo D. brancisco Cabrera, 6 sus hcrederos. »
Nous traduisons le document :
„ Dans une liasse de brouillons et de notes de différents secrétaires (du chapitre) prédécesseurs du soussigné, existe une note ancienne, qui indique clairement la provenance dudit bijou, et
qui , copiée littéralement, s'exprime ainsi :
„ I.a grenade qui se trouve au trésor de ce saint temple de la Bienheureuse I terge Marie
del Pilar, et qui est un objet unique dans son genre, a été exécutée par l'artiste florentin Benvenuto Cellini en l'honneur de D. Francisco Cabrera y Bobadilla, évêque de Salamanque, dont la personne lui était très-chère , et à qui il la destina et la donna. ,
,, On ne peut savoir aujourd’hui par quel personnage elle fut donnée à ce saint temple; si ce fut par l'illustrissime seigneur évêque don Francisco Cabrera, ou par ses héritiers. .
L’écriture du document latin paraît appartenir au milieu du dix-septième siècle. On remarquera que dans cette note l’auteur inconnu fait allusion à la grande amitié de Cellini pour l’évêque de Salamanque ; il ignorait donc les violents démêlés du prélat
(i) Du pilier, c’est-à-dire del Pilar, — (2) Il faudrait « Salmanticensis ».
RECHERCHES SUR LES ATTRIBUTIONS
et de l’artiste, démêlés que la publication des Mémoires n’a révélés, en effet, que beaucoup plus tard.
Quant au bijou, M. le baron Davillier, qui l’a quelque temps possédé avant qu’il passât dans la Collection de M. le baron Gustave de Rothtschild, ne pense pas, malgré le document certifié et délivré par le chapitre métropolitain, qu’il puisse être attribué à Benvenuto. Il le croit même quelque peu postérieur. Ce pourrait être un travail espagnol. Nous ajouterons que Y Inventaire des vaisselles et joyaux du Cabinet du Roy , dressé à Fontainebleau en 1560, contient les notices d’une trentaine de pièces analogues, pommes à parfums, noix, poires, la plupart rehaussées d’émaux et enrichies de pierreries. Quelques-unes s’ouvrent et renferment divers sujets religieux. Deux d’entre elles portent la mention : « Façon d’Espaigne (1). »
Le Jugement de Paris. — (Pi. xxil, % 3.)
Grüne Gewôlbe , à Dresde.
Ce joyau, en or émaillé, est enrichi d’un certain nombre de pierreries montées en fleurettes. Quelques-unes manquent, et il semble qu’elles aient été arrachées avec violence, car la monture a souffert dans le haut à droite. Heureusement, la partie principale et la plus intéressante de l’œuvre est demeurée intacte ; c’est le groupe des petites figurines en ronde bosse, émaillées au naturel. Au milieu de celles-ci, on voit Paris assis, vêtu d'un justaucorps et tendant la pomme à la déesse victorieuse. Mercure est auprès de Vénus, et l’Amour se repose aux pieds de sa mère. Junon et Minerve se tiennent à gauche du fils de Priam. Les trois déesses sont nues.
Le Catalogue du Grüne Gewôlbe (n° 281) signale la beauté de cette pièce, qu’il donne à Benvenuto (2). Nous ne croyons pourtant pas que l’attribution puisse être maintenue. La construction générale du bijou et le caractère des petites figures n’indiqueraient-ils pas plutôt un maître de Nuremberg, d’Augsbourg ou de Munich?
Pendant de l’ancienne Collection Debruge-Dumesnil. — (Pi. xxil, fig. 1.)
