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LE CHAR D’APOLLON, CAMÉE EN OR ÉMAILLÉ ATTRIRUÉ A CELLINI

(Chantilly, Musée Condé.)

des flambeaux d’argent commandés par l’évêque de Salamanque d’après les dessins de Gian Francesco Penni, l’excellent élève de Raphaël, il regarde longuement les fresques de Michel- Ange à la Sixtine, s’assimile par une constante étude les leçons du maître. Ou bien il dessine à la Farnésine, alors palais du siennois Agostino Chigi, dont la jeune femme, madonna Porzia, s’intéresse à l’orfèvre. Elle aussi déclare que ses esquisses sont celles d’un sculpteur et lui donne à monter quelques joyaux.

Lucagnolo exécutait des travaux de grosserie d'or et d’argent, c’est-à-dire qu’il s’occupait de tout ce qui concerne la fonte, la ciselure et la décoration des vaisselles et des vases. Cette branche de l’orfèvrerie était particulièrement en honneur à la fin du xve siècle et au commencement du xvie : le luxe des services de table dépassait tout ce que l’on avait vu jusqu’alors en ce genre. Candélabres, surtouts, vases et couverts étaient fréquemment en or massif. Quelques années plus tard, au milieu du siècle, la mode en imposera le goût aux écoles du Nord et particulièrement à Paris, dont les orfèvres frappèrent Cellini par leur habileté et par l’originalité de leurs méthodes. Outre les chandeliers d’argent de l’évêque de Salamanque, il exécuta pour le même amateur dans l’atelier de Lucagnolo, toujours sur les dessins du Fattore, une de ces grandes aiguières dont on se servait alors pour l’ornement des crédences. Par Je Traité de /’ orfèvrerie, nous savons qu’elle était ornée de feuillages et de diverses sortes d’animaux. Certains bronzes de la collection Spitzer peuvent

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nous donner une idée de l'abondance et de la générosité dedécoration dont la grosserie était alors le prétexte.

Cellini exécuta beaucoup de travaux du même genre pour les cardinaux Cibo, Cornaro, Salviati et Ridolfî. Mais il ne cache pas sa préférence pour les qualités de goût décoratif et la perfection de métier qu’exigent des œuvres comme la médaille de Léda, destinée à Gabriel Cesarini (1). Sur les conseils de madonna Porzia, il avait ouvert une boutique et ne dépendait plus d’un maître. La gracieuse jeune femme ne cessait de lui prodiguer des encouragements et de lui faire des commandes. Déjà il avait été remarqué par le pape à l’occasion d’un concert au Belvédère, où il avait exécuté comme soprano sur son cornet quelques beaux motets choisis par Gianiacomo de Césène, fifre de la maison de Clément VII. Le Saint-Père apprit alors que Cellini était un excellent orfèvre : en attendant de l’employer comme tel, il se l’attacha comme musicien.

Vie libre, vie charmante, hasardeuse parfois, où passe, mêlé à la brève lueur, au cliquetis d’épées d’un duel, au souvenir de pirates barbaresques qui viennent écumer les bouches du Tibre, au gai compagnonnage des sociétés d’artistes, le fantôme de la pesle de 1524. Vie d’étude et de travail aussi, car Cellini ne néglige aucune occasion d’enrichir son savoir, prend toute supériorité comme un

(1) Le cabinet de Vienne conserve un camée sur champ d’or enrichi d’émaux., de diamants et de rubis, représentant Lécla et le Cygne, que M. Lion est tenté d’identifier avec l'enseigne en question. M. Supino, op. cit., p. 58, discute cette attribution et trouve plus conforme au texte de la Vit a une charmante médaille du Bargello.

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