CHAPITRE CINQUIEME
Benvenuto s’arrête à Lyon. — Il arrive à Florence. — Cosme lut donne une maison. — Documents révélant que cette donation demeura incertaine jusqu’aux dernières années de la vie de l’artiste. — Deux lettres inédites de Benvenuto communiquées par M. Gaetano Milanesi. — Baccio Bandinelli. — Concordance des récits de Benvenuto et de ceux de Vasari.
evenons maintenant à Benvenuto, que nous avons laissé au moment où il quittait la cour de France pour se rendre en Italie. D’après ses Mémoires, il s’arrêta huit jours à Lyon, pour s’v reposer et s’y distraire. Le fait est . confirmé par une lettre de Battista, fils de Luigi Alamanni (i), à Bene-
detto Varchi, portant la date de Lyon, 7 juillet 1545. Nous y lisons : « Je suis ici dans la maison des Panciatichi, avec notre maître Lucantonio et maître Benvenuto Cellini; nous allons y souper ce soir de compagnie. Lui, je veux dire maître Benvenuto, s’y arrête quelques jours pour se divertir; mais il a laissé sa maison ouverte à Paris, où ses deux jeunes gens continuent de travailler. Par lui, vous apprendrez toutes les particularités qui nous concernent l’un et l’autre (2). »
Cellini passa ensuite à Parme et à Plaisance, et l’on devine que la rencontre qu’il y fit de Pier Luigi Farnèse ne lui inspira pas le désir de longtemps séjourner dans cette dernière ville. Il dut néanmoins, faisant contre fortune bon cœur, aller saluer ce personnage, qui l’avait' persécuté si cruellement à Rome. La guerre sévissait de nouveau dans le Piémont. Pier Luigi, nommé par Paul III gonfalonier et capitaine général de l’Église, avait d’abord convoité le duché de Milan, et il allait être créé duc de Parme et de Plaisance après le consistoire du 19 août. Sans doute ne jugea-t-il pas utile, alors qu’il nourrissait de si hautes ambitions, de molester l’orfévre de François Ier. L’artiste se vante d’avoir reçu de lui un accueil équivalant presque à des excuses. Ceux-là mêmes qui, deux ans après, devaient poignarder Pier Luigi, étaient présents à cette scène; et c’est ainsi que Dieu, — l’artiste en était convaincu, — avait soin de venger Benvenuto.
Des circonstances du voyage de Cellini depuis le 7 juillet, date à laquelle la lettre citée plus haut le montre se reposant à Lyon, on peut donc conclure que ce ne fut pas avant le 15, mais seulement dans la seconde moitié du même mois, qu’il put arriver à Florence, où sa présence est d’autre part attestée, à partir du 1" août, par des pièces d’archives qui le font voir, dès cette date, en instance auprès de Cosme pour l’installation de ses ateliers.
« Ayant le plus grand désir de me mettre au travail, dit-il dans la Vita, j’exposai à Son Excellence que j’avais besoin d’une maison disposée de manière à pouvoir d’abord
(1) Voir plus haut, page 48. — (2) Prose Florentine.
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y installer des fourneaux- et y exécuter les œuvres de terre et de bronze; et ensuite, dans un local séparé, m’y donner aux travaux d’or et d’argent. Son Excellence savait bien, en effet, que j’étais apte à la servir dans ces diverses professions; il me fallait donc des salles qui fussent commodes pour les exercer. »
Plusieurs documents confirment cette assertion. En effet, sur l’ordre de Cosme , Cellini indiqua une maison qui lui paraissait à sa convenance , et le duc écrivit sur le placet : « Qu’on voie cette maison, à qui il appartient de la vendre, et le prix qu’on en demande, car nous voulons complaire sur ce point à Benvenuto. » Ce rescrit, retrouvé avec le placet par Francesco Tassi dans Y Archivio dei Buonomini di S. Martino , est bien de la main du duc, ainsi que le dit l’artiste dans la note ci-après : « Son Excellence Illustrissime me dit de lui faire connaître la situation de ladite maison , ses voisinages, les noms des rues et la personne à qui il appartenait de la vendre. Et quand je le lui eus dit, avec ces simples mots du rescrit ci-dessus, tracés de sa propre main, il m’en fit, à titre de libéralité, un présent assuré et perpétuel. Telle fut la cause pour laquelle je ne me souciai plus de retourner en France, car j’étais beaucoup plus content de jouir d’une humble maison dans ma patrie, au service d’un duc aussi rempli de mérites, que d’être fait seigneur d’un château en France, sous cet admirable Roi François, avec une provision de mille écus. Deux cents écus me parurent beaucoup plus doux dans ma patrie, touché que je fus de ce premier acte de bienveillance de Cosme, le très-illustre et très-excellent duc de Florence. »
