‹ Benvenuto CelliniChapitre 19 sur 31 · B EN YEN UT 0 GELL1N I · texte numérisé non relu

B EN YEN UT 0 GELL1N I

de chape commandé par Clément VII à l’artiste, lorsqu'il reparut à Rome et à la cour pontificale (1).

Enchanté du travail de l’artiste, qu’il nomma l’un de ses massiers, en le dispensant des fonctions de sa charge, le pape lui commanda un grand calice d’or, soutenu par les trois vertus théologales et sur le pied duquel étaient représentés la Résurrection, la Nativité et Je crucifiement de saint Pierre. Déjà il lui avait confié la gravure des coins de ses monnaies.

Les monnaies et les médailles frappées de Cellini, ainsi que celles de son compatriote Domenico di Polo, sont caractéristiques de la réaction qui se produit à cette époque contre l’école de Niccolo Fiorentino et les imitateurs de Pisanello. Comme dans les œuvres des Milanais, on y sent, avec l’influence de la gravure sigillaire, celle des

captifs enchaînés, traités en ronde bosse dans l’or émaillé, est exécutée par le procédé que décrit Cellini en parlant des médailles d 'Atlas et A' Hercule. On peut rapprocher ce travail, ainsi que l’enseigne de Gabriel Cesarini, dont il est question plus haut, du beau camée de Chantilly, représentant Le char d'Apollon. « Sur un champ d’émail bleu très clair, dit M. Plon, de forme ronde et bordé de perles, est fixé un superbe groupe en ronde bosse, Apollon conduisant son quadrige au-dessus d’un nuage d’or émaillé d’un ton rougeâtre. L’Apollon et les quatre chevaux sont émaillés en blanc, mais l’or a été réservé pour la chevelure du dieu et pour la crinière des coursiers. Le char et les roues sont en émail bleu bordé d’or. » Le même auteur compare heureusement la tête de l’Apollon à celle du Ganymède restauré et à la Léda du musée de Vienne.

(I) Les lignes suivantes nous en donnent une idée : « Sur le diamant — une fort belle pierre que le pape tenait à voir figurer dans le joyau — était assis Dieu le Père, dans une attitude dégagée qui était admirablement en harmonie avec l’ensemble du morceau et ne nuisait en rien au diamant. Le diamant était soutenu par les bras de trois petits anges; j’avais modelé celui du milieu en ronde bosse et les deux autres en demi-relief. A l’entour d’autres enfants se jouent parmi d’autres pierreries. Dieu était couvert d’un manteau qui voltigeait et d’où sortaient quantité de petits anges et divers ornements d’un effet ravissant. »

pierres gravées et des médailles antiques, la séduction dangereuse d’une technique parfaite et capable d’un infini détail. Elles ne sont exemptes ni de sécheresse dans le modelé, ni de maniérisme dans la composition des revers. Toutefois la médaille de Clément YII (1534) est vivante et spirituelle. Les deux revers que Cellini grava pour elle, — Moïse fra/ppant le rocher et la Paix fermant le temple de Janus , — sont conçus et exécutés comme par un intarsiatore. Le Moïse est un acteur d'opéra, mais quelques minuscules figures sont d’une élégante nervosité florentine. Les monnaies sont inégales. Le faire du doublon d’or à YEcce Homo est assurément lourd et pauvre. Un autre type porte les effigies des apôtres Pierre et Paul; au revers le pape et l’empereur soutenant la croix. Plus large peut-être et d’une composition plus simple, un carlino représente saint Pierre marchant sur les Ilots. De toutes les façons, ces médailles frappées et ces monnaies sont d’une inspiration et d’un art très différents des belles médailles fondues que modèlera plus tard Cellini.