M. Labarte a donné une chromolithographie de cette pièce dans son Histoire des arts industriels au Moyen Age et à l’époque de la Renaissance. Il la décrit ainsi dans l’explication des planches (3) :
« Pendant en or ciselé et émaillé, enrichi de pierres fines. Deux figurines de ronde bosse sont
(1) N° 535. « Pommes d’or, plaines de senteurs, ouvraige de juif. » — N° 545. « Une autre pomme d’or faicte en vase, façon d’Espaigne, pendant à une petite chesne. » — N° 547. « Une autre poire de senteurs, façon d’Espaigne. » — N° 552. « Une petite pomme qui s’ouvre ; d’un costé une Nostre Dame d’agathe. et de l'autre ung Dieu. » — N° 553. « Une autre pomme d’agathe qui s’ouvre, dans laquelle il y a ung Trespassement et une Assumption Nostre Dame (envoyée le 2 mars 1560 à la Royne d’Espagne). » — N° 561. « Une noix d’agathe garnie d’or, où est ung Ecce homo et ung Crucifiement. » — N° 563. « Une «rosse pomme de cacydoine qui s’ouvre , où il y a en l’ung des costés ung Crucifiement et de l’autre une Résurrection. »
(2) Voir Description raisonnée du Trésor Royal Saxon, par le Dr J. G. T. Graesse. Dresde, 1879.
(3) Voir aussi le Catalogue des objets d’art qui composent la Collection Debruge-Dumesnil, p. 115. Paris, 1849. In"8°.
placées sous une arcade; une jeune femme vêtue d’une tunique talaire (l’Astronomie?) tient un compas à la main et paraît faire une démonstration scientifique à un vieillard debout auprès d’elle; ce vieillard porte la cataphracte antique et est enveloppé d'un manteau. Il existait sans doute entre ces deux figures un piédestal sur lequel était posée une sphère. Ces figures sont en or ciselé; les carnations et une partie des vêtements sont émaillées; l’arcade sous laquelle elles sont placées est accompagnée de deux colonnes de diamants-table; les dés des piédestaux des colonnes sont formés de gros rubis. De chaque côté, en dehors des colonnes, sont des socles qui supportent des vases en rubis; un fronton, dont le centre est orné d’un gros diamant, surmonte l’arcade; le monument est terminé par un culot avec trois rubis en pendeloque.
« Le revers présente une décoration architecturale finement ciselée et émaillée. Ce bijou, qui contient vingt-cinq diamants, douze rubis et un grenat, est encore plus précieux par la délicatesse exquise du travail que par la valeur des pierres fines dont il est embelli. Il est attribué à Benvenuto Cellini. »
A l'a vente Debruge-Dumesnil, il a été acquis par M. le baron Seillière. La pièce mesure sept centimètres de haut sur six de large; elle est fort belle, mais, de même que le bijou de Dresde, elle nous paraît appartenir à T Allemagne ou à la Flandre plutôt qu’à l’Italie, et nous serions tenté de la rapporter à Hans Collaert d’Anvers, qui travaillait au seizième siècle et au dix- septième, ou à quelqu’un des habiles orfèvres ses élèves.
Dans un volume du département des estampes à la Bibliothèque nationale (L e 47), on rencontre plusieurs bijoux composés par Collaert. Les figurines y sont placées au milieu d’édicules dont la construction présente beaucoup d’analogie avec le pendant de la Collection Debruge-Dumesnil. Ce sont les mêmes portiques, les mêmes rinceaux, les mêmes motifs d’architecture, interrompus souvent sur les côtés, comme brisés ou restés en suspens.
Le Jugement de Pans. — (Pi. XXIII, fig. 2.)
Collection de M. le baron Ferdinand de Rothschild, à Londres.
Avant de faire partie de la Collection de M. F. de Rothschild, les six pièces que nous avons réunies sur la même planche et que nous allons décrire ci-après, avaient à peu près toutes, crovons-nous, figuré aux Loan Exhibitions, où elles étaient généralement attribuées à Cellini. C’est ainsi qu’elles se rattachent à notre sujet, bien que leur propriétaire actuel soit le premier à ne pas croire l’attribution fondée. D’aussi beaux objets sont d’ailleurs suffisamment intéressants par leur seule valeur artistique.
Le Jugement de Pâris est une enseigne ou une broche de forme ovale , en or émaillé , avec cadre de rubis. Les trois déesses, émaillées au naturel, se présentent nues à Pâris assis, qui remet la pomme à Vénus. L’Amour est auprès de sa mère, le paon auprès de Junon. Mercure se tient derrière le berger, et un petit génie vole au-dessus de la déesse victorieuse. L’élégance du dessin, la grâce de la composition, paraissent indiquer un bijou italien du seizième siècle.
