GANYMÈDE, MARBRE ANTIQUE RESTAURÉ PAR CELLINI
(Florence, Musée des Offices.)
BENVENUTO G ELLINI.
C’est là le signe d’une tendance nouvelle à assimiler dangereusement l’esprit et la manière de plusieurs arts dont les procèdes, ainsi que la destination, diffèrent par essence.
Sans doute, quelques orfèvres restent doués de culture générale et capables de « penser » leur art. Mais un fait curieux se produit : amenés tout naturellement à vouloir dépasser la médiocrité de leurs confrères, ils veulent s’égaler aux maîtres qui fournissent de modèles ces derniers et, pour rehausser la dignité des « arts mineurs », ils s’exposent au danger d’en fausser le caractère, d’en faire des diminutifs de la peinture et de la. sculpture.
A partir du second tiers du seizième siècle, lorsque rayonne et domine définitivement la manière de Michel- Ange, le don du style fait place à un goût passionné de la vie. L’influence de l’école de Pergame anime, désordonné parfois la grande ligne du quattrocento. Au dessin de la forme dans l’état de repos, dont le seul équilibre linéaire s’adapte harmonieusement à toutes les nécessités de la décoration, la peinture et la statuaire substituent comme modèles ou comme thèmes généraux d’inspiration des lignes extrêmement mouvementées, des représentations accentuées de l’effort, des musculatures agissantes, tendues, contractées. Des statues réduites se casent tant bien que mal dans les petites proportions de l’objet d’art, où la vie et le mouvement débordent.
Certaines formes de l’orfèvrerie sont particulièrement atteintes; quelques-unes, ne pouvant se plier aux exigences de cette conception nouvelle, se démodent et dis-
paraissent. C’est ce qui arrive pour les nielles, dont le style est réfractaire à toute transformation. Dès 1515, époque à laquelle Cellini se met à étudier l’orfèvrerie, ils sont presque complètement abandonnés. « Dans ma jeunesse, dit il, j’entendais les vieux artistes dire sans cesse combien cet art était charmant. » Il en parle comme d'une curiosité, qui n’a plus qu’un intérêt archéologique. On pourrait étudier de même l’effet des changements du goût sur un autre genre, le filigrane d’or ou d’argent, dont les artistes se désintéressent, et qui tend à devenir de plus en plus une industrie. Au siècle précédent, Venise en avait propagé la vogue, et il servait à toutes sortes d’ouvrages, — reliures, coffrets, cassettes, ferrets d’aiguillettes, amandes remplies de musc, boucles de ceinture, pendeloques, étuis à talismans. Il fait place à des travaux plus rares, plus complexes, qui exigent plus de savoir et plus d’invention. . .
C’est à ce moment de l’évolution des arts décoratifs en Italie qu’apparaît l’œuvre de Benvenuto Cellini.
Années d’apprentissage, années de voyages.
Un lieutenant de Jules César nommé Florentius, du château de Cellino, établit son camp avec quelques autres gentilshommes romains auprès de la cité de Fiesole. Telle est, nous dit l’artiste, l’origine de Florence et de la famille des Cellini.