CASSETTE FARNÈSE ATTRIBUÉE A CELLINI
(Naples, Musée Borbonico.)
BENVENUTO GELLINT. 35
Benvenuto naît avec le siècle, le lendemain de la Toussaint de l’an 1500. Son père, homme ingénieux et sage, construisait d’admirables orgues, des clavecins, des violes, des luths et des harpes « d’une beauté et d’une perfection rares ». Toutes sortes d’instruments et de machines lui étaient familiers. 11 fut le premier, selon son fils, qui travaillât bien l’ivoire. 11 fit en cette matière un miroir orné de feuillages et de figures dont la complication allégorique laisse prévoir le goût de Benvenuto. C’était avant tout un musicien. Il tint longtemps l’emploi de fifre dans la banda de Laurent et Pierre deMédicis, puis dans celle du gonfalonier Soderini, qui, ayant reconnu son merveilleux génie, l’employa en qualité d’ingénieur à de grands travaux. Mais la musique le sollicitait et, voyant autour de lui beaucoup d’hommes excellents grandement honorés pour leur habileté dans cet art, il voulait à toute force faire de Benvenuto le meilleur flûtiste qu’on eût jamais vu. Il n’y épargnait ni son temps ni ses soins. L’enfant répugnait extrêmement aux désirs de son père et souhaitait de tout son cœur entrer comme apprenti chez un orfèvre. Après de longs débats, il obtint d’aller étudier chez Michelagnolo di Yiviano, père du chevalier Bandinelli, puis chez Antonio di Sandro, surnommé Marcone.
Florence à cette époque n’est plus la cité des batailles et des révolutions. La grosse cloche des tumultes populaires s’est tue depuis peu. On ne voit plus les artisans en tablier de cuir sortir de leur échoppe et envahir les ruelles. La pierre delà forteresse communale abrisépour untempsles
assauts. Il faut attendre des années pour assistera un réveil de l’énergie nationale, — expulsion des Médicis (1527), proclamation de la république sous la souveraineté de Jésus-Christ, avec Capponi pour gonfalonier, siège de la ville fortifiée par Michel-Ange. Mais il arrive que le vieux sang des révolutionnaires et des batailleurs fermente, puis bouillonne dans les veines des Florentins. Des querelles, des rixes ensanglantent les quartiers. A la suite d’une affaire de ce genre, le tribunal des Huit exile Cellini pour six mois.
Il voyage. Chez le jeune homme aux goûts vagabonds, d’humeur changeante,, qui chemine ainsi sur les routes italiennes du seizième siècle, cherchant fortune, allant de la musique aux arts du dessin, tantôt apprenti chez un orfèvre, tantôt chez quelque autre praticien, il est difficile de discerner une direction précise, en dehors du goût passionné qu’il témoigne pour l’orfèvrerie et le dessin et de cette instabilité qui l’emporte à toute aventure.
A Pise, il admire, il étudie les sarcophages antiques du Campo Santo. A Florence déjà, à Sienne, à Bologne, dans l’atelier de ses maîtres, il a pu connaître quelque chose de la tradition gréco-romaine, mais c’est à Pise qu’il en reçoit, si l’on peut dire, la révélation. En maints endroits de la même ville il rencontre beaucoup de monuments antiques auxquels il consacre assidûment toutes les journées que le travail de la boutique lui laisse libres. Une année entière il travaille ainsi, encouragé par son maître.
Son retour à Florence, sa rentrée chez l’orfèvre Marcone sont marqués par un incident significatif : sa rencontre