C’est en 1545 que Cellini écrivait ce mémorandum. Par la suite, il n’eut pas lieu de se montrer aussi satisfait. L’humble maison que dès lors il avait crue sienne, devait lui causer bien des tracas; il en parle dans ses Mémoires, et on en retrouve encore la trace dans nombre de documents, notamment dans ce passage d’une lettre adressée au duc le 27 juin 1552 (1) : « Je prie Votre Excellence de vouloir bien déclarer que si j’ai travaillé dans la boutique de cette maison, c’est quelle me fut donnée par Elle pour y vaquer à mon art. Et le motif de ma prière est que chaque jour je suis molesté, et sans aucune raison, puisque je l’ai eue de Votre Excellence, ainsi que je le reconnais, et que je la lui rendrai quand il lui plaira. »
Le 8 janvier 1553, il réclame encore, désirant y faire de ses deniers toutes les réparations nécessaires : « Car, dit-il, telle qu’elle est, je n’y ai aucune commodité pour la pratique de mon art. L’hiver, on y gèle, et l’été, on y grille (2). »
On lira ces deux lettres avec plusieurs autres dans la série des documents et Ricordi publiés par Francesco Tassi. Nous en publions deux autres que M. Gaetano Milanesi a eu l’extrême bonté de nous communiquer comme inédites et même inconnues jusqu’alors. Toutes deux ont précisément trait à la donation tardive de la maison. Voici la première (3) :
(1) Archivio dcllc Rcvisioni e dei Sindacati. — (2) Archivio dei Buonomini di S. Martino.
(3) « Illm0 et Ecc“° Sig"r Duca Padron mio osservand™0 : Io spendo et sempre spendere desidero tutte l’hore délia vita mia in servitio dei mio glorioso Padrone, et ricordandomi d’esser debitore dei bellissimo studiuolo di V. E. 111““ di qualche cosetta piccola pure degna di quella, haueuo messomi innanzi un piccolo rocchietjo di marmo bianchissimo dei altezza d’un braccio, et in quello haueuo con il mio scarpello formato
RECHERCHES SUR SA VIE
« I ll"10 et Excmo Seigneur Duc, mon très-respecté patron :
« Je dépense et désire toujours dépenser toutes les heures de ma vie au service de mon très-glorieux patron; et me souvenant que j’étais débiteur envers le très-beau cabinet de V. E. Ul"10 de quelque petite chose qui fût pourtant digne d'Elle, j’avais pris en main un petit bloc de marbre très-blanc, de la hauteur d’une brasse, et dans ce bloc j’avais avec mon ciseau formé une Léda et son beau cygne, avec ses quatre enfants, Castor et Pollux, Hélène et Clytemnestre. J’y travaillais avec un zèle et un amour admirables dans une petite chambre chaude, ne pouvant pas, à cause du grand froid, me tenir dans ma boutique. Un matin que je m’y appliquais, comme il arrive, avec plus de volonté et de soin que jamais, voyant avancer devant moi une œuvre qui me plaisait beaucoup et à laquelle je m’attachais encore plus, en raison du zèle que je ressens à faire une chose qui soit agréable à mon Seigneur; tout à coup, voici que, au plus beau de mon ardeur, j’apprends que mon serviteur avait ouvert la porte à un huissier, lequel venait me taxer à propos de l’impôt extraordinaire dû par les héritiers de Luigi Ruccellaï, et me disait que j’étais débiteur de cinq cents écus pour le compte du lover de la maison où je me suis toujours tenu au service de V. E. Ulme, et dans laquelle j’ai fait le Persée ainsi que toutes les autres œuvres qui pour Elle se sont faites et se font. C’est pourquoi il m’a paru que je devais porter le tout à sa connaissance. Et bien que je sois très-certain que V. E. Ulme se souvient parfaitement de tout ce qui est intervenu entre Elle et son très-humble serviteur, depuis le commencement de mon service jusqu’au présent jour, et surtout qu’Elle m’a fait don de ladite maison pour me donner ardeur à la servir avec cet amour merveilleux que j’y ai toujours apporté, et afin que je puisse plus facilement le faire; néanmoins me voyant molesté de la sorte,
una Leda con il suo bel cigno, insieme con i suoi quattro figliuoli Castore et Polluce, Helena et Clitemnestra , intorno ai quali io in uno mio stanzino caldo , per non potere per il gran freddo stare in bottegha , lauorauo con mirabile amore et sollecitudine : et una mattina, la quale, si corne avviene con maggior voglia et sollecitudine io vi lauorauo, per vedermi crescere innanzi una opéra che molto mi piaceva, tanto più per il zelo che ho di far cosa che sia grata al mio Signore : eccoti che sul più bello del mio fare, sento che il mio servitore hebbe aperto la porta a un tavolaccino , il quale mi venue a grauare per la posta del balzello degli heredi di Luigi Rucellai , et mi disse ch'io ero debitore di 500 scudi per conto delle pigione délia casa doue io sempre stato sono a’ servizi di V. E. Ul""1 et nella quale si fecie il Perseo et tutte l’altre opéré che per quella si son fatte et fanno. Perché mi èparso farli tutto noto : et ancorchè io sia certissimo che l’E. V. 111"’“ molto bene si ricorda di tutto