La Chasse au faucon. — (Pi. xxiii, fig. i.)
Collection de M. le baron Ferdinand de Rothschild, à Londres.
Pendant en or émaillé.
RECHERCHES SUR LES ATTRIBUTIONS
Dans un encadrement circulaire composé de rubis, un cavalier, portant un faucon sur le poing gauche, se retourne à droite vers une damoiselle qu’il emmène en croupe. Le bijou est suspendu à une triple chaînette d’or attachée à une croix formée de six perles, avec une pierre précieuse au centre. Au-dessous, trois autres perles sont posées en pendeloque.
La composition est émaillée au naturel avec beaucoup d’adresse et dans de brillantes colorations. C’est une de ces charmantes pièces du seizième siècle sur lesquelles il paraît bien difficile de se prononcer. Qu’il nous suffise de signaler un rapprochement avec un bijou presque semblable qui appartient au Louvre. M. Sauzay, dans le Catalogue du Musee Sauvageot (1863), au n° 35°> relevait celui-ci comme un travail de Nuremberg; et le même auteur le qualifiait ensuite de travail italien dans le texte qui accompagne les planches de M. Lièvre, où le bijou est gravé (1). Le Catalogue de M. Alfred Darcel (D. 819) le classe parmi les ouvrages français.
Vénus et l'Amour. — (Pi. xxiii, % 3.)
Collection de M. le baron Ferdinand de Rothschild , à Londres.
Pendant en or émaillé, enrichi de rubis et de perles.
Les deux figures sont placées sous une arcade ; une grosse pierre leur sert de piédestal, et une perle est posée en bas en pendeloque. Le bijou, composé de colonnettes, de rinceaux et de volutes dans lesquels sont enchâssés plusieurs autres rubis, et qui porte aussi deux perles suspendues de chaque côté, est finement ciselé à jour.
Le joli groupe de Vénus et l’Amour rappelle les gracieuses figurines que Théodore de Brv (2) plaçait souvent au milieu de ses modèles de bijoux, dont on voit une série des plus intéressantes dans un volume du département des estampes à la Bibliothèque nationale (L e 45). Plusieurs de ces compositions de Théodore de Bry présentent le même dessin d’ensemble, la même forme générale que le pendant dont nous nous occupons ici. Nous signalerons spécialement dans l'œuvre de l’orfévre liégeois un pendant au milieu duquel est représentée une Charité avec trois enfants. L’analogie au moins doit être notée.
Licorne marine. — (Pi. xxiii, fig. 6.)
Collection de M. le baron Ferdinand de Rothschild, à Londres.
Pendant en or ciselé, émaillé, enrichi de perles et de pierreries. La tête de la licorne est en or; le corps, les nageoires et la queue sont en or, avec des détails émaillés de diverses couleurs; treize grosses émeraudes cabochons y sont incrustées. L’animal fantastique est en ronde bosse, ainsi que la petite figure qui le conduit; celle-ci est une femme couronnée d’un diadème et portant un trident.
Ce riche bijou, qui a fait autrefois partie de la Collection Debruge-Duinesnil, et dont
(1) Voir Collection Sauvageot, de MM. Sauzay et Lièvre, planche V. Paris, 1863.
(2) Né à Liège en 1528, Théodore de Bry travaillait à Francfort-sur-le-Main, où il mourut en 1598,
M. Labarte a publié une chromolithographie (i), pourrait être un ouvrage espagnol de la fin du seizième siècle.
Sirène. — (PL xxill, fig. 5.)
Collection de M. le baron Ferdinand de Rothschild, à Londres.
Pendant en or émaillé, enrichi d'émeraudes. Une grosse perle est suspendue entre les deux chaînettes ornées de pierreries, auxquelles est attachée la sirène en ronde bosse. La tête de celle-ci est en or; son corps, qui se termine en une gaîne repliée, est aussi en or ciselé, avec de riches rehauts d’émail. Dans cette gaîne sont enchâssés des cabochons de diverses grosseurs. Ce beau bijou du seizième siècle pourrait être italien ou espagnol (?).
