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DESSIN D’UNE SALIÈRE ATTRIBUÉE A CELLINI

(Florence, Musée des Offices.)

BENVENUTO GELLINI.

Ferrante de Gonzague, duc de Guastalla, de Cliarles-Quint et de Philippe II.

Cependant si Paul III confie de nouveau à Cellini l’office de graveur de la monnaie par l’entremise de ser Latino Giovenale, qui deviendra bientôt l’un de ses ennemis les plus acharnés, il semble bien que le bâtard, tout en recevant l’artiste d’une manière fort gracieuse, ait donné l’ordre de l’arrêter ou de l’assassiner. Une meute d’ennemis, acharnée à exploiter la rancune, la cupidité, la cruauté des Farnèse, harcelait Cellini, dont la hauteur et l’indépendance leur fournissaient le prétexte d’innombrables calomnies. Pour une nature comme la sienne, Rome devient un milieu étouffant. Le gai compagnonnage d’autrefois a fait place à des coteries perfides. Les dénonciations sourdes, les propos qui tuent circulent autour du trône pontifical. Il faut fuir. C’est époque des voyages précipités, des tentatives inquiètes pour trouver hors de Rome un prince ami des arts et libéral qui veuille le prendre sous sa protection, — départ pour Florence, voyage à Venise en compagnie du Tribolo, un déçu sans énergie que Cellini épouvante, retour à Rome, où une fièvre traversée de visions le met si bas qu’on le croit perdu et que Benedetto Varchi compose un sonnet sur sa mort. Rétabli, il regagne Florence, où il exécute les coins des monnaies et la médaille du duc Alexandre, pour laquelle cet insensé et mélancolique philosophe de Lorenzinolui promet un revers tel qu’on n’en a jamais vu, — le masque et le poignard del’ assassinat du duc. Mais Cellini se heurte encore à des calomnies, à l’hostilité

BENVENUTO GELLINI.

desrépublicains, aux railleries d’un Soderini, niais pompeux qui se refuse à comprendre l’indépendance de l’artiste à l’égard des partis. 11 faut revenir à Rome, exécuter pour Pau 1 III, qui veut l’offrira Gharles-Quint, la reliure orfévrée d’un missel de la Vierge. La rage des ennemis, des calomniateurs et des sycophantes redouble. L’orfèvre, encouragé par le cardinal de Ferrare, se rend en France, mais tombe malade à Lyon, prend en dégoût la France et la cour et revient sans avoir rien fait. A Rome l’attend la prison, peutêtre la mort (1538-1539).

C’est dans les très belles pages qu’il a consacrées à sa captivité au cbàteau Saint-Ange et dans la prison de Tordinona qu’apparaît le mieux à mon sens la valeur humaine de Cellini. Il faut le voir aux prises avec l’épreuve la plus cruelle pour une nature ardente et agissante comme la sienne, avec la cautèle des juges inquisiteurs, avec la folie de son geôlier. 11 faut connaître ses ruses héroïques, son audace, son extraordinaire courage lorsqu’il s’évade, glisse, tombe et se casse une jambe, lorsqu’il se traîne jusqu’à la maison du cardinal Cornaro quile fait panser, pour le livrer peu de jours après au Farnèse, en échange d’un évêché conféré par le pape à l’un de ses gentishommes. La haine de Paul III et de son bâtard ne désarme pas. Les réclamations de l’ambassadeur français Jean de Montluc, qui demande la liberté de Cellini au nom de François Ier, l’indignation de Rome entière ne font que rendre la captivité plus étroite. Sans doute, en vérifiant les comptes de la trésorerie, les juges ont trouvé l’artiste innocent du

vol dont on l’accuse, mais on a peur de le voir, une fois libre, porter à l’étranger des divulgations scandaleuses sur la cour pontificale. On songe à se débarrasser de lui rapidement et secrètement. La mort par le fer ou par le poison le guette. Dans son cachot éblouissant de visions, le prisonnier ne songe plus qu’à Dieu. Enfin Hippolyte d’Este, dont le zèle pour Cellini ne s’est pas un instant lassé, surprend un éclair d’indulgence chez Paul III et sait en profiter. Cellini est sauvé. Chaud d’agonie, brisé de corps, non d'esprit, il se remet à sa besogne. 11 fuit la Rome des Farnèse qui lui fut si dure. Une fois de plus il court les routes de l’Italie. La vie et l’art le sollicitent de tous côtés. Il exécute le sceau du cardinal de Ferrare, son libérateur, le modèle de son buste, peut-être aussi sa médaille. En septembre 1540, il part pour le rejoindre en France.

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