quellô che tra Quella et me suo humilissimo servidore dal principio di mia servitù sino al présente di è seguito et massime che Ella mi fecie dono délia casa per darmi animo a servirla con quel maraviglioso amore che io ho sempre fatto, et perché più agevolmente questo far potesse; niente di manco vedendomi molestare in cotai modo, forzato et humilmente ricorro a’ benigni piedi di V. E. Illra* et reverentemente supplico Quella che si degni per spécial grazia provedere di oportuno remedio, commettendo et operando a chi et nel modo che gli parrà et piacerà per suo benigno rescritto , che per taie cagione io non sia più molestato, et voglia ancora provedere in modo, che per cagione di detta casa et per il tempo che in essa l’ho servita et servirô , ciascuno sappia, che io servendola, vi sono stato, sto, et starô, perchq Quella me la donb ; a cagione che si tagli la via a qualunq’altro che per l’innanzi per cagione d’essa molestar mi volesse; et io con animo securo et riposato possa attendere a servirla etfinirli lesopradette opéré etfarne dell’ altre ; pregando Dio che a Quella Eccelenza 111""1 dia sempre lo che desidera et felicemente la mantenga et esalti. »
« Rescritto. A Mess. Alfonso Quistclli che n'informi S. Eccla.
« Lelio T. (Torelli) , 8 febraio 59. »
( Arcli° . d“ Caméra fiscale. Filza 65, n° 23, 1559-60.)
contraint et forcé, je viens humblement aux pieds de V. E. Illme, recourir à sa bienveillance, et je la supplie respectueusement de daigner, par une grâce spéciale, pourvoir à cela par un remède opportun, commettant telle personne et agissant de telle manière qu'il lui plaira et paraîtra bon par son rescrit favorable, afin que pour de telles causes je ne sois plus molesté; qu’Elle veuille encore pourvoir à ce que, en raison de ladite maison, et pour le temps que je l’y ai servie et servirai, chacun sache que j’v ai demeuré, demeure et demeurerai, parce qu’Elle me l’a donnée pour l’v servir; de telle sorte que la voie soit coupée à tout autre qui, pour les causes susdites et à raison de ladite maison, voudrait me molester. Et qu’ainsi, moi, l’esprit tranquille et reposé, je puisse vaquer à la servir, à finir les ouvrages mentionnés ci-dessus, et à en faire d’autres; priant Dieu qu’à Son Excellence 111'" il donne toujours ce qu’Elle désire, et qu’il la maintienne heureuse et glorieuse. »
Suit le rescrit : « Que messer Alfonso Quistelli en informe Son Excc\
« Lelio T. (Torelli), 8 février 1559. »
Cette lettre offre un double intérêt. Elle montre d’abord que ce n’est pas à tort, comme on l’a quelquefois cru, que Cellini se plaint aussi souvent dans ses Mémoires de ce qu’on n’agit pas avec lui comme on le devrait. De plus, elle nous révèle une œuvre dont jusqu’à présent on n’avait nulle part trouvé trace, ni jamais soupçonné l’existence. Le petit groupe de marbre représentant Léda avec le cvgne et les quatre enfants que lui donne la fable antique, a sans doute disparu. Cependant, nous appelons l’attention du lecteur sur cette intéressante révélation, pour le cas où il aurait remarqué dans quelque Musée un marbre de la Renaissance italienne répondant à ces indications par son sujet, ses proportions et son caractère.
Le 8 février 1559, Cellini n’était donc pas encore propriétaire de la maison qui lui avait été donnée en 1545. Sa situation devenait même tout à fait critique, car tandis que les héritiers de l’ancien propriétaire, qui n’étaient pas d'accord avec les mandataires de Cosme, ne voulaient connaître que Cellini et lui réclamaient le loyer de la maison qu’il détenait; d’autre part, les ministres du prince, ne voyant pas la donation régulièrement établie, prétendaient aussi percevoir ce loyer. Dans une supplique du 13 avril 1561, il se défend contre cet excès de zèle et demande qu’au moins, si on ne lui accorde pas la maison, on ne le mette pas dans la position d’avoir à payer double loyer. Cosme, visant le fait allégué de la donation de la maison, semble à cette date aller jusqu’à le nier, car on lit ce rescrit sur la supplique : « Qu’il montre que S. E. la lui a donnée ; parce que quand S. E. fait les choses, Elle les fait par écrit. » Toutefois, peu de temps après, le bien fondé de la réclamation paraît avoir été reconnu, puisque le 18 juillet 1561, Guido Guidi vint annoncer à son ami, de la part de Cosme, que la maison lui appartenait désormais; et, à cette même date, l’artiste ne manqua pas de prendre note de la démarche qui confirmait ses droits (1). Guido Guidi, le médecin de François Ier que nous avons déjà rencontré au petit Nesle, où Benvenuto lui donnait l’hospitalité, était maintenant au service du duc de Toscane. Malgré la bonne assurance
(1) Biblioteca Riccardiana.