Rien de plus étrange, de plus trouble, de plus agité que sa vie pendant toute cette période. Rien de plus significatif que ses rapports avec Clément YII. Bouderies, impatiences, fureurs, démêlés perpétuels avec des rivaux jaloux de son ascendant et de son génie, et qui le couvrent de calomnies atroces, finissent par lui faire enlever la charge de graveur des monnaies. Le ton de la Vit a devient plus sombre et plus violent. Point d’amertume sur les lèvres ni dans le cœur de cet homme né pour être

heureux, habile à se défendre. Mais on sent qu’il lui faut toute sa force et toute sa confiance en lui pour résister à la sotte brutalité, à l’avarice du cardinal Salviati, aux emportements du pape, qui finit par se calmer, à la rage de ses ennemis, qui ne se tait pas. Lorfèvre Pompeo le dénonce faussement comme assassin de l’orfèvre Tobia : Cellini est contraint de s’enfuir à Naples, jusqu’au jour où Clément YII est détrompé.

Le pape meurt. Quelques jours après, Cellini rencontre Pompeo entouré de ses bravi. Insolences intolérables du calomniateur. « Précisément à l’instant où j’arrivais à l’encoignure de la Chiavica, Pompeo sortait de la boutique d’un apothicaire, ses bravi ouvraient leurs rangs et le recevaient au milieu d’eux. Je pris un petit poignard bien affilé et je saisis mon homme avec tant de vivacité et de présence d’esprit qu’aucun de ses acolytes ne put le secourir. Je le tirai à moi pour le frapper au visage, mais la frayeur lui fît détourner la tète, de sorte que je le piquai exactement au-dessous de l’oreille. Je ne donnai que deux coups seulement, car au second il tomba mort. Je n’avais jamais eu l’intention de le tuer ; mais, comme l’on dit, on ne mesure pas les coups... » Grâce à l’intervention du cardinal Hippolyte de Médicis et du cardinal Cornaro, Cellini put obtenir un sauf-conduit. Alexandre Farnèse, devenu pape sous le nom de Paul III, lui accorda une grâce définitive à l’occasion de la fête de Notre-Dame d’aoùt : il fut remis, comme tous ceux qui bénéficiaient d’une semblable faveur, à l’illustre corporation des

boucliers, dont l’artiste dut suivre la procession, humilié.

La corniche du palais de Michel-Ange, les fresques de Daniel de Volterre et des deux Zuccheri, les enluminures de Giulio Clovio, les cristaux de roche gravés par Giovanni de Castelbolognese (1) et par Yalerio Belli, le savoir érudit et les recherches de Fulvio Orsini illustraient le nom du cardinal Alexandre avant son élévation au pontificat. Peut-être plus encore que sous les règnes précédents, les arts mineurs se virent favorisés par le nouveau pape. Des vitraux de Pastorino de Sienne aux belles horloges de Cherubino, toutes les sortes de techniques et tous les techniciens, — médailleurs comme Alessandro Cesati et Bonzagna de Parme, orfèvres comme Silvestro et Pagolo Galeotto, ce dernier élève de Cellini, émailleurs, fondeurs, sculpteurs en bois, — éprouvèrent la générosité de Paul 111. Son bâtard Pier Luigi, duc de Castro, puis de Plaisance, commanda un casque de parade à Leone Leoni, un des préférés des munificences princières à cette époque, un frère de Benvenuto Cellini par la verve et par la fécondité du talent, par la violence et l’âpreté du caractère : on trouve son nom mêlé aux fastes des cours italiennes et européennes, au souvenir de Fernand d’Avalos, vice-roi de Naples, de

(1) Giovanni Bcrnardi grava, d’après les dessins de Perino del Vaga et d’autres maîtres, les cristaux de roche de la fameuse cassette Farnèse, conservée au museo Borbonico, à Naples. La cassette elle-même, surmontée d’une statuette d’un beau mouvement et d’un grand caractère qui rappelle l’inspiration du Persée, est certainement de l’école de Cellini, probablement de son compagnon Manno avec qui, pendant quatre mois, il travailla l’orfèvrerie à Pise, au temps du siège de Florence. Cf. sur cet artiste la Vita, éd. Bacci, p. 168, note ; Rusconi et Valeri, p. 213.

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