Dragon. — (Pi. xxm, fig. 4.)
Collection de M. le baron Ferdinand de Rothschild, à Londres.
Pendant d'or ciselé, enrichi de perles et d’émaux de colorations variées et brillantes. Une grosse perle et d’autres plus petites forment une partie de la queue du monstre. Sept petites perles sont passées dans la chaînette qui le supporte, et deux grosses perles sont attachées en pendeloque sous son ventre.
Ce très-intéressant bijou présente quelque analogie avec certaines compositions de Hans Collaert, où l’on voit des dieux de la fable et des animaux fantastiques. Une série de dix-sept pièces en a été gravée en 1581 (2).
Bijou de l'Ordre de la Jarretière.
Collection de lord Conyngham , à Londres.
Ce bijou est un de ceux que les Anglais appellent the George. Il représente saint Georges à cheval combattant le dragon.
On sait quels sont les insignes de l’Ordre : c'est d’abord un ruban avec la devise en or : « Honny soit qui mal y pense » (ruban de velours bleu foncé, bordé d’or, attaché en jarretière à la jambe gauche seulement). C’est ensuite le George , qui se porte différemment, suivant les circonstances. Dans les cérémonies où les chevaliers revêtent le costume traditionnel de l’Ordre, le grand George doit être suspendu au collier d’or, composé de six pièces émaillées d'azur, ayant chacune la forme dune jarretière. Avec l’habit de cour moderne, le petit George pend au grand cordon bleu foncé, posé en écharpe sur l’épaule gauche.
Enfin, l’étoile qui se porte sur la poitrine est en argent, à huit pointes, ayant au centre la croix de Saint-André, émaillée de gueules et entourée de la jarretière.
(1) Planche LXIX de la ire édition de Y Histoire des Arts industriels.
(2) Voir Monilium Bullarum inauriumque artificiosissimæ icônes Joanms Collaert opus postremum, 1581. Philippus Galleus cxcudcbat.
RECHERCHES SUR LES ATTRIBUTIONS
Bien que l'Ordre de la Jarretière ne se compose que d'un nombre très -restreint de chevaliers, il a cependant, en raison de son ancienneté, donné occasion à bon nombre d'orfévres anglais ou étrangers d’exercer leur talent. L’objet dont nous voulons parler ici est encore, croyons-nous, en la possession de lord Conyngham. Il est en or, enrichi d’émaux et de joyaux, et passe pour avoir appartenu à Henri VIII. On dit même quil aurait été ciselé par Cellini, pour ce monarque. Bien qu'il appartienne au seizième siècle, rien n’établit cette attribution. Cellini n’arriva en France que longtemps après l'entrevue du camp du Drap d’or, et il n’y a nulle trace dans ses écrits qu il ait entretenu quelque relation avec la cour d'Angleterre, ni avec de grands seigneurs anglais. Nous sommes beaucoup plus porté à croire qu'il y a lieu de faire honneur de cette pièce à quelque orfèvre britannique.
Collier.
Collection de M. le baron Adolphe de Rothschild, à Paris.
Ce collier est en or ciselé à jour et rehaussé d'émaux. Des groupes de figures dont les sujets sont empruntés à la vie du Christ enrichissent la série de joyaux dont se compose la pièce, qui paraît appartenir au seizième siècle italien. Avant de faire partie de la Collection de M. le baron Adolphe de Rothschild, elle a figuré, en Angleterre, aux Loan Exhibitions d’objets anciens, et elle était alors, sans aucune preuve d’ailleurs, attribuée à Benvenuto.
Pendant de ceinture.
A la vente Louis Fould, un pendant de ceinture, acheté 5,300 francs, fut attribué à Cellini. M. W. Biirger, en relevant ce fait dans la Gazette des Beaux-Arts (t. VII, p. 59), a noté en même temps que l'attribution était inexacte. Nous n avons pas vu la pièce.