RECHERCHES SUR SA VIE
qu il avait apportée, on est obligé de constater que l'acte de donation tarda encore à venir, car Cellini fut obligé, le 27 août de la même année, d’adresser au prince une nouvelle supplique, dans laquelle il lui demande « de lui faire don libre et gracieux de la maison dans laquelle il habite et a déjà habité seize années par ordre de Son Excellence ». Les libéralités de Cosme envers l’artiste manquaient au moins de promptitude ! Cependant, cette fois, une décision favorable fut prise, car on lit au bas de la pièce le rescrit suivant : « S1. E. est satisfaite. Qu Antonio de' Pdobili voie à préparer les actes , et que le Vinta fasse ce qui le concerne (1). » En conséquence, on commença par restituer à Cellini, le 11 septembre, un anneau d’or enrichi d’une turquoise, qu’il avait été contraint par le fisc de remettre en nantissement (2) ; et, le 5 mars, l’acte de donation fut rédigé en latin, dans la forme légale et dans les termes les plus flatteurs. UArchivio delle Rifonnagioni nous l’a conservé. En voici la traduction :
« Nous reconnaissons par la teneur des présentes, et à chacun faisons connaître : Attendu qu’il convient que le Prince entoure de sa bienveillance les hommes célèbres qui se montrent de beaucoup supérieurs aux autres; que Nous, d’une singulière affection, nous aimons Benvenuto, fils de Giovanni Cellini, notre citoyen florentin, artiste fondeur et sculpteur illustre, dont là renommée et la gloire sont incomparables; et que nous admirons son génie et son art 'merveilleux pour tailler le marbre et jeter le bronze. En conséquence, Nous, dans le désir d’accroître sa gloire par des honneurs, et sa valeur par des bienfaits, pour ces raisons et pour d’autres qui nous ont déterminé; audit Benvenuto et à ses enfants et descendants mâles, légitimes et naturels, par ligne masculine, nés et à naître en légitime mariage, et vivant dans la foi; d’une manière définitive, par notre propre mouvement, de science certaine, avec la plénitude de notre pouvoir, nous donnons, octroyons et concédons libéralement la maison située à Florence dans le quartier de 5’. Croce, dans la voie ou rue appelée del Rosaio, dont les vraies délimitations sont bien connues; laquelle maison, habitée à titre précaire par ledit Benvenuto, appartient légitimement au fisc et à notre Trésor, et nous la donnons avec tous ses droits et dépendances et avec le jardin.
« Nous voulons que ce don soit le témoignage de notre bonne grâce et bienveillance pour lui , et que ledit Benvenuto puisse continuer par notre faveur à exécuter chaque jour des reuvreà plus belles et plus considérables, soit en marbre, soit en bronze.
« Telle est notre volonté expresse, attestée par les présentes signées de notre main, et scellées de notre sceau dans une empreinte de plomb.
f Donné dans notre château de Pietra Santa, le 5 mars de l’année de l’Incarnation de Notre- Seigneur i56i (3), de notre duché de Florence la 25- et de celui de Sienne la 5*. »
Après cet acte de donation, aussi flatteur que formel, et dont Francesco Tassi a déjà publié le texte latin au tome III de son édition des œuvres de Cellini, on était fondé à croire et 1 on croyait que 1 artiste, qui avait occupé sa maison pendant seize années à titre précaire, put dès lors en jouir paisiblement jusqu’à la fin de ses jours, car il y habita encore neuf années, c’est-à-dire jusqu’à sa mort, et l'occupa en définitive pendant vingt-cinq ans.
(1) Archwio dri Buonomini di S. Martine. — (2) Bibliotcca Riccardiana.
(3) L’année à Florence ne commençant que le 25 mars, cet acte, daté du 5 mars 1561, est donc postérieur en effet aux documents que nous avons cités auparavant, et qui portent les dates des 18 juillet, 27 août et 11 septembre 1561.
Cependant, la seconde des deux lettres inédites que nous devons à M. Gaetano Milanesi nous révèle, à notre profonde surprise, que le propriétaire supposé n’était pas encore réellement propriétaire sept ans après 1 acte de donation si pompeusement rédigé! Des difficultés de procédure s’étaient produites, et les mandataires de Cosme ayant mis à les lever une négligence peut-être intentionnelle, la donation était pour ainsi dire restée lettre morte. Voici en effet ce que Benvenuto écrit à son prince (i) .
« IlL"" ET Exc"' Sr Duc, MON PATRON TOUJOURS TRÈS-RESPECTÉ :
« Quand messer Cesare (de la bienveillante garde-robe ducale), maître de la garderobe de V. E. I., vint pour mon crucifix de marbre, il me dit de la part de \ . E. de lui porter le crucifix au palais Pitti, et que V. E. ferait ensuite tout ce que je voudrais. Aujourd’hui, mon Seigneur très -judicieux, je sais qu’il ne se peut désirer une plus haute récompense de ses plus grandes peines, que d’avoir été loué aussi hautement que l’a été mon œuvre par V. E. 111"', lorsqu’à mon plus grand honneur Elle 1 a montrée à tant de hauts personnages. De sorte que par cela seul je demeure son serviteur le plus obligé. Mais considérant ensuite, mon Seigneur, que je vous ai servi vingt années, que je me trouve vieux et bien pauvre, pour prix de mes grandes peines et de mes travaux (puisque V. E. I. ma fait 1 honneur de les recevoir et accepter), je ne demande pas autre chose si ce n’est qu’Elle daigne me confirmer et adjuger le présent de cette maison qu’Elle m’a donnée dès le jour où je suis entré à son service , que cette maison demeure mienne et quelle passe libre et libérée à mes héritiers. Comme il peut arriver que je retourne bientôt à ce Dieu dont par sa grâce j ai été détaché, je désire que dans cette maison reste ma famille avec deux fillettes que Dieu ma accordées, lesquelles ainsi que moi prieront toujours Dieu pour le bonheur de \ . E. I. »
Cosme fit annoter la lettre par ce rescrit : « Messer Tomaso (de’ Medici), connaissez de cette affaire et, avec cette lettre en main, parlcz-vi en, »
(l) « 111"” et Ecc” S”’ Duca, patron mio sempre osser”.
« Ouando messer Cesare (dell' arnica guardaroba ducale) guardaroba di V. E. I. venue per il mio Crocifisso di marmo, ei mi disse da parte di V. E. che io gli portassi il Crocifisso a' Pitti et che V. E. da poi farebbe tutto quello che io vorrei. Hora, S” mio discretissimo , io so bene che maggior premio non si puô desiderare delle sue maggior fatiche che l’ esser lodate tanto altamente, quanto ha fatto V. E. IL!”- quella mia opéra , et con tanto mio honore mostrola a più signori; di modo che per questo solo io le resto ubligatissimo et debitore. Ma conosciuto da poi, Signor mio, che io l'ho servita venti anni passati, et mi truovo vecchio et poverissimo; io non dimando altro délia mia gran fatica et opéra. Ché se bene corne V. E. I. mi ha fatto honore a pigliarla et accettarla, Quella si degni farmi gratia di raffermarmi et liberarmi il présente délia casa, che Ouella mi donb nel principio che io cominciai a servirla. La quai casa resti mia et de’ mia heredi libéra et spedita, perché avenga che io potrei presto ritornare da quello Iddio che per gratia sua io mi spiccai , desidero che nella detta casa resti la mia famiglia con dua figliuolette che mi ha concesse Iddio ; et quelle et io sempre pregheremo Iddio per la félicita di V. E. I.
« Rescritto : Messer Tomaso (de’ Medici) , intendete c con questa in mano parlatemene.
« Il fiscale o a chi tocca scriva alli heredi di Pandolfo délia Casa che volendo pagare il debito che hanno « di décimé et imposizione, sarà reso loro la casa que abita Benvenuto Cellini ; et quando non voglino « pagare la casa, si faccia stimare giustamente et ne sieno fatti creditori a l’incontro del debito; et fatto « questo S. E. I. resolverâ quanto alla domanda di Benuenuto. »
« Thomaso de’ Medici (de mand.) , 13 di décembre 1566. »
(. Arc/i " da Caméra fiscale. Filza 88, n° 101 , 1566.)
RECHERCHES SUR SA VIE
Et à son tour Tommaso de’ Medici écrit : « Que le procureur fiscal ou celui à qui il appartiendra écrive aux héritiers de Pandolfo délia Casa , que s ils veulent payer ce qu’ils doivent pour le décime et l’imposition , on leur rendra la maison qu’habite Benvenuto Cellini; et s’ils ne veulent pas payer , qu’on la fasse estimer justement et qu’ils en soient faits créditeurs à l’encontre de ce qu’ils doivent. Et quand cela sera fait, S. E. I. prendra une résolution au sujet de la demande de Benvenuto. »
Ce document est daté du 13 décembre 1566! D’où il résulte que si les héritiers 'de Pandolfo s’étaient trouvés en mesure de payer les décimes et les impositions arriérés, Benvenuto, nonobstant le magnifique acte de donation de son prince, se fût bel et bien trouvé dans le cas d’être évincé comme un intrus de la maison à lui donnée par Cosme, et que, s’il lui fut permis d’y finir ses jours, cela tint uniquement à cette circonstance que les héritiers en question n’eurent pas les moyens ou la volonté de se faire remettre en possession.
A Rome, nous avons vu Cellini en lutte sans trêve contre les orfèvres Pompeo et Tobia. A la cour de François Ier, il s’était heurté au Primatice. A la cour de Toscane, il ne tarda pas à entrer de nouveau en compétition avec son vieil ennemi Baccio Bandinelli. L’âge n’avait apporté aucune modération à la fougue de son caractère, aucun apaisement à l’âpreté de ses haines.
C’était d’un œil jaloux et malveillant que Bandinelli, de son côté, avait vu Cellini revenir à Florence, et en toute circonstance il ne manquait pas de le desservir de tout son pouvoir. Un jour le Baccio prétendit que son rival était incapable de travailler le marbre, et il s’offrit, pour en faire la démonstration, à lui fournir un bloc de carrare. Benvenuto ayant appris cette bravade, lui adressa la lettre suivante :
« Au très -magnifique seigneur chevalier Bandinelli , sculpteur.
« Magnifique Chevalier,
« Il m’a plu infiniment d’apprendre que vous ayez aussi bon cœur à mon égard. Je suis seulement chagrin que l’ambassade m’ait été faite un peu tardivement. Et cependant aucune bonne action ne fut jamais tardive; à moins que dans cet intervalle vous ne vous soyez déjà repenti de celle-ci. Cependant, si vous agissez en bon chevalier, vous ne devrez pas manquer à une telle promesse, parce que si vous veniez à rendre vos paroles vaines, ce serait la mort de votre titre de chevalier. Par un homme obligeant, j’ai appris que vous avez dit : « Si Benvenuto veut exécuter une figure de marbre, je « m’offre à lui donner le marbre, et je serais heureux que ceci lui fût répété. » Le plus respectueusement possible, je vous prie de ne pas vous manquer à vous-même, et de m’en donner assez pour que je puisse au moins faire une figure aussi grande que nature, parce que j’espère ainsi montrer au monde jusqu’à quel point un bon disciple peut surpasser un aussi excellent maître. Et en effet, en sculpture, je n’ai jamais eu d’autre maître que vous. J’ajoute que vous devrez signer le marbre en dessous, parce que je m’oblige, dans le cas où je n’exécuterais pas ladite figure avec ce marbre, à vous le
payer le triple de sa valeur. Maintenant, je l’attends de cette même libéralité qui vous a porté à me donner des éclats. Maintenez-vous sain.
« De ma maison, le 23 juin 46.
Les deux rivaux eurent, en présence de Cosme et de ses courtisans, une querelle devenue légendaire. Cellini en a fait un récit des plus animés, qu’il faut lire dans ses Mémoires. Nous en citerons seulement le passage concernant 1 Hercule et Cacus , parce qu’il renferme un morceau de critique dont la justesse sur plusieurs points doit être appréciée de quiconque a vu cet ouvrage du Baccio sur la place de la Seigneurie :
« Bandinelli commença en ces termes : « Seigneur, quand j’ai découvert mon Hercule « et Cacus, je crois qu’il fut fait plus de cent méchants sonnets à ce propos, et la « canaille en disait le plus de mal qu’elle pouvait. » Je répliquai : « Seigneur, quand « notre Michel-Ange Buonarroti découvrit sa sacristie où l’on voit tant de belles figures, « cette admirable et vaillante Ecole, qui aime le vrai et le bien, lui fit plus de cent « sonnets, rivalisant tous entre eux à qui en célébrerait plus haut la louange. Autant, « en effet, le mal qu’on a dit de l’œuvre de Bandinelli était juste, autant le bien qu’on « répéta de celle du Buonarroti était mérité. » A ces mots, Bandinelli entra dans une telle rage qu’il en pensa crever. « Et toi donc, s’écria-t-il, que saurais-tu y reprendre? » — « Je te le dirai, répondis-je, si tu as assez de patience pour savoir m’écouter. » — « Parle », reprit-il. Le duc et toutes les personnes présentes se tenaient attentives. Je commençai donc ainsi : « Sache qu’il m’en coûterait trop d’avoir à te dire les défauts « de ton œuvre; aussi je me bornerai à te répéter ce qu’a dit cette très - valeureuse « Ecole. » Et comme ce méchant homme tantôt lançait une parole désagréable, tantôt agitait les mains ou les pieds, il me fit entrer dans une telle colère, que je poursuivis d’un ton beaucoup plus dur pour lui que je ne l’eusse fait autrement : « Cette savante « Ecole a dit que si l’on coupait les cheveux à ton Hercule, il ne lui resterait pas assez « de crâne pour contenir sa cervelle ; qu’on ne sait pas si sa face est celle d’un homme, « d’un lion ou d’un bœuf ; quelle n’est pas dans l’action ; quelle est attachée au cou avec « si peu d’art et si peu de grâce, qu’on ne vit jamais rien de pire ; que ses grosses épaules « ressemblent aux deux côtés du bât d’un âne; que sa poitrine et ses autres muscles, « loin d’être pris sur la nature humaine, semblent avoir été copiés sur un mauvais sac « plein de melons, que l’on aurait appuyé debout le long d’un mur; que de même le « dos paraît être la reproduction d’un sac de calebasses. Quant aux jambes, on ne sait « vraiment de quelle manière elles sont attachées à ce vilain torse, ni sur laquelle le « corps porte son poids ou son effort ; on ne voit pas davantage que ce soit sur les deux « à la fois, comme l’ont pratiqué aussi les maîtres qui ont quelque connaissance de l’art. « Il est clair que cette figure tombe en avant de plus d’un tiers de brasse, et c’est là « l'erreur la plus grossière et la plus insupportable que nous commettent ces vulgaires « et méchants artistes à la douzaine. Les deux bras pendent sans grâce ; on n’v remarque, « dit-on, aucun art; et il semblerait que tu n’as jamais vu de modèles nus et vivants. « La jambe droite de X Hercule et celle du Cacus sont obligées de se partager leur « mollet; car si elles venaient à s’éloigner l’une de l’autre, non-seulement l’une d'elles,
« mais toutes les deux resteraient sans mollet du côté où elles se touchent présente- « ment. On dit, en outre, qu’un des pieds de l 'Hercule est enterré, tandis que l’autre « paraît marcher sur du feu. » Cet homme ne put avoir assez de patience pour supporter que je lui disse les grands défauts de son Cacus, d'abord parce que je disais la vérité, ensuite parce que je la faisais clairement connaître au duc et aux autres assistants, qui donnaient les marques du plus vif étonnement et témoignaient approuver la justesse de mes paroles. »
Exaspéré, Bandinelli quitta le terrain de la discussion artistique, sur lequel il se sentait battu, pour lancer tout à coup à son adversaire une apostrophe malsonnante, qui renfermait le plus sanglant outrage qu’un homme puisse adresser à un autre. Sans la présence de Cosme, le Baccio eût sans doute, sur l’heure, payé ce mot de sa vie. Dans l’impossibilité de se venger alors à son gré, Benvenuto, avec la souplesse et la présence d’esprit du caractère florentin, tourna l’injure en dérision, montrant en cela plus d’attachement à la mythologie grecque que de respect pour la bonne morale, et il réussit à faire rire le duc et toute la cour aux dépens de celui qui l’avait insulté.
Dans sa biographie de Bandinelli, Vasari, qui ne connaissait pas le récit de Benvenuto, le confirme de tous points. Il paraît que Baccio avait composé un premier modèle de l’ Hercule et Cacus de beaucoup supérieur à celui qu’il exécuta ensuite et que seul on connaît. Lorsque, après bien des vicissitudes, le marbre fut enfin terminé, on le transporta, non sans difficulté, à cause de son poids, sur la place de la Seigneurie. « Il serait malaisé, rapporte Vasari, de dire le concours de personnes et la multitude qui pendant deux jours occupèrent toute la place pour voir le géant dès qu’il fut découvert. On entendait là des raisonnements de tout genre et des avis de toutes sortes de gens, lesquels d’ailleurs blâmaient unanimement et l’œuvre et le maître. Autour de la base, on afficha nombre de vers latins et toscans, et c’était plaisir de voir l’esprit ingénieux des auteurs, leurs inventions et leurs propos mordants. » Cela se passait sous le duc Alexandre, qui, n’admettant pas qu’on en usât avec cette liberté envers « une œuvre publique », et regardant comme séditieuse la critique de l’œuvre de Bandinelli, n’avait rien trouvé de mieux que d’imposer le silence en faisant jeter en prison les plus récalcitrants. Ce souvenir était encore vivace chez les Florentins, qui détestaient le Baccio ; aussi la cruelle satire de Benvenuto trouvait-elle un auditoire tout disposé à 1 écouter avec faveur. Vasari blâme aussi Bandinelli, à propos de cet ouvrage et de plusieurs autres, de n’avoir pas eu toujours la probité professionnelle que le sculpteur doit apporter à son art : « Il avait coutume, dit-il, d’ajouter à ses statues des morceaux de marbre petits et grands, n’ayant nul souci d’agir ainsi, et même s’en riant : c’est ce qu’il fit avec X Orphée pour une des tètes du Cerbère ; de même, il ajouta une partie de draperie au Saint Pierre qui est à Santa Maria del Fiore; et, ainsi qu’on peut le voir au géant de la place, il rapporta et colla deux morceaux au Cacus, l’un pour une épaule, l’autre pour une jambe. »
Voici maintenant ce que dit Vasari au sujet de la dispute dont nous venons de parler : « A cette époque, Benvenuto Cellini arriva de France, où il avait servi le Roi François dans les choses d’orfèvrerie, art dans lequel il était le maître le plus renommé de son temps. Il avait aussi exécuté pour ce prince plusieurs œuvres de bronze. Le duc
Cosme, auprès duquel il fut introduit et qui était désireux d'orner la ville de Florence, lui prodigua aussi ses caresses et ses faveurs. Il lui fit exécuter la statue de bronze , de cinq brasses environ, d’un Persée nu, lequel est debout sur le corps d une femme nue, représentant Méduse, dont il vient de trancher la tête. Cette statue devait être placée sous l’un des arceaux de la loggia de la place. Benvenuto, pendant qu’il faisait le Persée, était encore occupé à d'autres travaux pour le duc. Mais comme il arrive que le potier toujours jalouse et chagrine le potier, et ainsi le sculpteur l’autre sculpteur, Baccio ne put supporter les faveurs dont Benvenuto était l’objet. Il lui paraissait étrange et inadmissible que cet homme fût tout d'un coup d’orfévre devenu sculpteur, et que celui qui avait été habitué à exécuter des médailles et des figurines, pût maintenant conduire à bien des colosses et des géants. Baccio ne put cacher son sentiment, il le manifesta même avec hauteur; mais il trouva quelqu'un pour lui répondre. En effet, Baccio lançant à Benvenuto, en présence du prince, quelques-uns de ses propos mordants, Benvenuto, qui n'était pas moins fier que lui, entendit être à deux de jeu. En mainte circonstance raisonnant sur l’art et sur leurs propres œuvres, ils signalaient les défauts de celles-ci, et se disaient l'un à l’autre les paroles les plus méprisantes. Le duc Cosme prenait plaisir à reconnaître dans leurs propos incisifs le ressort et la finesse de leur esprit, et il leur avait donné champ libre et pleine licence de se dire l’un à l’autre devant lui tout ce qu’ils voudraient, à condition qu’ils n’en tiendraient point compte une fois dehors. Cette lutte, ou plutôt cette inimitié, fut cause que Baccio sollicita d’exécuter un Dieu le Pire. Il n’avait plus alors du duc les mêmes faveurs qu autrefois, mais il s’aidait en courtisant et en servant la duchesse. Un jour notamment que, selon leur habitude, ils se déchiraient entre eux à belles dents, et que chacun divulguait au prince quelques-uns des faits et gestes de son adversaire, Benvenuto regardant et menaçant Baccio, lui dit : « Songe à te pourvoir, Baccio, d’un autre monde, car de « celui-ci, je veux, moi, te retrancher! » Baccio répondit : « Fais que je le sache un « jour d’avance, pour que je me confesse et fasse mon testament, et que je ne meure « pas comme une bête telle que toi. » Il en résulta que le duc, qui depuis plusieurs mois s’amusait à leurs dépens, leur imposa silence, craignant que les choses ne vinssent à mal finir. Il leur commanda son buste, que tous deux devaient jeter en bronze, afin que celui qui réussirait le mieux eût l’honneur de ce succès. »
La version de Vasari et celle des Mémoires sont d’accord jusqu’au bout. Après avoir raconté comment il reçut la sanglante apostrophe que le Baccio lui avait publiquement lancée, Benvenuto, dans la suite de son récit, fait ainsi l’aveu de son ressentiment : « Sachez, bienveillant lecteur, que malgré que j’eusse montré tant de belle humeur, mon cœur se soulevait de colère à la pensée que le plus immonde scélérat qui naquit jamais ait pu avoir cette hardiesse de m’adresser devant un si grand prince une injure d’une telle gravité. Mais considérez que c'est le duc qu’il injuria plutôt que moi; et si je ne m'étais trouvé en présence d’un tel personnage, je 1 eusse fait tomber mort. »
En effet, Bandinelli ayant repris la discussion sur le thème du marbre promis, Cellini se laissa emporter à son tour : « Je te signifie expressément, cria-t-il à son adversaire, « que si tu ne fais pas porter le marbre jusque chez moi, il te faut chercher un autre
RECHERCHES SUR SA VIE. 8r
« monde, parce que dans celui-ci je te dégonflerai, coûte que coûte (i). » Puis, me rappelant aussitôt que je me trouvais en présence d'un si grand prince, je me retournai i espectueusement vers Son Excellence, et je lui dis : « Monseigneur, un fou en « engendre cent autres. Les folies de cet homme m’ont fait oublier un moment le « respect que je dois à Votre Excellence et à moi-même. Veuillez donc me pardonner. » Il était grand temps, on le voit, que le duc mît fin à ce jeu dont il s’était amusé trop longtemps, et auquel la dignité de l’art n’avait rien à gagner.
(i) « Perché in questo io ti sgonfierô a ogni modo. »